Association El Aman : Outiller les adhérents pour mieux défendre le consommateur

Tous les six mois, une wilaya est choisie par l’association El Aman.  L’objectif : abriter des workshops au profit de ses membres, les nouveaux surtout, sur la protection des droits  du consommateur et le travail associatif.  La dernière formation s’est tenue tout récemment à El Bahia. Retour sur cet événement qui a abouti à un programme de lancement de campagnes de sensibilisation sur la sécurité sanitaire et contre le gaspillage.  

Très tôt le matin, en cette journée du 18 novembre, les membres de l’Association pour la protection des consommateurs El Aman se préparent  au grand départ. Direction : Oran. La plupart d’entre eux,  âgés d’une vingtaine d’années, découvriront cette ville pour la première fois. Un voyage qui va leur permettre de faire un peu de tourisme, tout en bénéficiant d’une formation technique et juridique sur la protection des droits du consommateur et le fonctionnement d’une association digne. L’association, en partenariat avec des sponsors privés, a organisé, deux jours durant, des workshops sur tout ce qui a trait à la sécurité sanitaire, aux problématiques de la consommation en Algérie, de l’environnement, de l’énergie. «Le but de ce voyage est d’accompagner les membres sur le terrain, leur apprendre comment s’impliquer dans la  protection et la défense des droits du consommateur. Les encourager aussi à trouver des solutions au lieu de se contenter de recueillir les plaintes», explique le président de l’Association, Hacène Menouar.  D’ailleurs,  dernier ne manquera pas de donner des instructions de dernière minute, distribuant les tâches, que tout le monde s’empresse d’exécuter de bonne grâce.  Le signal du départ est enfin donné. Plusieurs véhicules sont mobilisés pour l’occasion dans un beau cortège avant de s’élancer vers l’autoroute. Dans chaque véhicule, une ambiance bon enfant y règne. Plaisanteries, musique mais aussi discussions sérieuses sur le mouvement associatif, les préoccupations des consommateurs…
Disponibilité et communication
Quelques heures plus tard, les véhicules s’arrêtent devant l’hôtel El Pacha, 4 étoiles, au centre de la nouvelle ville d’Oran. Une fois les clés réceptionnées, les bagages déposés, les membres, les plus jeunes, sortent faire un tour en ville. Les filles se dirigent naturellement vers le centre commercial «Look» où elles ont eu le temps de faire quelques achats. A la tombée de la nuit, ils s’empressent tous de regagner l’hôtel où ils sont aussitôt rejoints par d’autres membres qui viennent d’autres wilayas, Aïn Defla, Tissemsilt, Tizi Ouzou, Médéa, Tlemcen et Mostaganem. «Nous avons opté pour Oran afin de décentraliser, en quelque sorte l’association et encourager les membres à activer au niveau local, chacun dans sa région. Nous envisageons d’organiser d’autres workshops dans d’autres wilayas à l’Est, le Centre et le Sud. Nous irons vers nos membres pour nous rapprocher d’eux et les former», explique le président d’El Aman, qui n’a pas attendu le déroulement officiel des workshops pour leur inculquer quelques notions sur le travail associatif. Juste après le dîner, il rassemble l’ensemble des membres pour leur dispenser une première leçon : respect du temps, du timing et de la ponctualité. Respecter le temps, dit-il, est primordial dans l’édification de la réputation d’une association. «Une association sérieuse, c’est une association qui est ponctuelle, qui sait exploiter le temps pour faire le plus de bien possible», dit-il. De même que l’élégance dans l’habit comme dans le comportement. C’est tout aussi important, car cela reflète l’image de l’association. «Mais il ne s’agit pas que d’élégance dans les tenues vestimentaires. L’élégance dans le comportement, dans le parler… C’est ce qui permet aux membres de se faire respecter, tout en étant des porte-paroles fiables de l’association auprès des médias, comme auprès des institutions et des consommateurs», précise Nawel Ouamara, l’un des plus anciens membres de l’association. La communication est un autre facteur sur lequel le premier responsable d’El Aman insiste. Les membres, assure-t-il, sont appelés à être disponibles à tout moment et à fournir l’information dont l’association a besoin quand cela s’avère nécessaire.
Le temps, une question de réputation
«Les réseaux sociaux sont le moyen de communication le plus pratique. Il faut les utiliser mais à bon escient. Il ne faut pas publier n’importe quelle image ou n’importe quel texte. Le contenu doit être fiable et dégager un message sérieux. Adhérer à une association est un engagement et le premier devoir de chaque membre est de partager l’ensemble des publications de l’association en faveur des actions menées pour le bien des consommateurs», soutient-il, précisant que c’est la qualité qui est privilégiée et non la quantité.  Ce que chaque membre doit savoir, insiste-t-il, c’est qu’une association, ce n’est pas une tribune de plaintes et de critiques, mais une édificatrice de discours constructifs et positifs. Il est attendu des membres le recensement des préoccupations de leurs communes respectives avant de les soumettre au débat pour trouver les solutions les plus adéquates. «Etre d’attaque à tout moment, être acteur et non simple observateur. Faites des erreurs pour apprendre et tirez-en les leçons qu’il faut», recommande Menouar. Une discussion à bâtons rompus s’en suit, enrichie des questions des jeunes membres. Les plus ambitieux se sont même demandé quel itinéraire fallait-il suivre pour être président et porte-parole de l’association. Cette rencontre informelle a également permis aux jeunes membres, les nouveaux surtout, d’avoir une idée sur l’organisation des événements, le sponsoring et le développement des thématiques de l’heure, en citant en exemple la rencontre qui devait se tenir le lendemain sous le slogan «Promouvoir le travail associatif pour plus de professionnalisme». Ce sont ces mêmes membres, d’ailleurs, qui sont chargés de suivre toutes les étapes de l’organisation de cet événement, histoire de s’entraîner. C’est le président de l’association qui inaugurera officiellement, au cours de la matinée du 19 novembre, cette rencontre, en commençant par souligner que la priorité de tout mouvement associatif, c’est de faire des préoccupations des consommateurs et la protection de l’économie nationale, une priorité. «Il ne s’agit pas seulement de dénoncer la hausse des prix ou les pénuries des produits alimentaires. Mais de sensibiliser, d’accompagner les consommateurs comme les institutions publiques pour améliorer le cadre de vie et préserver la santé des citoyens et, surtout, informer ces deniers de leurs droits et de leurs devoirs», indique-t-il.
Toute une idéologie
L’après-midi des workshops est consacré aux grands projets  de l’association. Les nouveaux membres se sont familiarisés avec les différents programmes d’El Aman dans la sécurité alimentaire, pour réduire la consommation du sucre, du sel et de matières grasses mais aussi pour diminuer le nombre des accidents domestiques et lutter contre le gaspillage. Le premier responsable de cette association précise aux nouveaux adhérents que le gaspillage ne se limite pas au pain et à l’énergie. «Dans notre conception, le concept du gaspillage est très large. Dans l’agriculture, par exemple, quand on ne rentabilise pas un hectare, c’est du gaspillage. Quand on utilise un matériel qui réduit le rendement de la production agricole, c’est aussi  du gaspillage. C’est le cas aussi quand on ne respecte pas les normes de stockage et de conservation dans les chambres froides», explique-t-il. Tout en prenant des notes, les membres, les plus jeunes, ont voulu avoir plus de détails sur ces programmes et le délai de leur mise en œuvre. Intervenant dans les débats, les adhérents les plus anciens ont signalé que ces programmes durent plusieurs mois, sous forme de campagnes de sensibilisation et de journées d’étude, mis en œuvre dans différentes wilayas du pays, dans des espaces publics, des centres commerciaux, des établissements scolaires privés et publics, dans les facultés et résidences universitaires, en présence des médias. Une fois les workshops clôturés, tout le monde s’empresse de mettre le nez dehors. Le centre commercial est encore une fois investi pour profiter des réductions sur des articles de marque. Affichant une mine réjouie, les bras chargés de paquets, la plupart regagnant l’hôtel, tout en papotant amicalement. Après un dîner rapide, ils se rassemblent encore une fois autour d’une veillée consacrée au travail associatif et afin de dessiner les grandes lignes des caravanes de sensibilisation, prévues le mois prochain. Au troisième jour du workshop, la parole est donnée à l’ensemble des adhérents pour faire part de leurs propositions et enrichir le recueil des recommandations de l’association dans les différents domaines qui intéressent les consommateurs, et ce, avant de les soumettre aux pouvoirs publics. En début d’après-midi, les bagages sont déjà bouclés. Le signal de départ est donné, mais cette fois-ci pour rentrer chez eux. Après des adieux chaleureux et amicaux, les membres se sont mis en route en se demandant quelle serait la prochaine destination qui abritera une autre formation. Le Sud probablement, leur souffla un ancien.
