Chênaie du Pic de Menaceur (Tipasa) : Un écosystème riche et vulnérable

La Conservation des forêts et la direction de l’environnement de Tipasa ont organisé une randonnée à la chênaie de la montagne du Pic de Menaceur à laquelle ont pris part des associations de la wilaya.

 

Avant d’emprunter une sinueuse piste forestière qui monte vers le Pic, les organisateurs ont expliqué aux participants les variabilités de la biodiversité locale, notamment son écosystème et présenter la faune et la flore. Le conservateur principal, Mohamed Djemmal, chef de service de la protection de la faune et de la flore à la Conservation des forêts, a mis en exergue les menaces comme les  incendies répétitifs, les maladies parasitaires, le surpâturage, l’abattage des arbres et le braconnage qui peuvent altérer la biodiversité et rompre les chaînes de son équilibre.
«Cet arbuste, le ciste de Montpellier, prend racine ici à force de la survenue d’incendies répétitifs», explique le conservateur divisionnaire, Amel Mokrani, cheffe de bureau incendies et maladies parasitaires à la Conservation des forêts, en montrant du doigt une parcelle de forêt carbonisée par un grand incendie, l’automne dernier, où pas moins de 20 hectares de chêne-liège et de chêne zen sont partis en fumée.
Cueillette abusive de plantes 
Traverser à pied la chênaie du Pic, dont les arbres s’accrochent fièrement à un sol escarpé est en soi une évasion qui vaut le détour. Une escapade exceptionnelle, surtout lorsqu’on est accompagné de guides qui connaissent les sentiers, mais aussi la composante floristique et faunistique. Chaque mètre de la forêt représente pour ainsi dire un écosystème respirant la vie. Autour de chaque chêne foisonne un cortège floristique. L’arbousier et la bruyère sont les deux principales espèces qui cohabitent avec le chêne de Menaceur. «Des dizaines de plantes aromatiques et médicinales poussent ici le long des quatre saisons. On y trouve de tout.  Malheureusement ces dernières années, le commerce de ces plantes s’est traduit par une cueillette abusive. A la longue et si on ne respecte pas les méthodes de cueillette, elles risquent de ne plus se régénérer», s’inquiète Mokrani. Au détour d’une  piste, l’un des  jeunes  a repéré une tortue qui ne  laisse personne indifférent.  La forêt du Pic compte de nombreuses espèces animales comme  le sanglier, le renard, la  mangouste, le lièvre, le porc-épic et des  oiseaux, particulièrement l’aigle de Bonelli, le ramier et la perdrix qui se fait de plus en plus rare. «Nous avons remarqué, ces dernières années, une nette régression de la population des perdrix. Même le renard se rencontre  moins qu’avant», confie  Ahmed Guerroumi, président de l’association des chasseurs de Menaceur qui a pris part à la randonnée. Après une montée de quelques kilomètres, les randonneurs sont parvenus à une grande clairière où une surprise les attendait. Il y a quatre mois de cela, la Conservation des forêts y  avait introduit, pour la première fois, le sapin de Numidie. 150 plants de cette espèce y ont été mis en terre. Chacun des présents cherchait de l’œil les potées dans l’espoir de repérer de  jeunes pousses de sapin. Si certains sujets ont résisté, d’autres n’ont pas pu survive, comme c’est le cas des plants de caroube plantés à la même période. Afin d’assurer une chance de survie aux sapins, Mohamed Djemmal a instruit les forestiers du district de Menaceur de les arroser une fois par semaine.
La randonnée au Pic de Menaceur a marqué tous les présents. L’espace d’une journée, ils  ont admiré la beauté et la générosité de Dame nature mais pris aussi conscience de sa vulnérabilité.
Amirouche Lebbal