Mohamed Bounaâma, historien: «Le parcours de l’Emir a besoin davantage d’éclairage»

A l’occasion du 138e anniversaire du décès de l’Emir Abdelkader, on se rend compte encore que son parcours a besoin de vulgarisation et davantage d’éclairage.

L’historien chercheur et docteur en archivistique Mohamed Bounaâma soutient cet avis en plaidant pour l’élimination des «zones d’ombre» autour des symboles de la résistance contre l’ennemi colonial. Cela ne l’a pas empêché de confirmer que l’Emir est celui qui a «créé les prémisses» de l’Etat algérien.
Selon Bounaâma, la méconnaissance du parcours de l’Emir Abdelkader est essentiellement liée à un problème d’historiographie nationale, qui concerne le plan académique, d’une part, et institutionnel, d’autre part. «On n’a pas créé cet ancrage et cette jonction entre le fait institutionnel et académique. Il existe des clivages et des fractures entre la relation qui devait s’instaurer entre l’université et les institutions en charge de l’équation historio-archivistique. Ce qui suscite des contraintes méthodologiques sur les modalités d’écriture de l’histoire d’une manière globalisante et non pas parcellaire. C’est pourquoi, il y a même des divergences, des zones d’ombre et aussi des contradictions entre les historiens. Certains ont même suscité le doute autour d’Ahmed Bey et  Abdelkader. D’où le besoin d’une approche qui nous permet de faire cette fouille historiographique surtout dans les archives. Il y a ceux qui disent que l’Etat algérien, c’est Ahmed Bey parce que c’est lui qui a pris les armes contre l’invasion colonialiste en engageant la résistance dans l’Est du pays, et c’est lui qui a été le premier à venir sur Alger. Par contre, l’histoire officielle tranche que  l’Emir Abdelkader est le bastion inexpugnable et le père fondateur de l’Etat algérien. C’est là un exemple de cette forme de contradiction», explique Bounaâma. Et de prôner la mise en place d’une institution historiographique nationale qui délimite le champ d’intervention et les prérogatives concernant  l’ensemble de la prise en charge de l’historiographie nationale. Ce qui éviterait, ajoute-t-il, l’oubli de ces stations historiques concernant de hautes personnalités algériennes. L’édification de l’Etat se poursuit-t-elle sur les bases tracés par l’Emir Abdelkader ? Pour ce qui est des fondements de l’Etat, il faut, dit-il, se référer en premier lieu aux actes fondateurs et revenir à la période d’avant 1830. «L’Algérie n’est pas née en 1830. Il faut revenir aussi aux manifestes édictés par nos valeureux révolutionnaires dont la déclaration du 1er novembre et la plateforme de la Soummam. Il faut incruster tout cela dans le cadre de l’union nationale. Et c’est là que seront définis les contours et les paramètres qui engloberont la Constitution algérienne. Les écrits sont là. Il faut bannir toute exclusion dans l’approche historienne», explique Bounaâma en rappelant que nul ne peut nier que l’Emir Abdelkader avait «créé les prémisses de l’Etat». Il a consacré toute sa vie au djihad contre le colonisateur. Il a pris les devants après son père en mettant en avant les arcanes de l’Etat algérien sur le plan diplomatique, scellant des conventions avec le colonisateur. Il a pris des dispositions stratégiques dans le cadre de sa guerre sainte contre l’ennemi en créant aussi les fondements de l’armée algérienne. Il a élargi son champ d’intervention même au Maroc et en Tunisie, rappelle-t-il encore.
Karima Alloun