65e anniversaire du 19 Mai 1956 : De l’école au maquis 

Le passé et le présent produisent cette fabuleuse alchimie qui bouillonne dans les veines de celles et ceux qui ont conscience de la mesure des hauts faits de l’histoire. La date 19 mai 1956 qui marque l’une des plus glorieuses pages de la Guerre de libération nationale, à qui nous consacrons une thématique dans la présente édition, en est l’exemple patent.

Plus d’un demi-siècle auparavant, des jeunes femmes et hommes à la fleur de l’âge, tout courage, décidèrent de rejoindre le combat libérateur à l’appel de l’Union générale des étudiants musulmans algériens à l’occasion d’une grève dont le retentissement est parvenu jusqu’aux couloirs des Nations unies. Bien plus tard, au lendemain de l’Indépendance, l’élite révolutionnaire fut l’un des piliers de la reconstruction et du développement de l’Algérie dont on mesure aujourd’hui encore les fruits du glorieux combat.
Le 19 Mai 1956 fut une étape importante dans la trajectoire de la révolution algérienne, car de nombreux jeunes vont rejoindre ses rangs, au sein des maquis ou à l’extérieur. Le FLN n’était pas un parti de vieux. La plupart de ses dirigeants et militants n’avaient pas plus de trente ans sinon moins. Un de ses fondateurs, Didouche Mourad, mort en janvier 1955, avait à peine 28 ans. «Les enfants de Novembre» ne fut pas seulement le titre d’un film. Avec la grève illimitée des cours et le boycott des examens décrétés par l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), la minorité des lettrés qui fréquentaient les lycées et l’université d’Alger, la seule à l’époque, et des facultés en France et dans quelques pays arabes vont s’impliquer dans le combat. «Auparavant, ils avaient peu d’influence», pour reprendre les mots de Harbi qui vécut de l’intérieur les soubresauts du mouvement estudiantin. Ils prirent conscience qu’avec «leurs diplômes, ils ne seraient pas de meilleurs cadavres».
En cette année 1956 où les événements s’accélèrent car, tout juste un mois après, Ahmed Zabana sera guillotiné, alors qu’on continuait de présenter le FLN comme «un ramassis de coupeurs de route», l’engagement des étudiants ne fut pas une mince victoire. Outre sa portée politique, les services de l’ALN (santé, information, renseignements, transmissions, diplomatie) vont disposer de compétences avérées, notamment le Malg. Abderrahmane Berrouane, étudiant en sciences po à Toulouse, relatera dans «Aux origines duMalg» (Barzakh 2015) sa traversée des frontières espagnoles pour se retrouver au Maroc.
Beaucoup, dont des jeunes lycéennes comme Meriem Belmihoub, Fadila Mesli ou Fazia Bazi formeront l’encadrement du FLN ou de l’ALN ou tomberont au champ d’honneur comme Amara Rachid, Mahmoud Mentouri ou Allaoua Benbatouche. D’autres, comme Khemisti, Bouteflika, Salah Benkobbi, le Docteur Lalliam, Lamine Khane ou Redha Malek occuperont d’importantes fonctions durant la révolution ou après 1962.
Beaucoup d’acteurs de cette séquence historique ont publié des livres. Belaïd Abdeslem dans ses entretiens avec Ali El Kenz, Ahmed Taleb Ibrahimi, premier président de l’Ugema alors qu’il était étudiant en médecine à Paris, Mohamed Harbi dans ses mémoires et plus récemment Dahou Ould Kablia, racontent la naissance de cette organisation, de l’idée  de recourir à une grève et le déroulement de celle-ci. Les événements, mais aussi les interrogations sur l’origine de l’appel, sont consignés dans de nombreux ouvrages qui fourmillent de précisions. Zohra Drif, alors lycéenne, se souvient de l’annonce par un jeune à la cité Robertsau de «la décision adoptée par acclamation» qu’elle redoutait car, écrit-elle dans «Mémoires d’une combattante de l’ALN», elle allait devoir quitter Alger et rentrer illico presto à Vialar, l’ancien nom de Tissemsilt et de se couper ainsi des réseaux du FLN. La jeune étudiante en droit était l’une des six Algériens, parmi lesquels Lakhdar Brahimi sur 200 inscrits à la faculté de droit.
C’était contre ce genre d’injustice flagrante que les étudiants s’étaient levés car avant tout disait le professeur Ihadadene, l’un de ceux qui ont souvent témoigné sur cette journée :«Ils étaient avant tout des Algériens colonisés avant d’être des  étudiants.»
H. Rachid