L’expert Yacine Ould-Moussa à propos de la relance économique : «Les mesures d’urgence feront long feu»  

Les visions d’urgence sont par définition sans lendemain, car ce qui est important prend du temps, selon le spécialiste dans les relations économiques et politiques, Yacine Ould-Moussa.

Lors de son passage, mercredi, sur les ondes de la Radio Chaîne III, l’expert a indiqué que les mesures d’urgence pour la relance économique et politique feront long feu. «L’embrasement du front social dans des grèves larvées, secteur après secteur, dénote la profondeur des difficultés structurelles et non conjoncturelles de notre économie. Les mesures d’urgence sont palliatives, nécessitant la mobilisation des ressources nécessaires pour répondre au plus pressé. Mais la réorganisation et la relance de l’économie exigent de la réflexion et du temps», estime-t-il. Un consensus sur l’inventaire des dysfonctionnements, des lacunes, des problèmes sociaux  est aussi nécessaire. Comme il faut surtout se défaire de la «politique de l’autruche». C’est-à-dire, explique-t-il, mettre sur la même ligne, trois éléments fondamentaux, à savoir des objectifs pertinents, une organisation intelligente et des personnes engagées et compétentes prêtes à s’inscrire dans la durée. Restaurer aussi le ministère du Plan, les systèmes de prévisions, de calcul économique, de la planification, de la capacité de mesurer et d’évaluer nos besoins et nos moyens sur plusieurs années. «Il ne faut pas jouer au riche quand on n’a pas le sou et utiliser les technologies monétaires, fiscales, bancaires alors que les réalités sociales sont archaïques. Les conflits sociaux ne peuvent être résolus sans la question économique, sans la création de richesse, de prévalue, de postes d’emploi et l’inclusion socio-économique», signale-t-il. Pour lui, il faut se poser les bonnes questions : quel modèle économique nous voulons ? Quel est le projet de société qui doit se profiler derrière ce modèle ? Quelles sont les principales orientations qui tiennent compte de nos réalités, surtout que nous n’avons plus les mêmes ressources ? A propos des ressources, il recommande de les évaluer en fonction des objectifs. Réalité et efficacité, ce sont les deux principes permettant l’optimisation des ressources.
Un problème de…marges de manœuvre
«Les visions à court terme ne peuvent plus durer. On ne peut plus continuer à gérer le pays avec deux lois, à savoir la loi de finances et la loi de finances complémentaire. Nos entreprises sont toujours dépendantes des importations et des recettes hydrocarbures, mettant en danger notre stabilité économique, politique et par conséquent, sociale», souligne-t-il, avant d’évoquer les prérogatives des collectivités locales. Il révélera, à ce sujet, que le problème à ce niveau ne se pose pas en termes de prérogatives, mais de marges de manœuvre. Leurs moyens sont faibles ainsi que leur liberté d’action. «Leur responsabilité est étendue, mais elles sont bridées dans leurs actions. C’est très simple, si l’on veut rompre avec les importations et l’économie rentière, il faut revenir aux éléments fondamentaux, investir pour produire. Jusqu’à présent, notre argent a été investi dans le pétrole, les infrastructures et dans la consommation des biens et services contribuant ainsi à financer le Trésor des autres pays, mais pas le nôtre», soutient-il. Rompre aussi avec les politiques de court terme, assurer une stabilité des textes réglementaires et mettre en place des outils régulateurs pour faciliter l’investissement productif, la collecte d’épargne, l’élimination de la spéculation et la lutte contre l’informel. L’idéal en fait, c’est d’avoir une vision à moyen et long terme, inscrire notre action collective dans la durée et se dire que le bonheur des Algériens ne peut se faire qu’avec les Algériens. Il espère, par ailleurs, qu’après les élections législatives, les équipes au niveau décisionnel, stratégique et opérationnel seront stables et concevront des politiques pertinentes en prenant le temps de les mettre en œuvre. «Nous vivons une situation difficile, mais pas insurmontable. C’est juste une question de vision, d’hommes et d’organisation. Si les citoyens sentent que leurs problèmes sont réellement pris en charge, ils seront prêts à faire des sacrifices», conclut-il.
Farida Belkhiri