Saha Aïdkoum !

Les retardataires s’empressent de faire leurs emplettes pour habiller de neuf la famille, acheter les ingrédients nécessaires aux gâteaux de l’Aïd, et profiter de l’ultime soirée de promenade nocturne, quitte pour cela à claquer ses dernières économies, retirées dans la journée après une longue queue dans les bureaux de poste. Après trente rudes journées de jeûne, tous les musulmans seront contents enfin de fêter l’Aïd el Fitr. Puis, une fois dissipée la joie de l’Aïd, chacun regrettera que le mois de Ramadhan soit passé si vite. Oubliés les privations, les frustrations, le tournis des prix des fruits et légumes et les folles dépenses. On n’en retiendra que les bons moments passés en famille, entre amis, et la satisfaction du devoir religieux bien accompli. Ce sentiment est sûrement partagé par tous les musulmans de la planète. C’est ainsi. Les nostalgiques précoces pourront se consoler, le mois de Ramadhan reste en orbite et revient inéluctablement chaque année agrémenter leurs vies. Le prochain rendez-vous religieux, le Hadj, prévu fin juillet début août prochains, reviendra dans les débats. L’an dernier, le pèlerinage aux Lieux Saints a été annulé en raison de la fulgurance de la propagation de la Covid-19 et il n’est pas sûr que la présente saison les autorités saoudiennes prennent le risque d’accueillir comme à l’accoutumée des pèlerins par millions. On peut comprendre leurs hésitations car, malgré les progrès de la vaccination, la situation n’est pas suffisamment rassurante. Une décision d’annulation ne sera certainement pas prise de gaieté de cœur car, outre le fait que son image en sortira égratignée pour la seconde fois, l’Arabie saoudite y perd beaucoup d’argent. Après le suspens de la chute de la fusée chinoise, le monde musulman sera pendu aux lèvres du monarque des Deux Lieux Saints. La fin du mois de Ramadhan signifie aussi pour l’Algérie une sorte de fin de la période de lévitation dans laquelle elle était plongée, le retour sur Terre et son gros lot de préoccupations. Le Hirak, les élections législatives, l’inflation, les revendications salariales, l’ouverture des frontières, la relance de la machine économique, les examens de fin d’année, la vaccination, bref, un tas de problématiques voilées par le mois sacré vont ressortir comme escargots après la pluie. Ou comme une ancienne mosquée enfouie sous le sable après une tempête, si ce n’était pas une fake news. Bienheureusement, le foot est là pour agrémenter ce quotidien difficile, car même si les éliminatoires de la Coupe du monde ont été repoussées en automne, l’Équipe nationale propose quelques alléchantes prestations pour alimenter la patience de ses nombreux fans et admirateurs, et entretenir un solide espoir dans la qualification à cette prestigieuse joute. Bien sûr qu’il faut garder espoir en toutes circonstances et l’Algérie a suffisamment de résilience pour passer tous les caps difficiles. N’est-ce d’ailleurs pas le message intrinsèque du mois de la Rahma et de l’Aïd el Fitr ? Au bout de l’épreuve, il y a toujours la délivrance. Saha Aïdkoum !
O. M.