Le théâtre en temps de pandémie : Scènes virtuelles 

La  crise sanitaire a eu des répercussions néfastes sur  la culture qui a été  l’un des domaines les plus affectés. Pour  continuer d’exister, la majorité des institutions culturelles se sont réfugiées dans le monde virtuel devenu espace d’offre de produits culturels. Pour quels résultats ?

Salles de spectacles, galeries d’art, cinémas, théâtres et musées ont été contraints de fermer leurs portes pour une longue durée en raison des mesures décidées par les Etats dont le souci  est de limiter la  propagation du virus était en évitant  les regroupements.
Depuis quelques mois, les choses s’améliorent mais la majorité des institutions culturelles se réfugient toujours dans le monde virtuel devenu une sorte de «bouée de sauvetage». Artistes et établissements culturels s’affichent désormais  sur les réseaux sociaux et sites web pour se produire et maintenir le lien et le contact avec le public.
A son tour, le théâtre régional de Mostaganem vient de lancer son nouveau site web à travers lequel il met en évidence ses  productions et programmes. Il offre, également, dans sa rubrique presse, la possibilité de lire tous les articles publiés dans les médias, écrits ou audiovisuels algériens sur ses activités. La page permet aussi de retrouver tout une actualité culturelle liée au théâtre ou aux autres genres artistiques. Le théâtre met aussi un lien vers son «Club des artistes». Les jeunes et talentueux, créateurs de contenus et  institutions émergentes dans le domaine artistique en acquérant la carte de membre via le lien électronique, peuvent bénéficier d’un soutien par le théâtre et être conseillés pour développer leurs projets. Le lien  offre aussi la possibilité de disposer d’un espace de travail et de  rencontres entre  artistes. Le théâtre de Mostaganem a investi en force les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Youtube).Cependant, le théâtre de Mostaganem n’est nullement  pionnier.
Audience élargie
Le Théâtre national algérien (TNA) a, durant les mois de confinement, mis à profit les réseaux sociaux en diffusant régulièrement, via sa chaîne Youtube, des pièces de théâtre récentes ou puisées du riche répertoire national. Ce dernier a fait le bonheur durant le mois de Ramadan des nostalgiques des Alloula, Medjoubi, Rouiched, Rachid Ksentini et autres artistes qui ont fait la gloire et les beaux jours  du théâtre  national.
En plus des projections de  pièces, le TNA a organisé, via sa chaîne, un forum où un grand nombre de spécialistes ont débattu de l’actualité théâtrale et culturelle. Des thèmesimportants comme l’écriture théâtrale, la mise en scène, l’adaptation du roman au théâtre ont été traités et davantage suivis. Autrement dit, le web a élargi l’audience.  L’histoire, la guerre de libération, la littérature algérienne furent au centre  de rencontres animées par des universitaires et spécialistes.
Les théâtres d’Oran, Bejaïa, Tizi-Ouzou, Constantine et d’autres villes ont conquis le web pour proposer leurs produits et organiser des rencontres en ligne avec des  scénaristes et  hommes de culture.  Le jeune public n’a pas été négligé. Régulièrement, des pièces de théâtre pour enfants sont diffusées sur les chaînes Youtube et les pages Facebook des théâtres.
Les associations culturelles se sont rabattues aussi sur la toile pour  continuer d’activer tant bien que mal. C’est le cas de «Fassila» de Bordj Bou Arreridj qui, à travers son café littéraire converti en conférences en ligne, a pu asseoir une notoriété en matière de débats, allant de l’activité culturelle à la sensibilisation sur la protection du patrimoine,  l’écologie et l’environnement. Les musées algériens se sont aussi mis à la page.Le Bardo, les musées des beaux-arts, de la marine et celui Ahmed-Zabana d’Oran offrent des visites virtuelles pour faire découvrir les multiples trésors qu’ils recèlent.
«Le virtuel est limité, mais utile »
Omar Fetmouche, auteur, metteur en scène et président de l’association «Sindjab» de Bordj Menaiel ne s’emballe pas trop. Pour lui, «quelque que  soit l’impact positif d’une activité virtuelle, elle ne peut jamais  remplacer une véritable représentation». «Le théâtre est avant tout un art rassembleur et de communication directe entre l’artiste et le public. Il est basé sur le contact et sur l’émotion» souligne-t-il. «Voir une pièce sur un écran de quelques centimètres ne pourra jamais vous donner les sensations et les émotions que procure une salle et une scène», assène-t-il.
Toutefois, admet-il, «dans des conditions exceptionnelles, le virtuel reste un moyen de communication et d’information pour garder un lien entre le théâtre et son public».  Selon lui, «il  offre  un peu de réconfort, mais sans plus».Fetmouche fait remarquer que cela est valable pour le cinéma.  Aller voir un film dans une salle, entre amis ou en famille, est une expérience fabuleuse. Sur écran d’ordinateur en dehors de la qualité du film, il n’y a  rien sur le plan émotionnel», soutient-il.
Farid Mahiout, directeur du théâtre Kateb-Yacine de Tizi-Ouzou estime que l’activité virtuelle a permis à l’établissement de fidéliser le public. «La fermeture ne pouvait pas signifier un arrêt complet de l’activité. Il fallait trouver un moyen de préserver le lien  entre les gens et le  théâtre, et le virtuel s’est révélé une alternative adéquate», explique-il. Outre la diffusion des pièces produites depuis sa création, le théâtre Kateb-Yacine a permis de découvrir les productions d’autres théâtres régionaux.» Mahiout évoque au passage les ateliers en ligne de manipulation de marionnettes et de confection de masques qui furent très suivis. Cela démontre que le virtuel peut être utile pour l’activité théâtrale », renchérit-il.
 «En se basant sur le  nombre de vues et de commentaires sur nos page Facebook et Youtube, on a constaté un suivi important de nos activités», souligne notre interlocuteur qui  relève aussi que la reconversion au virtuel a  permis de numériser les  archives. «Le théâtre aussi doit s’adapter aux nouvelles technologies, un moyen efficace pour sauvegarder tout un patrimoine», dit-il.
Hakim Metref