Hocine Taïleb : Mémoire et projets d’un dramaturge

Dramaturge et scénariste prolifique, Hocine Taïleb compte à son actif plusieurs œuvres théâtrales et séries télévisées, dont certaines ne sont pas encore diffusées. Son histoire avec l’écriture remonte à son adolescence et sa passion pour le quatrième art est presque innée.

A l’âge de six ans, il a intégré une chorale à Bab el Oued mise en place par la  prestigieuse association des arts dirigée par le grand écrivain Kateb Yacine. «Mes débuts dans la chorale remontaient à 1973. A cette époque, j’étais attiré, voire hypnotisé par les comédiens de l’atelier du théâtre. Ce fut pour moi un monde de rêve et malgré mon très jeune âge, je me découvrais une passion pour le quatrième art», se rappelle-t-il. D’année en année et d’une représentation à une autre, le jeune Hocine semble tracer son sillon dans un  univers qu’il qualifie de miroir de la société. Mais il ne se contentera pas  de chanter. L’envie pour l’écriture lui vint subitement à l’adolescence. «Alors que je faisais encore partie de la chorale, j’avais 10 ans, on me donna une copie de la pièce «Mohamed prends ta valise». Je l’ai rangée soigneusement chez moi, jusqu’à l’âge de 16 ans. Je l’ai lue et relue plusieurs fois. Elle fut pour moi une source d’inspiration. Depuis, je me suis initié à l’écriture de pièces théâtrales», raconte-t-il. A cette époque, sa petite tête grouillait d’idées et son sens de créativité l’a définitivement projeté dans l’univers de la dramaturgie. «À mes débuts, personne ne savait que je me suis lancé dans l’écriture. De nature timide, je gardais le secret, quand bien même j’avais déjà plusieurs projets de pièces théâtrales », confie-t-il.
Passion intacte
Ses premiers essais, rédigés dans un style poétique, ont cédé place par la suite à des œuvres de différents genres. A l’âge de 24 ans, il écrit une pièce dans le genre monodrame, «El Methred» en l’occurrence, que devait interpréter sur scène Kamel Bouakaz. «C’est une pièce qui raconte l’histoire d’un intellectuel né dans une décharge publique. Il forge ses convictions en lisant des livres censurés et jetés dans la décharge. Sa vision du monde s’inscrit en porte-à-faux avec l’ordre établi», résume le dramaturge. Il se lance par la suite dans la comédie noire et satirique, en composant la pièce « Où tu as laissé ton glaive ?», dont l’idée générale lui fut  inspirée par deux œuvres du grand dramaturge syrien Mamdouh Oudouène. Se succèderont ensuite des pièces à grand succès, telles qu’El Ghouthia, Abwab el Mahroussa qui narre la glorieuse époque où les cinq portes d’Alger veillaient sur la forteresse de la Casbah, el Mahroussa qui met en relief le patrimoine immatériel de l’ancienne ville d’Alger et d’autres œuvres à portées historique et sociétale.
En parallèle, Hocine a été sollicité pour écrire des scénarios de séries télévisées dans lesquels il a laissé libre cours à son talent de poète. Il a coécrit le scénario de la saison quatre de la série Djouha, dont le protagoniste principal est Hakim Dekkar. «Pour la saison cinq, j’ai écrit un scénario de 19 épisodes, mais seulement 11 ont été produites faute de temps et de financement», regrette notre interlocuteur. Son aventure avec la série Djouha, ne semble pas s’arrêter en si bon chemin. Un projet en gestation pour la réalisation d’une sixième saison est en vue. «Rien n’est encore ficelé, toutefois des discussions pour relancer le projet sont en cours», dévoile-t-il. À 54 ans, Hocine garde la même passion pour les arts. Ses projets d’écriture pour la télé, le théâtre ou l’animation en trois D se bousculent dans sa tête ou s’amoncellent sur sa table.
Amirouche Lebbal