Effets psychologiques de la Covid-19 : Une source de stress et d’anxiété 

Vivre dans un contexte de pandémie a un effet direct sur la santé mentale, à cause notamment des frustrations qui s’accumulent au fil des jours, et des incertitudes. Des spécialistes en santé mentale affirment que le principal impact psychologique est un taux élevé de stress et d’anxiété. 

Le  Pr Ghania Dalila Gasti, chef du service de  psychiatrie de l’hôpital Frantz-Fanon de Blida,  tire la sonnette d’alarme sur ces effets post-traumatiques. Selon elle, la prise en charge psychologique doit être immédiate pour toute personne touchée par le virus, car du jour au lendemain, elle est  confrontée à la mort et sort de son  confort psychologique routinier. «Le stress se  présente sous plusieurs formes : panique, anxiété, angoisse et déni de la maladie. Toutefois, toutes ces manifestations vont entraîner des réactions neurophysiologiques qui vont mettre l’individu et son organisme en état de répondre à cette peur», explique-t-elle.
Parmi ces réactions, la spécialiste  cite l’augmentation de la pression artérielle, de l’hormone stress appelée cortisol.  Sécrétée en quantité élevée,  elle provoque une augmentation du taux de sucre dans le sang. Sur le plan psychiatrique, la Covid entraîne de graves troubles (états dépressifs,  perturbations du  sommeil,  suicides et tentatives de suicide).
Elle fait également savoir que les praticiens se  sont rendu compte que la Covid-19  entraîne des réactions immuno-inflammatoires très importantes appelées «tempête cytokinique». En termes simples, un corps  atteint du coronavirus  crée une réaction immuno-inflammatoire qui le conduit à  sécréter des cytokiniques dont  l’excès  engendre  la destruction des cellules nerveuses et fait apparaître délires, confusions, psychoses et atteintes cognitives. Des études d’universités américaines ont montré que les patients peuvent avoir un déficit cognitif de dix ans et courent  le risque d’accidents vasculaires cérébraux  et de démence.
 «Si on ne prend pas en charge psychologiquement les malades, les conséquences sur la  santé mentale seront plus graves», met-elle en garde.
La prise en charge pose problème
La cheffe de service regrette surtout l’absence d’une prise en charge psychiatrique et psychologique des malades. «Partout dans le monde, on évoque les  conséquences de la crise sanitaire sur le plan psychiatrique et psychologique, mais  Algérie, on en parle très rarement», déplore-t-elle.
Pour cette raison, elle recommande la mise en place d’équipes de psychiatres et de psychologues formés aux syndromes post-traumatiques pour s’occuper du patient et son entourage.   «Si on arrive à une prise en charge structurée en amont et en aval, on aura moins de cas compliqués», souligne-t-elle.
La praticienne met l’accent sur l’importance de la sensibilisation en procédant à la mise en place d’une commission avec l’implication des chefs de services de psychiatrie et de stratégies thérapeutiques. «On peut avec un minimum de réflexion et de communication éviter toutes ces complications psychiatrique et psychologiques», ajout-t-elle.  Le Pr Gasti rappelle que l’Algérie a de l’expérience dans la prise en charge psychologique, acquise lors de la décennie noire. Selon elle, «les  autorités ont mis en place le Samu Psy qui a donné des résultats positifs».
Elle plaide enfin pour la mise en place d’un  plan pour accompagner la population et informer les patients sur les troubles psychiques.
Samira Belabed