Programmes à la carte

C’est simple et facile à vérifier. La presque totalité de nos journaux ont cessé de publier les programmes des chaînes de l’ENTV et ceux des chaînes privées. S’il fallait s’en tenir à cet aspect, presque rien ne différencie une publication éditée à Alger, Oran ou Constantine d’une feuille de chou parisienne ou marseillaise. On se contente de rappeler ce qu’on peut voir sur Arte, TF1 et plus rarement  sur les chaînes arabes tout autant sinon davantage suivies. Que révèle cette attitude? S’agit-il d’une simple paresse? Est-ce une façon de signifier qu’il n’y a rien à voir sur nos petits écrans ? Le guide télé est-il de ces pages mortes qu’on prépare comme une corvée? Longtemps, ce travers avait une explication plus terre à terre. On pouvait recevoir par courrier, deux semaines à l’avance, des catalogues en couleurs des chaînes étrangères avec photos, portraits et résumés des films et émissions. Par contre, il fallait se rendre au 21, boulevard des Martyrs et se contenter d’une feuille dactylographiée. L’avènement de la parabole avait eu pour effet de rendre plus visibles les chaînes françaises favorisées aussi par la vente de magazines télé qui ne coûtaient  pas les yeux de la tête. Consulter, chaque matin,  le programme télé c’était alors comme  vouloir connaître le temps qu’il fait. Aujourd’hui, avec le foisonnement des chaînes, ceci serait un exercice fastidieux voire inutile. A quoi cela servirait-il de retenir et de noter à l’avance l’horaire d’un match, d’un débat ou d’un feuilleton? Les sites des chaînes regorgent d’informations en direct, mettent en avant des vidéos de passages à revoir et recommandent de découvrir des contenus. Replay est un mot à la mode. Peut importe d’avoir raté un journal télévisé ou les parties d’une série que l’on peut toujours revoir quand on veut ou quand on peut. Désormais, il ne sert à rien de tout prévoir. On est servi à la carte. On avait longtemps craint que la télévision ne vienne «balayer» les journaux qui ont perdu le privilège d’annoncer les nouvelles.  Longtemps, c’est tout le contraire qui advint. Dans une sorte de système de vases communicants, la télé offrit de la matière pour les journaux qui multiplièrent les pages spéciales et se mirent à s’intéresser à ce que font et disent les comédiens et les starlettes. Eux aussi ont inspiré des revues de presse quotidiennes. Cet échange se poursuit même s’il tend de plus en plus à devenir à sens unique. Que disent de nous les feuilletons? Que révèle le torrent de  publicité? Comment l’image modèle les comportements? Les questions sont aussi nombreuses que les chaînes de radio et de télé.
H. Rachid