Ramadhan 2021 : Un mois singulier !

Fatidique, le Ramadhan de cette année l’a été à bien des égards. Crise sanitaire, ébullition électorale, grèves par-ci par-là, hausse des prix inédite des produits de large consommation, intempéries dans plusieurs régions du pays…  Ce mois sacré aura été bien singulier. Flash-back.
Une mercuriale loin d’être clémente
Au mois de Ramadhan 2021, la mercuriale a été exceptionnellement élevée, affectant un pouvoir d’achat déjà bien éprouvé par les conséquences de la crise sanitaire, d’après des associations de consommateurs. Mais, les commerçants s’attendent à une accalmie dans les prix dans les jours à venir, une fois les produits agricoles de saison sur les étalages. La mercuriale au mois de Ramadan 2021 n’a guère été clémente. La flambée des prix a pratiquement «incendié» le pouvoir d’achat, surtout celui des familles aux revenus faibles. Les promesses faites par les pouvoirs publics de rendre les prix abordables ont fait long feu devant l’évidence de la réalité. «La mauvaise régulation du marché des fruits et légumes et celui du marché des viandes rouges et blanches est derrière cette mercuriale très élevée qui a marqué ce mois de jeûne. Certes, il y a eu, lors des précédents ramadhans, des hausses dans les prix mais l’écart n’a jamais été aussi important», déplore le directeur exécutif de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), Mohamed Toumi. D’après les données de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), les prix ont augmenté en moyenne de 30 à 40 DA par kilo de fruits et légumes par rapport au Ramadan 2020, tandis que les viandes blanches ont connu une hausse de 120 DA par kilo. «Les prix des produits alimentaires, tels que l’huile de table et les dérivés de pâtes, ont augmenté de 15%. La baisse de la production agricole en raison de la pandémie sanitaire a réduit l’offre. N’oublions pas, en outre, que le mois de Ramadhan a coïncidé avec une saison agricole creuse où les produits de l’hiver s’amenuisaient tandis que ceux de printemps ne sont pas encore récoltés», explique le président de l’Anca, Tahar Boulenouar. Cela dit, il assurera que dans les jours à venir, l’arrivée sur le marché des produits agricoles de saison équilibrera l’offre et la demande. «La mercuriale a quand même baissé quelques jours après le début du mois de jeûne avec une moyenne de 30 DA par kilo de légumes dans certaines régions», note-t-il. La FAC s’attend également à une baisse des prix des fruits et légumes de saison, mais pas des viandes blanches. «On s’attend à une autre flambée des prix de la volaille dans les jours à venir pour plusieurs raisons. Beaucoup d’éleveurs ont abandonné leurs activités à cause de la crise sanitaire, entraînant une baisse dans la production. En outre,  comme les prix des intrants ont augmenté sur le marché mondial et que des foyers de grippe aviaire sont identifiés dans nos élevages, l’offre sera considérablement en dessous de la demande», prévoit-il. Par conséquent, prévient-il, les prix des viandes blanches frôleront presque ceux des viandes rouges.
Des revendications socioprofessionnelles en cascades
Ces derniers jours,  plusieurs secteurs ont connu des mouvements de protestation. De la santé à l’éducation en passant par les postiers, les fonctionnaires des impôts et tout récemment les agents de la protection civile, l’ambiance sociale est plombée. Les motifs sont divers mais les salaires restent la principale motivation. L’intensité de la conflictualité est variée d’un secteur à l’autre.  Les contestataires  regrettent généralement que les accords signés entre employeurs et représentants du personnel ne soient pas suivi d’effets. C’est la raison pour laquelle,  ils demandent à ce que le dialogue soit mené directement avec le gouvernement. Face à la montée de la gronde, ce dernier a exprimé sa détermination à ériger le dialogue et la concertation en outil de cohésion sociale et de développement durable.  Présidant l’ouverture des travaux d’une journée d’étude sur « L’éthique dans l’administration et l’entreprise publique », le Premier ministre,  Abdelaziz Djerad a précisé,  dernièrement, que le gouvernement était déterminé à poursuivre sa démarche visant à asseoir les bases de la concertation, en associant les agents publics dans la gestion de leur parcours professionnel, à trouver les meilleurs cadres de dialogue social avec les différents partenaires pour régler les conflits professionnels, et à aplanir les difficultés qui entravent le bon fonctionnement et le développement du service public en vue de renforcer la paix sociale et de réaliser la croissance économique. En attendant, le coordinateur du syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNPEST), Meziane Meriane, soutient que les syndicats autonomes n’ont jamais participé au dialogue social.  «Un véritable dialogue social doit être mené avec les parties ayant entre les mains  le pouvoir de décision. Nous plaidons pour un dialogue basé sur la franchisse et le sérieux, condition de bons compromis», commente-t-il. Et de rappeler que dans des pays respectueux des partenaires sociaux,le dialogue est un passage obligé.  » Les syndicats sont associés dans la prise de décisions d’intérêt général, et ce, dans la transparence la plus totale », insiste-t-il. Meriane estime que dans notre pays, on ne veut pas  de ce genre de concertation.  » Avec la tutelle, nous avons souvent un dialogue en trompe-l’œil », dit-il,  citant l’exemple la dernière rencontre tenue avec  les représentants du ministère de l’Education à la veille de la grève  de l’Intersyndicale sans la présence du  premier responsable de secteur ni du secrétaire général. ‘ »C’était une réunion formelle qui n’avait abouti à rien », regrette-t-il, soutenant la nécessite de faire preuve de sérieux dans les actions et d’agir dans le cadre d’un esprit de partenariat.  « On continue à juger les syndicats autonome inutiles », observe-t-il. Et de poursuivre: «Le dialogue reste le seul moyen civilisationnel pour solutionner les problèmes. La disponibilité du partenaire social à participer à la construction d’un climat social apaisé indispensable à la réalisation du développement durable est entière».
Regain de la pratique politique
Contrairement aux périodes précédentes, le Ramadhan de cette année a connu un regain important de la pratique politique. Le mois sacré intervient en pleine effervescence électorale liée aux législatives du 12 juin prochain. Finalement le sacré n’empêche pas le politique, surtout quand les enjeux électoraux sont cruciaux. La course pour la députation n’a pas perdu de son élan. Elle s’est poursuivie et même intensifiée. Les candidats étaient contraints de garder un rythme soutenu en vue de finaliser la collecte de leurs signatures et s’en tenir ainsi aux délais fixés par l’Autorité nationale indépendante des élections pour l’étude et l’examen de l’ensemble des listes électorales en lice. Pour la majorité des partis, le Ramadhan n’a pas constitué un frein à leurs activités. Il fallait respecter les programmes préétablis pour une meilleure préparation. Les postulants ont accéléré la cadence pour pourvoir déposer leurs candidatures dans les délais impartis. L’Anie avait annoncé qu’elle finalisera l’étude de leurs dossiers le 9 mai dernier pour ensuite entamer une période des recours; Lesquels doivent être déposés auprès des tribunaux administratifs et du Conseil d’Etat. Jeûner n’a pas empêché les formations politiques et les candidats indépendants de maintenir le cap des préparatifs. Les coordinations et les représentations locales de l’autorité ne désemplissaient pas. Elles accueillaient quotidiennement les candidats et leurs listes. Elles veillaient aussi à rendre des réponses diligentes après étude et enquête sur les postulants pour ces joutes. Ce qui a d’ailleurs suscité des «mécontents» dont les candidatures ont été refusées. L’autorité avait brandi souvent l’article 200 du nouveau code électoral, lequel fixe des limites claires aux candidatures pour les élections notamment à celle émanant de parties proches du milieu de l’argent sale. A travers cette nouvelle disposition et la rigueur avec laquelle elle a été appliquée, on comprendra clairement qu’il existe une volonté ferme à éradiquer la corruption politique des opérations électorales. Certes, beaucoup de candidats avaient reproché à l’Anie son manque d’argumentation et de justification des rejets de leurs candidatures, mais cette dernière a expliqué par la voix de son président, Mohamed Charfi, que la loi est claire et se doit d’être appliquée à la lettre. D’ailleurs, Charfi a réuni il y a deux jours presque une vingtaine de partis politiques en vue de leur expliquer les motivations et les causes des rejets et ce, en les invitant à présenter des recours au niveau des instances concernées. Il a profité de l’occasion pour mettre en place une cellule de coordination dans laquelle siégeront des représentants des partis de l’Anie, qui aura pour mission, l’ouverture d’un débat autour de toutes les questions relatives au bon déroulement du prochain scrutin. Après un Ramadhan mouvementé, cap à présent sur les préparatifs de la campagne électorale dont le coup de starter est prévu pour le 17 mai. Une autre épreuve aussi importante qu’il va falloir assurer avant le jour «J».
Farida Belkhiri, Karima Alloun et Amokrane H.