Reportage : Djelfa, pénuries d’eau et performances agricoles

Située au pied de l’Atlas saharien, à 300 km au sud d’Alger, la wilaya de Djelfa est réputée pour son caractère pastoral et ses vastes étendues d’alfa. La ville a gardé presque intact son ancien visage mais s’étend dans tous les sens.

L’urbanisme y est anarchique. Dans la commune d’El Birine, au bord de la route qui file droit et dont les alentours sont constellés de sachets en plastique, des habitants  ne cachent plus leur exaspération à cause de récurrentes pénuries d’eau. Un responsable de la wilaya se veut néanmoins rassurant. «Notre wilaya bénéficiera  d’un projet de transfert d’eau du sud vers les Hauts plateaux», dit-il.
En attendant, un tantinet démoralisées, de petites gens font la queue. Trois camions citernes ramènent le précieux liquide que tout le monde attend. Hijab élimé, visage amaigri et cheveux ébouriffés une septuagénaire serrait contre elle un jerrican d’eau de 5 litres et un autre bidon qu’elle cachait derrière son hijab. Elle confie, à voix basse, qu’elle n’avait pas le droit de remplir un deuxième bidon mais compte convaincre l’agent qui assure la distribution de l’eau. Après une attente de 45 minutes, Fatima-Zahra a finalement réussi à remplir les deux bidons, repart satisfaite et se confond en remerciements. «Baraka Allahoufika», lui lance-t-elle.
Sur la route de Bousaâda, quatre maquignons mènent leurs troupeaux dans les pâturages brouter de l’herbe à ras. Face au stress hydrique qui touche le pays  depuis quelques années, le paysage à Djelfa a des allures de far-west. Sous un  soleil de plomb, le niveau d’eau dans les oueds est descendu tellement bas qu’on aperçoit un amoncellement de pierres.
Autre image de désolation sociale. Des jeunes, pour la plupart, ayant à peine vingt ans, adossés à un mur de l’APC de Djelfa, discutent d’un avis de recrutement pour le projet du chemin de fer reliant Laghouat à Djelfa. «C’est l’affaire du siècle», lance en se frottant les mains Mohamed qui a déposé dernièrement son CV auprès des services de la wilaya de Laghouat à son copain, assis en tailleur.
 Culture de la grenade, une filiale à développer
A l’orée de la zone industrielle qui jouxte la steppe, Derradji tire sa charrette à fruits. Ce marchand, moustaches et barbe poivre et sel, vantait un produit local, la  grenade, qui a un goût «exquis, protège des maladies cardiovasculaires et réduit le risque de cancer», assure-t-il. Il n’hésite pas, toutefois, à dénoncer la mauvaise distribution du fruit cultivée essentiellement dans la région de Messaâd, à une soixantaine de kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya. «On en trouve aussi à  Zakar, Deldoul, mais en moindres quantités», ajoute t-il. Aimable et hospitalier, Derradji nous emmène chez un producteur de grenade, de père en fils, il est propriétaire de trois hectares plantés de différentes espèces d grenadiers sans avoir bénéficié d’une subvention de l’Etat. «Il est temps de rompre avec l’assistanat. Le gouvernement ne peut pas nous venir en aide éternellement», lance t-il en adepte du compter sur soi. A Djelfa, une famille nous accueille dans une superbe demeure de style colonial, modèle néo-classique. Karima et Yahia Madani appartiennent à des familles d’agriculteurs et partagent la même passion pour la terre depuis leur jeune âge. Leur bonheur est de voir leurs efforts couronnés par de bonnes récoltes de fruits notamment le grenadier « le préféré de tous».
Animé par une volonté de fer, le  couple fait la promotion de la grenade à travers une plateforme numérique où il propose la livraison de fruits à domicile à un tarif concurrentiel. Pour un kilo de grenades, le client débourse 250 DA frais inclus de  livraison. Le couple voit grand. La grenade s’invite désormais dans les cosmétiques, pour ses vertus régénératrices, et se décline en crème de jour raffermissante cédée à 550 DA. La crème Romana connaît un engouement particulier auprès des femmes. Les Madani ont réussi une nouvelle expérience étant les premier à avoir lancé un  projet  qui a généré de bons résultats financiers.
Prix international pour une huile d’olive
Dans la famille Madani, un autre parent s’est imposé: le cousin germain de Karima, producteur d’huile d’olive basé à Aïn Ouessara, vient de remporter le premier Prix du concours consacré à l’huile d’olive extra vierge, de récolte précoce. Hakim Alileche s’est imposé au  concours international de Dubaï Olive Oil Competition parmi plus de 360 participants venant d’Espagne, Grèce, Italie et Tunisie, pays considérés comme premiers producteurs au monde d’huile d’olive. «C’est l’histoire d’un rêve exaucé», raconte Hakim qui a produit 20.000 litres lors d’une année difficile. Pour la direction des services agricoles, la wilaya réalise de bonnes  performances susceptibles de la hisser en région agricole par excellence.
A Hassi Bahbah, les citoyens exhortent les autorités à mieux prendre en charge sur le plan médical les habitants des régions reculées. Le déploiement en avril dernier d’un hôpital de campagne par l’ANP a été favorablement accueilli. «Ma mère a bénéficié de consultations de haute qualité», confie Rachid, retraité des assurances.
L’association Sihati (ma santé) a lancé une campagne de sensibilisation au début du mois en cours sur la prise en charge médicale des citoyens dans les régions reculées. Son Président, Ali Dhora, souligne la nécessité d’intensifier ce genre d’action au niveau national et de lancer des enquêtes pour identifier les personnes vivant dans ces régions. Au passage, il ne manque pas de saluer la  campagne initiée par la Direction centrale des services de santé militaire.
De notre envoyé spécial à Djelfa : Samira Sidhoum