Apparition d’espèces toxiques sur les côtes : Faut-il craindre de se baigner ?

Depuis quelques jours, des vidéos d’espèces toxiques apparues sur nos côtes sont diffusées et partagées sur la Toile. Ressemblant à des méduses mortelles, elles ont provoqué la panique chez les internautes qui ne cachent pas leur affolement après avoir appris que celle appelée Galère portugaise est dangereuse.

Samir Bachouche, expert-marin et chercheur au Centre national du développement de la pêche et de l’aquaculture, affirme que «la Galère portugaise ou Physalia physalis, qui n’est pas une méduse, vit généralement à la surface des mers tropicales et subtropicales, mais la force des vents et des courants marins peut la pousser vers l’océan Atlantique et même vers la Méditerranée». Il dit suivre de près la situation depuis plus de deux mois. «Cette espèce est apparue pour la première fois en Algérie et pas uniquement dans l’Oranie. Nous avons enregistré, entre le 25 mars et le 5 mai, 17 apparitions à  Oran, Tipasa, Skikda, Aïn Temouchent, mais aussi à Tizi Ouzou, Béjaïa et Alger», confie notre interlocuteur. A l’en croire,  l’espèce a été découverte sur les îles Habibas par une équipe de chercheurs partis dans le cadre d’une mission sur les aires marines protégées.
Pour  les besoins de ses recherches, Bachouche  dit avoir approché des marins pêcheurs qui ont  aperçu cette espèce à laquelle ils n’ont pas accordé d’attention croyant avoir affaire à des méduses. Selon lui, «il y a de fortes chances que ces espèces soient ramenées par les courants, car la mer était fortement agitée durant cette période».
Bachouche explique que le venin de la Galère portugaise et ses hypnotoxines au niveau des tentacules est dangereux. Ils causent des brûlures et des éruptions cutanées qui ne sont pas mortelles, et provoquent des difficultés respiratoires et cardiaques pour les personnes ayant des antécédents de maladies chroniques. Pour parer à ce genre de désagréments, l’expert recommande de mélanger l’eau de mer à de l’eau douce. Dans le souci de récolter des informations, Bachouche est resté en contact avec des marins pêcheurs, des associations écologiques, des directions de pêche et des chercheurs. «Nous avons activé un réseau national parce que c’est un phénomène inédit en Algérie.»
Qualifiant la crainte des internautes de «légitime», il précise que la Galère portugaise est visible à la surface des eaux grâce à sa tête, contrairement à la méduse qui se cache sous l’eau. Bachouche affirme néanmoins que l’espèce demeure dangereuse même si ces spécimens égarés finiront probablement par disparaître.
Se voulant rassurant, Fethi Kari, président de l’association «Grand bleu» récemment créée à Alger, recommande aux marins pêcheurs de signaler ces espèces qui échouent sur les plages et surtout éviter de les toucher. Infatigable défenseur de l’environnement, il compte mener des actions de sensibilisation, particulièrement en direction des étudiants, notamment à l’approche de la saison estivale.
Sid Ali dit Sidou, ancien marin pêcheur au port  «Franco» de  Raïs Hamidou, dit bien connaître cette espèce. «La méduse se déplace au gré des courants marins et déteste le soleil», affirme l’homme qui a vécu il y a vingt ans en Sicile. «Dans le cas où elle vous entoure avec ses tentacules, il faut les retirer délicatement avec des gants puis asperger la partie piquée de vinaigre», poursuit-il. Pour lui, il ne faut ni manger ni  boire, et il faut rester calme pour éviter la propagation du venin.
Samira Sidhoum