Soirées du Ramadhan : Alger renoue avec l’ambiance 

Tables exubérantes, soirées entre amis dans les cafétérias le soir et sorties en famille, les rues du centre-ville revivent la nuit après la torpeur d’une longue journée de jeûne.

Le paysage ramadhanesque habituel semble retrouver des couleurs auprès des Algériens qui n’hésitent plus à braver les mesures barrières anti-coronavirus pour s’aérer et se changer les esprits. À quelques jours de l’Aïd El Fitr, les embouteillages caractéristiques de la fin du mois sacré refont surface dans la rue Didouche-Mourad et s’étendent jusqu’à la Grande Poste. À partir de 22 heures, les piétons investissent les trottoirs et les rues sont déjà pleines. Un rush immense accoure vers les magasins, notamment les parents qui s’affairent à trouver les vêtements de l’Aïd pour leurs enfants au grand bonheur des commerçants qui ne pensent qu’à combler le manque à gagner des mois passés. La grande ruée se poursuit même jusqu’à la rue marchande de Hassiba-Benbouali, où les vitrines éclairées de mille feux, scintillent de loin pour attirer les clients. Dans les terrasses de la Place Audin, certains font même la file dans l’espoir de pouvoir s’attabler avec leurs amis et siroter une boisson fraîche ou du thé. L’ambiance bat son plein. Pour Fouad, croisé près de la cafétéria «Les Andalouses», c’est la délivrance. «C’est le charme du mois de Ramadhan tout ce chahut et ce bon monde qui déambule. Je n’attendais que ça dès les premiers jours du mois sacré», nous a-t-il confié. Il ajoutera qu’avec le temps clément qui s’est installé et la hausse des températures, Alger invite à être réinvestie. Un couple, assis autour d’une table garnie de gourmandises et de limonades, assurent quant à eux avoir passé le plus clair de leur soirée du mois sacré sur les terrasses du centre-ville. «Les premier jours il pleuvait, nous ne nous attardions pas dehors. Puis au cours des semaines, de plus en plus de commerces ont levé le rideau et bien plus de monde vient se promener», raconte le mari. Sa campagne se réjouit, pour sa part, du respect des consignes sanitaires par les cafétérias et l’importance accordée à l’application des mesures barrières. «Les gens ne portent pas tous de masques, certes, mais les tables sont espacées et on ne peut s’attabler trop nombreux», a-t-elle fait remarquer. Notre virée nocturne dans le centre-ville a été des plus ahurissants lorsque nous constatons un laisser aller sur le port du masque par la majorité des gens que nous avons croisé. Les gestes barrières sont également bafoués à l’intérieur des commerces. Selon Bouchra, une jeune mère croisée dans un magasin de prêt-à-porter pour enfants, «l’insouciance des Algériens durant ce mois sacré est inquiétante. Moi-même je ne porte pas de masque, alors qu’à l’entrée du magasin il est clairement affiché sur une affichette qu’il est obligatoire. Les enfants peuvent également accéder au magasin sans problème alors que la consigne stipule que les enfants de moins de 16 ans sont interdits», nous a-t-elle signalé, démontrant du doigt les cabines d’essayages bondées d’enfants. La mère de famille trouve, tout de même, un charme inégalable à ces sorties nocturnes en famille, durant le mois de Ramadhan. «Habituellement, les chapiteaux de vendeurs d’articles artisanaux s’étendent de la Place Audin à la Grande Poste et ajoutent à l’ambiance par des éclairages chaleureux et conviviaux. Cette année rien de cela, mais n’empêche que l’ambiance est plutôt joviale dans le coin», s’est-elle réjouit. Tapis dans l’ombre des néons lumineux, à la Grande Poste, quelques hommes se partageaient une partie de dominos, fumant des cigarettes et sirotant des cafés. Après le mois de Ramadhan de l’an dernier, où tout le monde était confiné chez-soi, cette année, les Algérois semblent prendre leur revanche. Dans un contexte où la Covid-19 n’a pas encore dit son dernier mot et des statistiques de contaminations revues à la hausse, beaucoup espèrent voir la cadence des vaccinations s’accélérer pour éviter une nouvelle vague, encore plus sérieuse que les précédentes.
Walid Souahi