Rencontre avec Djawad Rostom Touati : Dissertation sur l’histoire à double visage

Auteur de trois romans, «Un empereur nommé désir», «La civilisation de l’ersatz» et «La  scène et l’histoire», Djawad Rostom Touati anime également  l’émission «Culture, l’autre regard» sur Canal Algérie. Il a été l’invité des rencontres littéraires «Rayonnement du livre» organisées par l’Entreprise nationale des arts graphiques (Enag)et l’Agence algérienne pour le  rayonnement culturel (Aarc), pour débattre de son dernier ouvrage.

«Lorsqu’ils surgissent sur la scène de l’histoire, les hommes empruntent les habits de leurs ancêtres.» C’est sur ces propos, qu’il emprunte à Karl Marx, que l’auteur introduit la présentation de son ouvrage et le sujet auquel il fait allusion, celui de l’histoire qui s’écrit en vase-clos et à laquelle on croit tous participer. Pour lui, «Il y a une dichotomie entre ce qui se passe sur la scène médiatique, et qui apparait à tous, et l’histoire réelle». «Cette dernière se déroule en sous terrain sans que les hommes ne s’en rendent vraiment compte», explique t-il.
Le roman est né fin 2019, en plein cœur du Hirak où, dit-il, «la polarisation du mouvement succéda à une parfaite harmonie du Hirak». Cette polarisation,  selon Djawad Rostom, a fait l’objet d’une tentative de refoulement de la part des médias qui ont occulté les diversités de la société  pour essayer de la mobiliser autour d’une seule revendication.
Dans son roman, l’auteur met en scène une dizaine de personnages membres d’une troupe de théâtre formée par Nadji. Ce professeur de théâtre et metteur en scène est archétype de l’artiste dont la carrière est une quête constante de reconnaissance. Nadji nourrit  également l’ambition d’écrire un texte théâtral,  mais, ironie du sort, il n’y parviendra jamais. Pour la simple raison que Nadji, estime que rien ne mérite d’être pour lui une source d’inspiration en dehors de lui-même. Il se retrouve  incapable de donner à son écriture un aspect artistique et d’élaborer une œuvre. Ce velléitaire est, selon l’auteur, l’incarnation du  narcissique que Christopher Lacsh dans son ouvrage «La culture du narcissisme» définit comme  «celui qui ne distingue pas entre le monde qui l’entoure et sa propre personne à tel point qu’il ne reconnait de valeur à personne et de ce fait devient sujet à des pulsions destructrices».
Autres personnages du roman, Rahim et Lamia. Le premier, étudiant en médecine est passionné de littérature. Poussé par une amie à rejoindre la troupe de Nadji, il fera la connaissance de Lamia. Une idylle naîtra entre les deux, mais elle ne tardera pas à s’effriter. Elle est brisée par la confrontation de leurs convictions politiques et leurs visions divergentes sur les  objectifs du Hirak.
A travers ses personnages et dans son récit, l’auteur tente de décrypter quelques mécanismes qui régissent la société. Il met l’accent sur la diversité comme élément porteur de richesse et d’équilibre. «Il est inconcevable et quasiment impossible d’uniformiser toute une société en l’inscrivant dans une même revendication et un seul projet politique», lance Djawad Rostom.«Il est important d’admettre nos différences pour pouvoir construire quelques chose ensemble car  l’uniformisation appauvrit et tue une société», ajoute-t-il. Il dénonce enfin les manipulations dont sont victimes les  jeunes  et leur mobilisation par des personnes occultes pour des desseins à des fins idéologiques et politiques. «Loin peut-être de leurs aspirations et de celles du peuple», lâche-t-il.
Hakim Metref