Art et dénuement : Succès et vécus amers

La célébration de la Journée de l’artiste revêt un cachet particulier. Au-delà de ses aspects festifs à travers les programmes d’animation et d’hommages rendus aux artistes par les différentes institutions culturelles, la journée reste fortement symbolique.
Elle renvoie d’abord au talentueux artiste Ali Maâchi et à ses deux compagnons de lutte, Djilali Bensotra et Mohamed Djahlène, exécutés sur la place publique à Tiaret par le colonisateur français pour terroriser les Algériens et dissuader tout mouvement insurrectionnel. Maâchi, qui luttait par sa plume et sa voix pour chanter l’amour de la patrie et de la liberté et pour porter haut et fort le combat du peuple algérien sur la scène internationale, avait contribué à imprimer et diffuser «Qassaman».
Arrêté, Ali Maâchi et son ami Djamel Mohamedi sont envoyés dans le centre de torture provisoire à Tiaret. Le 8 juin, les habitants de la ville sont rassemblés sur la place centrale de Tiaret, appelée aujourd’hui «Sahat Echouhada», pour découvrir horrifiés les corps torturés, criblés de balles et pendus par les pieds d’Ali Maâchi et ses deux compagnons. Le militantisme de l’artiste martyr, qui chantait haut et fort l’Algérie indépendante et la souveraineté du peuple, s’est fortement exprimé. Ali Maâchi incarne, ainsi, l’engagement et le sacrifice de l’artiste pour le droit d’exister dans une Algérie libre et indépendante. Un engagement qui, soixante-et-un ans plus tard, résonne de mille éclats à travers tout le territoire avec l’engagement actif des artistes algériens. Chanteurs, musiciens, réalisateurs, comédiens, peintres et graphistes sont tous mobilisés pour donner à cette journée l’éclat qu’elle mérite. Mais qu’en est-il du vécu des artistes algériens dont certains souffrent le martyre avant de s’éteindre dans l’anonymat ?
L’épouse de Boutaïba Sghir résume pour nous la situation des artistes oranais: «Mon mari est mort dans la pauvreté la plus absolue, abandonné par tous alors qu’il était le porte-flambeau du raï. Il ne m’a rien laissé. Je regrette qu’il ait emprunté ce chemin qui ne rapporte rien à sa famille et beaucoup pour le pays.» Pour Abderezzak Hellal, du théâtre régional d’Oran, les moments sont plus durs puisqu’il est passé d’un travail artistique dense à une retraite plus maigre qu’un fil de fer. Ces situations incongrues sont rejetées par tous les artistes que nous avons rencontrés. En un mot comme en mille, ils disent tous que la vie d’artiste n’est pas exactement ce que ‘on peut rêver pour ces troubadours du rêve. Pour conclure, il est important de souligner, à l’occasion de cette célébration emblématique, que la mobilisation des artistes de toutes générations est exigée pour célébrer le combat de Maâchi pour que son martyre ne soit pas vain.
Amar Abbas