Marché de l’habillement : Le DZ fait mode

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Dépréciée, critiquée, le made in Algeria, notamment l’habillement, se voit offrir une belle opportunité après la fermeture des frontières, pour cause de crise sanitaire, de reconquérir le marché national.

A la veille de l’Aïd El Fitr, les boutiques d’habillement proposent les devantures des beaux jours. De jour comme de nuit, ces magasins ne  désemplissent pas. Malgré la fermeture des frontières, les marques étrangères, notamment turque et chinoise, restent prédominantes, notamment dans les grandes villes. Selon les vendeurs que nous avons interrogés, la marchandise mise sur le marché est celle restée des stocks de l’année dernière. Ce que confirme le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj-Tahar Boulenouar. Il en résulte le manque de choix, au grand dam des adeptes de la mode.
Quelle place occupe, dans ce contexte, la production nationale ?  Plus d’un s’accorde à dire que les managers des unités de production textile devront saisir l’occasion de fermeture des frontières pour reconquérir le marché local avec des produits variés, en quantité et surtout de qualité. Un marché qu’elles avaient perdu à l’effet d’une concurrence déloyale imposée par une importation tous azimuts. Il est temps que le made in bladi remplace le produit chinois notamment qui a inondé le marché algérien.  Pouvoirs publics comme patronat aspirent à faire ce basculement pour permettre à l’Algérien de s’habiller local.
Yes, we can
  Le secteur du textile, avec le plan de relance dont il a bénéficié et qui lui a permis de sortir de l’agonie, devra aujourd’hui se frayer un chemin dans l’optique d’accaparer des parts de marché plus importantes. Ce qui est loin d’être une utopie Selon Boulenouar, la Covid-19 a permis la reprise du secteur. Le textile algérien a connu, durant la crise sanitaire, une croissance de 20% à travers seulement 3.000 unités privées. Il a fait savoir que le secteur devra être renforcé pour   capter une part des dépenses  des Algériens en habillement, qu’il estime à 150 milliards de dinars. Les unités de production publiques sont également au rendez-vous. Jacket’s Club, ex-filiale du groupe Holding Getex, spécialisée dans la distribution, ne chôme pas. Selon son directeur général, Chems-Eddine Khadraoui, les magasins de Jacket’s Club ont cartonné durant la deuxième quinzaine du mois de Ramadhan, enregistrant un chiffre d’affaires de 12 millions de dinars (250 millions de dinars en 2020), soit 10% du taux annuel. Il a indiqué que le résultat est très satisfaisant, comparativement à celui réalisé durant la même période de l’exercice 2020, ne dépassant pas les 4 millions. Selon notre interlocuteur, le groupe Gitex a changé de stratégie, en optant pour l’élargissement de son champ d’intervention pour toucher le grand public, ne se limitant pas à la demande institutionnelle (armée et police). La particularité cette année est que le groupe Gitex a, à travers ses filiales, mis sur le marché, une collection habillement enfant spécial Aïd. «Nous avons bien travaillé durant cette deuxième quinzaine du Ramadhan et nos boutiques restent ouvertes jusqu’à l’heure de confinement», a-t-il indiqué. Son souhait est de limiter au maximum les importations et de protéger la production nationale. «Nous avons des quantités suffisantes de jean et de bonne qualité. Notre gamme est variée. Cela va du costume à la couette, b en passant par la bonneterie. Nos produits sont très concurrentiels et abordables. Nous visons les personnes à faibles revenus.» Jacket’s Club compte actuellement 35 magasins et compte passer à 50 d’ici à la fin de l’année. «En collaboration avec la Société de gestion des gares d’Algérie, nous avons décidé d’ouvrir des boutiques dans les gares du sud du pays, à savoir Tindouf, Tamanrasset et Bécha », a-t-il dit.  Pourquoi Jacket’s Club n’est pas présent dans les grands centres commerciaux ? «La location est chère et notre vocation est de proposer des produits de bon qualité et à bas prix», a-t-il ajouté. Il a fait savoir que le comité de développement de la société s’attelle à améliorer les modèles, l’étiquetage pour répondre à la demande des clients. Une campagne de matraquage publicitaire a été lancée pour promouvoir le produit national.  «Nous avons repris l’ancien logo, en fusionnant les deux enseignes de la Sonipec et la Sonitex.  Le but est de redonner au textile algérien ses lettres de noblesse», a-t-il conclu.
Wassila Ould Hamouda