Le drame palestinien dans la création algérienne : Echos retentissants

La tragédie palestinienne a été toujours une source d’inspiration pour les créateurs algériens. Chez les écrivains, les peintres ou les hommes de théâtre l’expropriation et l’exil d’un peuple dont le sort rappelle,  par bien des aspects, celui des  Algériens, durant la période coloniale n’ont laissé aucun d’entre eux indifférent.

Bien avant l’indépendance, on retrouve surtout chez des poètes et dans la prose de Cheikh Bachir El Ibrahimi des textes qui évoquent l’injustice de la spoliation et la création d’Israël assimilée  à une écharde enfoncée dans le corps de la Oumma. Mais, c’est un peu plus tard, comme pour d’autres  combats justes qui ont marqué les années 60 et 70 que les échos de la revendication palestinienne ont davantage retenti dans la littérature et le cinéma  sans compter les poètes qui ont sublimé l’engagement et les exploits des fedayine. Qui ne se souvient pas de Youcef Khader qui avait fait de ces derniers des héros de polars palpitants? De poètes consacrés comme Malek Haddad ou Moufdi Zakaria ou en herbe, des milliers de vers ont célébré la résistance palestinienne. L’un des tous premiers poèmes que publia en avril 1971 Tahar Djaout dans la revue «Echabab» de la JFLN concerne la Palestine :
Mon cœur sera un brasier
Dont les flammes s’élanceront
Pour écrire en lettres menaçantes
L’unique mot Palestine
S’écria  le jeune poète
«Palestine trahie»
«Journal de Palestine» publié en janvier 1972 est un récit né des voyages de Rachid Boudjedra qui a côtoyé des Palestinien dans de nombreux pays. A travers des impressions et portraits, il présente le drame sous de multiples facettes. Dans les pièces de Kateb Yacine et pas seulement «Palestine trahie», le combat d’un peuple brimé et dispersé est omniprésent comme expression d’une revendication permanente et symbole d’une perpétuelle trahison. Noureddine Aba fut un des auteurs qui consacra le plus d’écrits à ce qu’il appelait une écorchure de la conscience universelle. Sa pièce, «Aube à Jérusalem» fut jouée à l’étranger. L’intellectuel Mohamed Boudia a repoussé les limites de son engagement jusqu’ à se sacrifier. Il a été tué par le Mossad  lors d’un attentat à la voiture piégée en juin 1973 à Paris. On connait aussi l’intérêt de Mourad Bourboune pour la revendication et son opposition frontale,  dans ses articles de presse, aux tenants du sionisme et à la duplicité de l’Occident. A ses débuts, Anouar Benmalek qui a séjourné au Liban a traité dans des reportages de la question palestienne dans ses dimensions humaines et politiques. On rencontre aussi  dans «Amour-loup» des réfugiés dans des camps. En 2005, c’est Yasmina Khadra dans «L’attentat» qui  à travers la figure attachante d’un médecin palestinien aborde  la brulante question des attentats Kamikaze et ce qu’elle charrie comme questions et interrogations.
De Khadda à Debza
Les toiles représentent aussi la tragédie. Mohamed Khadda avec «Tell Ezzaater», Aicha Haddad, Farés Boukhatemse sont indignés de l’agression contre la morale et la beauté des êtres et des choses. Les chanteurs ne furent pas en reste. Un peu dans le style Kateb Yacine  avec mots d’ordre et harangue finale, le Groupe Debza avait composé un chant qui clamait sa solidarité avec «Echaab el Maskine», le pauvre peuple de Palestine. Mazouni avait édité une cassette dédiée aux enfants de l’Intifidha où il glorifie les résistants. Au cinéma, le film «Sanaoud» de SlimRyadh (1972) est un classique. Benguettaf y jouait le rôle d’un Fidai confronté au choix de la lutte armée et à la trahison des «frères» arabes. Le film «Nahla» de Belloufa est aussi traversé par les échos de la question palestinienne, variable dans l’équation libanaise. Mais un film sur la saga d’une famille algérienne partie au Cham après la révolte de 1871 n’a pas encore vu le jour. La question palestinienne interpelle toutes les consciences. De par la proximité historique et la parenté religieuse, elle a traversé depuis plus d’un demi-siècle tous les espaces de revendications et d’expression en Algérie.
H. Rachid