L’ail blanc de Chine : Les raisons d’une bouderie

Difficile d’imaginer un plat, traditionnel ou moderne, durant ce Ramadhan, où l’ail serait absent. Mais celui importé de Chine ne semble nullement prisé.

 

De nombreuses ménagères le boudent, estimant qu’il est de mauvaise qualité. «L’ail est petit, de couleur blanche et facile à peler. Coupé ou écrasé, il dégage une odeur. Ce n’est pas le cas de l’ail blanc de Chine dont l’odeur n’est pas forte», confie une quinquagénaire. Une  dame qui faisait ses courses dans un marché à Alger-Centre dit pouvoir reconnaître l’origine des fruits et légumes même si elle n’est pas affichée. «Là, c’est  de l’ail de Chine de mauvaise qualité !», lance-t-elle au marchand. Ce dernier assure que c’est un produit  récolté à Mila et ne peut être de Chine, les  frontières étant fermées. La  cliente ne semble pas convaincue. Pour elle, «les produits d’importation sont généralement stockés».
Un autre marchand de légumes reconnaît que l’ail blanc ne s’arrache pas. Il admet à demi-mot que c’est un produit de Chine qu’il expose. «Depuis l’avènement de la crise sanitaire, on évite d’utiliser carrément le mot Chine, car le client est instantanément hésitant». Le préjugé est bien ancré.
S’agissant des prix, l’ail sec est cédé entre 80 et 100DA/kg dans les marchés de gros et entre 200 et 250 DA/kg chez les détaillants. Le prix de l’ail vert varie entre 50 et 100 DA/kg chez les grossistes et s’écoule entre  50 et 250 DA/kg chez les détaillants.
Au marché Réda-Houhou (ex-Clauzel), un marchand explique comment reconnaître un bon ail.
«Il faut le peser et regarder son bulbe. S’il est dur, il est de bonne qualité». «L’ail chinois un arrière-goût amer, presque métallique», dit-il. Ahmed, qui  cultive l’ail à Oued Segan, au sud de la wilaya de Mila, conseille de consommer l’ail local. «Comme nos autres produits agricoles, il est bio et les   pesticides sont rarement utilisés», assure-t-il. L’expert agricole, Mourad Hadji, met en garde. «L’ail de Chine représente un danger  car il est cultivé dans des fermes où divers pesticides nocifs et illégaux dans d’autres pays  sont utilisés». Pour lui, l’Algérie devrait encourager ses producteurs en leur accordant des facilitations à travers l’adoption de mécanismes de commercialisation et  l’interdiction des importations. Il rappelle au passage que notre  pays en importe, chaque année, entre 7.000 et 10.000 tonnes. Pour l’ancien directeur général de l’Office national des terres agricoles (Onta), Messaoud Kennis, «un produit agricole longtemps stocké finit toujours par perdre sa fraîcheur et son goût».
Samira Sidhoum