Rafik Khellaf, archéologue et directeur de laboratoire de recherche : «Le patrimoine est un levier à fort potentiel économique»

Rafik Khellaf, enseignant-chercheur au centre universitaire de Tipasa, aborde, dans cet entretien, l’importance de la valorisation économique du potentiel archéologique dans le cadre de la diversification de l’économie nationale.

 

Le mois du patrimoine est célébré sous le  slogan «La valorisation économique du patrimoine culturel». Peut-on lui donner corps ?
Notre pays possède des prédispositions et des atouts pour développer le tourisme culturel et cultuel. Notre potentiel archéologique qui s’étale sur un immense territoire est parmi les plus importants en Afrique du Nord. Chaque site représente une opportunité d’investissement, d’autant que la carte archéologique nationale ne cesse de se renforcer avec de nouveaux sites mis au jour, comme ce fut le cas à Jijel et Tébessa, l’an dernier. Rentabiliser ce potentiel est désormais un devoir eu égard à la situation financière du pays et une option porteuse en termes d’investissement.
Qu’y a-t-il lieu de faire ?
Le tourisme culturel dans nombre de pays représente une part importante du PIB. En Egypte, tout un ministère est dédié aux antiquités. C’est un créneau qui engrange des sommes colossales en devises dans divers pays (Tunisie, Italie, Grèce et pays de l’Amérique latine). Nous n’allons rien inventer. Il suffit de réunir les conditions, conjuguer les efforts et mobiliser les investissements.
Comment y parvenir ?
Au contraire du tourisme balnéaire, dont la haute saison est estivale, les activités du tourisme culturel s’étalent tout au long de l’année. Rentabiliser le patrimoine archéologique passe d’abord par la poursuite des opérations de muséalisation de nos sites qui comportent entre autres la garantie d’un accès facile. Durant les dernières années, une réforme a permis de revoir à la hausse les tarifs d’accès aux musées et sites archéologiques. C’est une bonne initiative car, auparavant, les prix étaient quasiment symboliques. Nombre d’activités à forte valeur qui gravitent autour de ces sites peuvent être modernisées, adaptées aux besoins des visiteurs et développées de sorte à créer de la richesse et des postes d’emploi.
De quelles activités s’agit-il ?
Cela va de la vente de produits de souvenirs à l’organisation de circuits de pèlerinage où une multitude d’activités peuvent prospérer. A titre d’exemple, un circuit dédié aux endroits visités. Saint Augustin peut être une attractivité potentielle pour les touristes étrangers, d’autant qu’une expérience en ce sens a existé. Le même modèle  peut être reproduit  un peu partout comme pour Juba II et sa capitale Césarée. On peut développer le concept des sentiers sous-marins. Notre association à Cherchell a conçu un projet pour faire découvrir des vestiges archéologiques sous mer. L’idée est d’abord de faire connaître aux touristes les richesses archéologiques de la région et donner également un aperçu sur les vestiges qui jalonnent le sentier sous-marin.
Ce concept peut être généralisé le long de la côte, entre autres à Rachgoun et dans la région oranaise où des épaves d’une cinquantaine de bateaux de la période antique et de la Seconde Guerre mondiale gisent dans les fonds marins. A l’Est, de semblables vestiges méritent d’être visités. L’organisation de festivals liés aux thèmes archéologiques, la création de zones de loisirs, de restauration et de vente de produits au cachet archéologique de chaque site peut  renforcer cette dynamique économique et développer de nouvelles filières.
Disposons-nous d’assez de ressources humaines ?
L’université compte neuf instituts d’archéologie. Chaque année, de nombreux diplômés ne trouvent pas d’emploi. Ils sont en mesure, en tant que guides ou porteurs de projet d’entreprises de contribuer à l’essor de la valorisation économique du patrimoine. Le  potentiel existant nécessite aussi un accompagnement en termes de fabrication d’objets de souvenirs car une bonne partie de ceux qu’on vend à proximité des sites culturels proviennent de l’étranger et sont de médiocre qualité. Les opportunités d’investissement dans le domaine archéologique sont diverses.
L’Algérie où existe une volonté politique dispose de tous les avantages pour faire décoller les activités économiques.
Entretien réalisé par Amirouche Lebbal