«L’Etoile d’Alger» de Rachid Benhadj, un ovni dans le ciel de la capitale ? 

«L’Etoile d’Alger» de Rachid Benhadj. Voila un film qui a été  présenté, il y a quelques années, à Alger, mais son apparition sur les écrans a été aussi brève que celui d’une étoile filante. Celle-ci strie brièvement le ciel, avant d’aller se perdre dans l’immensité opaque du cosmos.

Le livre d’Azziz Chouaki dont s’est inspiré le réalisateur, sorti d’abord en Algérie aux éditions Laphomic puis en France, avait fait davantage parler de lui. C’était dans le contexte de l’après Octobre 1988 où Chouaki fit paraître son roman «Baya» qui, sous le titre «Fatma» et jouée par Sonia, devint une pièce qui eut du succès. On peut (re) découvrir «L’étoile d’Alger» qui figure sur la liste des films qui ont été sortis des tiroirs depuis quelques semaines.
Nos films ont une trajectoire aussi courte et fugace que celle des astres. Faute d’un réseau de salles qui se comptent sur les doigts d’une seule main même dans la capitale, parler de septième art s’apparente à de la plaisanterie. L’ex ministre Mihoubi, et d’autres avant lui, ont parlé de Multiplex, mais depuis même les salles qui furent restaurées n’ont pas renoué avec leur vocation. Le secteur est depuis longtemps sinistré. Le  développement des autres moyens de projection et de diffusion a aggravé la situation. On parle de Netflix, de DVD et toute une génération a décroché de tout ce qui faisait vivre la culture cinématographique avec ses projections, ses affiches, ses festivals et ses débats. Il fut un temps où une revue de qualité «Les deux écrans» s’éditait à Alger où défilait des cinéastes d’ici ou d’ailleurs. Pour se faire connaître, un comédien doit désormais apparaître dans une série télévisée. Si presque tout le monde se rappelle de «Chronique des années de Braise» de Mohamed- Lakhdar Hamina, bien malin celui qui citera, ne serait-ce que le titre de son dernier film, projeté au Mouggar qui au passage est fermé. Depuis, «Crépuscule des ombres» a rejoint la longue liste des films que peu de gens auraient vue. Les cyniques seraient même tentés de se demander pourquoi tourner des films dont nul organisme n’évoque le coût et les recettes ? On organise des premières, le réalisateur tout content présente son film devant des spectateurs qui sont presque toujours  les mêmes. Certes, le réseau de la Cinémathèque après le «Puits» de Lotfi Bouchouchi où actuellement  une dizaine de films diffusés dans une dizaine de villes  et YouTube viennent à la rescousse. Ils permettent à certains films d’atteindre le public. Ce fut le destin un peu enviable de «l’Oranais» de Liés Salam ou de «Fatma N’soumeur» de Hadjadj et des films sur les héros de la révolution comme « Zabana», de Saïd OuldKhelifa «Lotfi» de Rachedi. Mais cela suffit-il ? Même s’il ne faut pas faire la fine bouche l’opération s’apparente à un faux remède pour un vrai mal. Pour combien de temps encore, nos films vus et récompensés ailleurs resteront des sortes d’ovni  qui apparaissent au dessus d’Alger?
R. Hammoudi