Arezki Saïdani, directeur de la coopération et des échanges universitaires : «L’université veut s’ouvrir davantage sur l’étranger» 

Dans cet entretien, le responsable au  ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique évoque  les grands axes de la politique adoptée dans le cadre du renforcement de la coopération  internationale et  les motivations  de la  décision de mettre fin à l’octroi des bourses à l’étranger aux étudiants. Il aborde aussi  l’installation des universités étrangères dans le pays et annonce  le lancement de Mobinat à partir de 2022.

Dans un contexte de mondialisation, quelle est  la politique  du  ministère de l’enseignement supérieur  pour que l’université  soit au diapason de ce qui se fait  dans les pays développés ?
Notre   nouvelle stratégie se   base sur trois piliers. D’abord  l’amélioration de  la qualité et de  la pertinence de l’offre de  formation et son adaptation  aux standards internationaux  pour permettre  à nos étudiants de trouver un emploi en Algérie ou  un peu partout dans le monde.  Il y a un marché international de mobilité  qui avoisine 5,5 millions d’étudiants  par an. Selon nos prévisions, il   atteindra 9,5 millions  en 2025. Le deuxième pilier concerne la recherche appliquée qui passe par la mise en place de projets de recherche structurants, fédérateurs à haute valeur ajoutée  pour répondre à des problématiques économiques et sociétales. Il y a enfin  l’ouverture sur la coopération internationale  (accords interuniversitaires,  travail  avec des grands pays  sur les pôles d’excellence…).Nous  avons1500 conventions interuniversitaires et des  accords de jumelage  avec des universités de   126 pays.
Est-ce que l’Algérie est favorable à l’installation d’universités étrangères ?
L’Algérie dans le cadre de nouveaux textes réglementaires souples et plus flexibles est disposée à accueillir les universités étrangères. Il y a un cahier des charges qui est établi pour peu que les requérants viennent et  toutes les facilités leur seront accordées.   Cette ouverture s’inscrit dans un esprit d’émulation et de compétition  avec les universités algériennes dont nous pourrons relever leur niveau.  Il est exigé de  toute université  étrangère qui souhaite s’installer en Algérie d’offrir au   moins l’égal  ou l’équivalent de ce qu’offre l’université algérienne. Dans certains pays arabes, certaines universités privées ouvertes dans des villas ont fini par rendre le bilan. Nous voulons faciliter à  toutes les universités  étrangères de grands standings et de renommée international pour venir s’installer en Algérie.
 
