Universités et laboratoires : L’argent, le talon d’Achille de la recherche

 En Algérie, le secteur de la recherche scientifique et technologique est financé à hauteur de 0,2 % du PIB, un montant dérisoire au vu des grands budgets alloués aux autres secteurs et aux grandes capacités financières du pays dans un passé pas très lointain.

«L’argent est le nerf de la guerre. Nous ne pouvons prétendre au développement de la recherche avec ce financement dérisoire», déclare d’emblée le professeur Mostefa Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem).  Dans ce sens, il pointe du doigt les lenteurs bureaucratiques qui démobilisent bon nombre de chercheurs. «La pandémie de la Covid-19 a démontré l’engagement des chercheurs à trouver des solutions locales en termes de tests et de protocole de prévention. Mais, hélas, ces initiatives n’ont pas pu prendre forme en raison de la bureaucratie et du manque de moyens financiers qui ont réduit ces efforts», déplore-t-il, en rappelant que les gouvernements aux USA, en Grande-Bretagne ou en Chine ont investi des sommes faramineuses dans la recherche d’un vaccin contre la Covid-19.
Dans ce sillage, Youcef Boudjelal, biologiste et président du Syndicat autonome des biologistes de santé publique, a fait savoir que 11 laboratoires universitaires ont réalisé des recherches dans le cadre de la lutte contre la pandémie. «L’Université algérienne n’est pas stérile. Des compétences nationales ont prouvé leurs savoir et connaissances qu’ils ont mis au service de la population. Des avancées ont été réalisées en termes d’appareils et de tests Covid-19. Le problème qui s’est posé est la validation des résultats. Les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur entrent en compétition et se disputent la paternité de la découverte. Des lettres ont été adressées à des professeurs universitaires par le département de la Santé, les interpellant sur leurs  prérogatives et inaptitude à valider les résultats de recherche dans le domaine de la médecine et de la biologie», fait-il savoir, notant que cette situation peut être généralisée à tous les secteurs.
Par ailleurs, le Pr Khiati a estimé que la recherche scientifique doit surtout se concentrer sur les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire et la santé. «Ce sont trois points essentiels dans la préservation de la souveraineté et de la sécurité nationales. Il faut retenir les leçons et la pandémie en est une. Cette dernière a mis au jour toutes les lacunes dont souffrent le système de santé, l’agriculture et de nombreux secteurs», fait remarquer le Pr Khiati.
Etat des lieux
L’Algérie compte aujourd’hui plus de 37.000 chercheurs. Ce qui nous donne une moyenne de 740 chercheurs pour un million d’habitants. C’est ce qu’a affirmé  le directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique (RSDT) au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Hafid Aourag, dans de précédentes déclarations. Le responsable est revenu sur les différents types de recherche. «Il y a les chercheurs universitaires, les chercheurs permanents,  le personnel de soutien à la recherche, les ingénieurs, et les chercheurs en entreprise. Ces derniers représentent le point faible de notre système national de recherche. Il a été recensé 180 chercheurs dans les entreprises. C’est vraiment», précise-t-il.
Selon lui, le pas à franchir est de passer de la recherche académique à la recherche et développement. «Nous sommes face à un défi, celui de réviser le statut du chercheur en entreprise, qui constitue le moteur du développement», explique-t-il.
La pandémie a dévoilé le retard accusé par l’Algérie et d’autres pays dans la recherche et le développement, et par conséquent la limitation de l’accès aux vaccins et aux moyens de lutte.
Karima Dehiles