Boukhalfa Bacha, un homme de radio

La disparition de Boukhalfa Bacha a été réduite à un entrefilet dans la plupart des journaux. Pourtant, le journaliste a marqué son passage à la Chaîne 2 et surtout légué un précieux livre de témoignages. Il n’a pas passé vingt ans derrière le micro, mais 42. Entré en 1963, il prend sa retraite en 2005. «Il ne faut pas s’interroger sur ce qu’il a fait, mais sur ce qu’il n’a pas fait», s’amuse un de ceux qui l’ont connu. Longtemps présentateur du journal parlé, il a vite viré vers les émissions de débats à partir des années 80. Avec son complice Mohamed Guerfi, sa parole détonnait quelque peu dans une chaîne qui ronronnait. La formule sera reprise un peu plus tard, avec les hommes politiques. Il savait parler et faire parler, mais son vrai projet naîtra en décembre 1991 quand il entreprit de recueillir les témoignages des anciens qui ont «fait» la Chaîne. Il connaîtra des hauts et des bas, mais d’abord diffusées à partir du 17 janvier 2001,  les émissions où une trentaine de personnes entre techniciens, journalistes, animateurs et réalisateurs ont déroulé le fil de leur mémoire et fourniront la matière d’un livre. Préfacé par Saïd Sadi, il sera édité en 2019 chez les Editions Frantz-Fanon. La Chaîne peut s’enorgueillir de disposer d’un précieux document. Ce n’est pas rien quand en vérité on ne dispose pas d’un ouvrage identique pour les deux autres Chaînes. «Cfawat n rradyu n teqvaylit» relate ses premiers balbutiements, sa vocation, ressuscite des noms et des émissions oubliés comme ceux de Madame Laffage ou de son directeur Saïd Rezzoug. Tous ceux qui lui ont donné une assise, permis son développement se sont confiés à notre confrère disparu. Des femmes pionnières comme Lla Yamina qui dans les années 40 ont entrouvert la porte des studios au poète Ben Mohamed qui évoque un contexte différent, celui des années 70 et 80. Peu manquent à l’appel, de Cheikh Nourredine, l’homme orchestre à Kamal Hamadi en passant par le romancier Malek Ouary dont les paroles furent «happées» deux mois avant sa mort, la chanteuse Djamila,  le réalisateur AbderIsker  qui dans les années 40 et 50 est  passé par Radio Alger avant de mener sa carrière en France. HacèneLhadj évoque l’émission enfantine qui fut une pépinière de talents et Saïd Zanoun l’expérience du théâtre radiophonique. Ne manquent que Cherifa et Mohamed Hilmi qui comme beaucoup d’autres (Ali Abdoun, Rouiched, El Anka) travaillaient indifféremment en arabe ou en Kabyle. Mais lui, relate son itinéraire dans ses mémoires. Bacha a été un vrai homme de radio qui prend place parmi ceux qu’il a interrogés et sauvés de l’oubli.
  H. Rachid