Rabah Lounici, historien : «La grève a donné un coup d’accélérateur à la Révolution»

L’historien Rabah Lounici évoque l’origine et la portée de la grève des étudiants, déclenchée  le 19 Mai 1956. Il s’attarde aussi sur le contexte dans lequel est née l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), qui fut un cadre d’engagement de jeunes qui ont contribué à la libération du pays et à son édification après l’indépendance.

Parlez-nous de la genèse de l’appel à la grève du 19 mai 1956 ?
Il faut souligner d’abord que l’Union générale des étudiants musulmans algériens n’a pas été créée par le FLN. Elle portait auparavant, depuis sa création dans les années 30, le nom d’Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA, ndlr). En Juillet 1955, naît  l’Ugema dont la création suscita des désaccords. Le FLN va en faire un instrument de lutte. C’est Belaïd Abdeslam qui a joué un rôle important dans ce ralliement de l’Ugema au FLN. En 1956, Abane Ramdane et Benkhedda avaient convaincu les dirigeants de l’organisation estudiantine de  lancer un mot d’ordre de grève des cours illimitée. La France coloniale avait réprimé ces jeunes dont certains comme Amara Rachid tomberont au champ d’honneur. L’Ugema donnera un coup d’accélérateur à la révolution. Des lycéens et des étudiants, conscients et déterminés, vont  lutter les armes à la main et prendre part à des forums sur la question algérienne qu’ils feront connaître à travers le monde. Ils avaient une grande capacité de mobilisation malgré des différences idéologiques.
Justement, que furent le rôle et l’apport de l’Ugem a?
L’Ugema qui a prouvé son ancrage populaire a stimulé la révolution dont elle a porté haut et fort les revendications à travers le monde. Elle a été une organisation influente et efficace. Certains de ses membres ont rejoint les maquis et d’autres se sont dirigés vers d’autres fronts. Ces jeunes qui ont rejoint la révolution à la fleur de l’âge ont notamment brillé dans les services de santé ou au sein  du Malg (renseignement, ndlr) dirigé par Abdelhafid Boussouf. Ils ont formé ses premiers noyaux en matière de transmission et de renseignements. Nombre d’entre eux ont donné un nouveau souffle à la diplomatie algérienne. Après l’indépendance, ils ont joué un rôle important dans l’édification de l’Etat. En 1957, la grève illimitée fut suspendue et des étudiants ont décidé de poursuivre leur formation qui servira beaucoup dans l’Algérie indépendante.
Pourquoi cet esprit patriotique s’est-il depuis émoussé ?
La régression est manifeste. Les étudiants avaient alors pris la mesure des défis que la patrie devait relever. Ils avaient conscience que leur engagement pouvait faire pression et peser sur le cours des événements. Ils avaient aussi l’art et la manière de faire valoir leurs droits.  Depuis, la situation a changé mais le flambeau doit être transmis pour que les valeurs de patriotisme et de citoyenneté demeurent. L’élite doit toujours assumer pleinement son rôle dans l’intérêt du pays et de la société.
K. A.