Mehdi Benaïssa (producteur de films) : Un métier de passion et de contraintes

Les master-class autour des métiers du cinéma organisés par la maison de la culture Taos-Amrouche de Bejaïa se poursuivent.

Après la direction casting, l’écriture de scénarios, le jeu d’acteur et la réalisation un producteur, Mehdi Benaïssa fils du célèbre dramaturge Slimane Benaïssa a abordé, mardi, différents aspects de son métier. Il a surtout produit le fameux documentaire «L’Algérie vue du ciel», tourné par Yann Arthus Bertrand  qui a fait le délice de millions de téléspectateurs de par le monde.
La quarantaine de stagiaires ont quasiment bu les paroles du conférencier qui, alliant traits d’humour et belles formules, a fait montre d’une parfaite maîtrise de sa communication. Benaïssa a d’abord retracé le parcours qui l’a mené au cinéma alors qu’il était destiné par la famille à une carrière de scientifique. Il s’est permis de ne  suivre que trois jours d’études en architecture, avant de suivre, en France, une formation qui rassura sa parentèle, mais de manière très momentanée puisqu’il reprit vite le chemin qu’il a toujours voulu prendre, celui du  cinéma. Sa  passion remonte aux voyages de sa prime jeunesse à travers une Algérie qui l’a éblouie par ses  beautés et qu’il s’était promis de mettre un jour en images. Benaïssa exerça en France  mais aussi aux USA, pour les studios Fox où il mesura toute la signification du terme industrie dans le cinéma. Les années passées hors du pays, loin d’estomper son rêve, ne l’ont que davantage décidé à revenir pour réaliser la passion qui l’a toujours animé. Là, il finira par se lasser des productions qu’il voit passer. «Produire des navets, autant aller chez ceux qui le font bien !», dira-t-il pour expliquer comment il a «échoué» au ministère de l’Agriculture, où il anima la cellule audiovisuelle. De ses missions aux quatre coins du pays jaillit l’idée lumineuse de produire, à défaut de pouvoir le réaliser à cause de ses moyens dérisoires,  «L’Algérie vue du ciel» qu’il propose à Yann Arthus Bertrand. Benaïssa travaillera également pour des chaînes TV et accumulera une somme d’expériences et de connaissances sur le monde audiovisuel national dont il a tenté, lors de ce master class, de partager la quintessence avec des  jeunes, happés comme lui par la féerie du cinéma. Son message est clair comme de l’eau de roche. Il faut avoir une passion à vivre et la réaliser par l’abnégation, la certitude d’être partie prenante d’un pays vaste, beau, jeune, bouillonnant et fier de son identité. Pour lui, si l’argent est nécessaire pour faire des films, l’idée est plus déterminante. Il est toujours possible de trouver de l’argent et Mehdi expliqua succinctement les rouages du financement, en France et aux Etats-Unis, des films tout en évoquant les grincements qui peuvent se produire entre réalisateur et producteur  à cause des «sous». «Des frictions normales, chacun ayant ses contraintes qui peuvent être levées par l’écoute et la bonne compréhension de celles de l’autre», a-t-il expliqué. Le conférencier s’est attardé sur  l’évolution technologique qui a permis de libérer le cinéaste des contraintes de ce type. «Aujourd’hui, a-t-il fait remarquer, la caméra du dernier smartphone est plus performante que le meilleur matériel de cinéma disponible il y a deux décennies». Lors du débat, Benaïssa a répondu à de nombreuses questions  sur la situation du secteur audiovisuel en Algérie, les technologies modernes de diffusion, l’absence d’investisseurs et la défection du public. Il a apporté aussi des  clarifications sur des  aspects  de son métier et évoqué la meilleure manière de  réussir  un projet.
Ouali M.