Constantine : Du lèche-vitrine à défaut de shopping

Les familles sont à nouveau mises à rude épreuve, à l’occasion des fêtes de l’Aïd,  pour satisfaire les caprices de leurs enfants (habits et jouets). Des sacrifices devront sanctionner quelques gourmandises à cause d’un pouvoir d’achat en berne et un Ramadhan des plus ardus financièrement.

A quelques jours des fêtes de l’Aïd el Fitr, les citoyens constantinois ont commencé à jauger la mercuriale des effets vestimentaires dans les différents espaces commerciaux formels ou informels implantés au chef-lieu et notamment à la nouvelle ville Ali-Mendjeli, abritant plus de 450.000 âmes avec tout son spectre commercial hétéroclite. Si l’année passée la période restait inappropriée pour les commerçants d’aller au bout de leur marketing en raison de la propagation de la Covid-19, cette année un léger mieux caractérise les magasins et échoppes où une certaine clientèle, timide pour l’heure, prend le tempo avant d’engager des achats. Du moins les pouvoirs publics exhortent la population à la vigilance en ces lieux chargés de monde avec le risque accru de contracter le virus. Les étals se forment au quotidien dans les espaces voués depuis des années à chaque approche de l’Aïd à cette activité avec toujours cette intrusion informelle se faufilant. Des commerçants fragilisés par des méventes tentent des promotions improvisées pour attirer bon nombre de clients et équilibrer un tant soit peu leurs recettes. «Il y a de bonnes affaires à soutirer. Mais les habits de marque restent toujours hors de prix pour les plus branchés», témoigne un jeune devant un espace d’habillement de sport. Les magasins de prêt-à-porter pour enfant sont les plus sollicités.  Des pères et mères de famille y font carrément du lèche-vitrine sans pour autant oser prématurément vêtir leurs bambins espérant une baisse dans les marges aux dernières 72 heures avant l’Aïd. «Je suis à la recherche d’habits à bon prix pour mes deux enfants. Il est nécessaire de  se rendre dans plusieurs magasins pour comparer les prix, la valeur du  dinar n’étant pas celle d’avant», nous confie une mère.
Difficile transition
D’autres personnes repèrent des articles avant de les approprier au terme d’un décompte épineux. Les magasins et étalages de la vieille ville demeurent assez prisés pour les femmes où elles peuvent dénicher les bonnes affaires «soldées» dans cette concurrence rude, quoique déloyale, qui y règne. Alors que la friperie s’est invitée durant ces dernières années en alléchant sa propre clientèle dans des magasins jouxtant parfois des vitrines somptueuses. Cette alternative de second plan sert souvent les moins nantis. D’habitude, certains ménages effectuent leurs achats en milieu de Ramadhan. Cette tradition aura cédé devant l’inflation car rien ne garantit aux rentrées fragiles de poursuivre la moitié du Ramadhan sans endettement. Les bourses continuent de saigner ! Ce mois du jeûne s’est montré des plus difficiles en raison de la cherté qui a miné un marché instable malgré toutes les promesses et engagements entérinés publiquement par les responsables concernés. Et c’est l’avis des personnes que l’on a accostées aux abords des aires de vente en différents points de la cité millénaire. «Hélas, je ne peux joindre les deux bouts.On aura vu de toutes les couleurs durant ce Ramadhan, mois de la rahma», ont-ils témoigné, estimant que ce sera pareil pour les achats des fêtes. Il est inutile de parler uniquement du malaise des bourses vulnérables. La classe moyenne s’y invite et s’accroche comme elle peut pour sortir sans grande ardoise de ce mois pourtant clément. Des sacrifices devront sanctionner quelques gourmandises à cause d’un pouvoir d’achat en berne. Du coup, la transition du Ramadhan aux fêtes de l’Aïd s’avère pénible pour l’ensemble des manages vulnérables.
Nasser Hannachi