Une conférence des ministres de l’enseignement supérieur s’est tenue, fin décembre, à Alger. Quant est- il de la  coopération entre l’Algérie et les pays arabes  et de ses   perspectives?
Nous avons  des accords, des programmes  et des protocoles d’exécution, des  conventions -cadre pratiquement avec tous les pays arabes. D’ailleurs, la coopération  avec ces derniers  occupe  20% de nos  accords. Mais malheureusement, elle se limite à la   formation. Actuellement, nous  œuvrons  à l’élargir  au domaine de la recherche scientifique  et au  plan pédagogique.  Pour ce qui  est des perspectives , nous œuvrons   à consolider la    coopération surtout avec les universités qui se trouvent  dans des ranking  international , la mobilité des enseignants , notamment  ceux qui sont au grade de doctorat, pour  encadrer  à distance des thèses de doctorat , échanger des étudiants avec une mobilité à court terme. Un étudiant  qui fait des recherches dans un domaine  bien précis peut se déplacer dans un laboratoire, par exemple en Tunisie  ou Qatar pour une période de  trois à quatre mois   dans le cadre de son projet ou pour participer à des rencontres scientifiques.
Au grand dam des étudiants, notamment des majors de promo,  une décision a été prise pour mettre fin aux bourses à l’étranger. Comment expliquer cette approche?
 Nous avons une nouvelle politique  concernant les bourses. En 2021  nous avons mis fin  à l’octroi de bourses de longues durée  aux étudiants. Nous envoyons  des étudiants à l’étranger alors que nous avons des capacités en Algérie en  équipements scientifiques, laboratoires, plateformes technologique,  des environnements  de recherche  performant, cohérent et efficace et   des plateformes de caractérisation et d’expérimentation que les universités françaises ne l’ont pas  et qui  n’existent  nul par en Europe. Ce qui a, en outre, motivé  notre décision de mettre  fin à l’octroi des bourses,  c’est le fait que l’Algérie est le seul pays arabe au niveau de  tous les bassins de la méditerranée qui continue à envoyer des étudiants à l’étranger. Ceci d’un côté et de l’autre, actuellement  nos universités sont en capacité  de  dispenser des enseignements de haut niveau  à leurs  étudiants dans des domaines  où nous avons l’habitude d’envoyer  à l’étranger. Aussi, l’Etat algérien a  fait des grands investissements dans le domaine  des équipements scientifiques. Nous avons 25 plateaux  techniques répartis à travers tout le territoire national. A partir  de 2022 nous mettrons en place Mobinat » . C’est un programme national  de mobilité national  avec des bourses. Il consiste à permettre, par exemple, à un doctorant d’aller faire de la recherche au niveau national. Nous  avons des laboratoires  et des centres  de recherche d’excellence. Au lieu de partir à l’étranger, nous accordons  une bourse et un billet d’avion pour faire de la recherche  en Algérie.   A travers, Mobinat  un dispositif d’information et de communication sera mis en place. C’est un véritable tableau de bord national  sur les variables caractéristiques  de tout ce qui existe  au niveau national  en termes d’équipement existant , des domaines  et  des  filières  d’excellence éligibles , des compétences  et de la période  d’ouverture .  Des  cartographies seront également mises à la disposition des étudiants dont une dédiée aux structures d’hébergement et l’autre aux structures d’excellence  disponibles.  Mobinat sera lancée au courant  de 2022 et sera  destinée aux étudiants et aux chercheurs pour faciliter  leur mobilité. Pour ce qui est des bourses à l’étranger, Monsieur le ministre a mis à la disposition des étudiants une banque de données renfermant des offres de bourse accordées sur le plan international par les organisations mondiales dans le cadre de la coopération bilatérale. Actuellement,  sur le site web du ministère, il y a deux  offres de bourse de la Hongrie et de l’Autriche.
Combien d’étudiants ont été envoyés ces dernières années  et quel  en  est l’impact?
Avec la pandémie liée à la Covid 19, il n’y a pas eu d’envoi en 2020. En 2018 par contre,  nous avons enregistré des départs, notamment vers la  France, le  Royaume Uni, la Chine, la Hongrie, la Jordanie. Nous recensons  environ 400 bourses de coopération octroyées  par le pays d’accueil dans le  cadre d’accords. L’Algérie apporte  un complément.  L’impact est  très faible. Jusqu’en 2016,  le taux de soutenance de thèses était de  90% mais  de 2017 à 2019 celui-ci s’est grandement réduit. Les boursiers  reviennent sans soutenir.  Il n’y a pas  eu de retour d’investissement.
Quelles sont les perspectives?
L’objectif est de s’ouvrir davantage   sur l’étranger. Nous avons de nouveaux accords et d’autres en perspective. Nous ciblons de nouveaux partenaires  à l’image des pays scandinaves,  les pays bas,  ceux de l’Asie du sud -est  comme   Singapour, la Corée de sud,  l’Inde, la Chine, le Japon, le Qatar et  les Emirats. A cette liste s’ajoutent l’Afrique  du sud et les pays de l’ALENA  (Etats Unis, Mexique et Canada) et l’Argentine des partenaires avec lesquels nous avons déjà des actions de coopération. Nous voulons aller plus vers des programmes à impact,  faire  de la coopération partenariale avec des universités dans des domaines  auxquels  s’intéresse  l’Université Algérienne s’intéresse pour  améliorer la gouvernance, l’employabilité des diplômés. Nous ambitionnons de lancer des projets de  recherche avec  ces pays qui ne seront pas typiquement académiques, mais relevant  de  la  recherche structurante et fédératrice à haute valeur ajoutée et  mobilisant des partenaires économiques.  Notre objectif  est de partager  tout ce qui touche à l’employabilité des diplômés, de  conférer  à un  diplômé en cours de formation des compétences  scientifiques qui  lui donneront   tous les  outils nécessaires pour avoir  la capacité   de former  non  des demandeurs mais de créateurs d’emploi.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda