Ksour, villages et médinas : Des endroits parlants et… payants

Jamais sans doute on n’a autant parlé de patrimoine que durant ces dernières années. Pas seulement des vieilles médinas dont des pans s’écroulent dans l’indifférence de citoyens ou d’impuissance de responsables.

La restauration et le classement de sites sont devenus des termes courants. Dans les ksour du sud et les villages de montagne, des opérations furent menées pour stopper un processus de dégradation souvent avancé.  Le souci n’est plus seulement de sauvegarder des monuments, ces témoins muets de l’histoire millénaire du pays qu’il faut  protéger des déprédations et de la négligence. Le concept s’est élargi au patrimoine immatériel, une somme de pratiques rituelles, de créations qui font l’originalité de chaque peuple ou nation. Couscous, raï, vêtements, on a fini par se rendre compte que la richesse n’était pas seulement dans le sous-sol qui regorge de gaz. Au-delà du prestige, la culture c’est aussi des biens et une industrie qui fait travailler des milliers de personnes et gonfle le PNB de nations avancées. Partout, elle a surclassé l’agriculture et l’industrie. C’est de cette conscience qu’est née la nouvelle vision qui veut rentabiliser des biens qui, intégrés dans des circuits touristiques et des manifestations, peuvent générer des revenus au profit des citoyens et des collectivités locales qui en sont si démunies.
Il faut sans doute voir dans cet «éveil» un souci de mettre en avant des richesses qui distinguent en ces temps où un rouleau compresseur rabote le monde qu’on rêve de réduire à un immense marché où l’on consommerait les mêmes produits et écouterait les mêmes musiques.
L’Algérie dont le sol est constellé de vestiges de différentes civilisations dont certains comme la vallée du Mzab, les ruines de Djemila ou Timgad sont inscrits au patrimoine de l’humanité ne pouvait indéfiniment tourner le dos à un filon qui a cet avantage d’attirer de jeunes entrepreneurs.
Longtemps ce patrimoine de toutes les époques ravissait les touristes qui pouvaient monter à l’assaut du Murdjadjo où une immense cathédrale domine Oran ou se perdre dans les venelles de  Constantine, l’une des plus vieilles cités au monde.
Le temps apposait ses stigmates mais c’est le manque de moyens et d’intérêt pour des «choses» qui ne paraissaient  pas essentielles qui a «ruiné nos ruines» pour reprendre une boutade d’un connaisseur du secteur du tourisme.
Un malheur n’arrivant jamais seul, notre patrimoine commun est devenu un terrain où pullulent de plus en plus de trafiquants.
Depuis une vingtaine d’années, l’Algérie a beaucoup fait pour sauvegarder son patrimoine. Elle ne s’est pas contentée de promulguer lois et décrets. Elle a créé de nouveaux parcs culturels, répertorié ses richesses et encouragé les fouilles. Cela n’est sans doute pas suffisant et les engagements ne sont pas toujours suivis d’effets et d’actions concrètes. L’exemple de la Casbah d’Alger, véritable tonneau des Danaïdes est éloquent. Le projet de sa restauration s’apparente à un tunnel sans fin. Mais le patrimoine ne se réduit pas à la sauvegarde d’un seul endroit aussi prestigieux soit-il, mais à mille autres dont les légendes sont parlantes et désormais payantes.
H. Rachid