De notre envoyée spéciale à Oran : Farida Belkhiri

Nawel Ouamara, activiste sociale et culturelle : «La consommation culturelle est un danger réel»

Dans cet entretien, Nawel Ouamara, activiste sociale et culturelle, membre de l’Association El Aman, revient sur le concept de la consommation culturelle dont les dangers, pour les enfants surtout, sont souvent ignorés.
Vous dites que la consommation culturelle peut représenter un grand danger pour les enfants…
Il faut savoir tout d’abord que la consommation culturelle est un concept nouveau et fait encore l’objet de recherche de par le monde. Elle englobe tout ce qui peut être consommé dans le domaine culturel, de la musique, du cinéma, du théâtre, des livres…,mais aussi les contenus virtuels. Elle est soumise à la loi de l’offre et de la demande, comme n’importe quel produit de consommation. On constate aujourd’hui que l’enfant algérien n’est pas porté sur les spectacles, le théâtre ou autre, des produits dits classiques, car ils ne répondent pas à leurs aspirations. Aujourd’hui, ils voient les choses autrement, fortement connectés au monde virtuel, aux réseaux sociaux…Les contenus classiques n’attirent plus leur attention et il faut vraiment placer la barre très haut pour ce qui est des contenus, surtout qu’en matière de livres pour enfants notamment, ils sont pour la majorité importés et déjà connus de nos jeunes lecteurs, tels que «Blanche neige» ou «Cendrillon». Par ailleurs, auparavant, les parents étaient la seule source d’information, puis l’école et enfin les livres. Les parents pouvaient donc les contrôler. Mais, aujourd’hui, la donne a changé. L’internet a supplanté les parents, et ces derniers ne contrôlent plus rien. Les applications de contrôle parental sont rarement appliquées chez nous et l’âge pour avoir accès aux réseaux sociaux n’est pas fixé. De ce fait, nos enfants sont exposés aux dangers, comme la vexation. Des enfants publient leurs images et leurs photos et subissent parfois des moqueries, des propos blessants pouvant causer des traumatismes, des dépressions, voire le suicide. Un autre danger, encore plus grave, guette les enfants : la pédophilie. Les réseaux sociaux sont l’espace favori des pédophiles, où ils entrent en contact plus facilement avec les enfants, gagnent leur confiance, captent leur intérêt avant de commencer à leur envoyer des photos compromettantes ou bien les amener à pratiquer la sexualité virtuelle. Ils essaient même de les rencontrer dans le monde réel. Certes, il existe des brigades de lutte contre les crimes électroniques, des textes juridiques…,mais si les parents ne réagissent pas, s’ils ne maîtrisent pas les applications de contrôle, tous les efforts consentis ne serviront pas à grand-chose.
Que faut-il faire à votre avis ?
Multiplier les campagnes de sensibilisation au profit des parents sur les dangers de l’internet et l’importance des applications de contrôle parental, à travers les médias, dans les mosquées…et au profit des enfants au niveau des écoles. Revoir le rôle des maisons de jeunes et multiplier les activités culturelles dans ces établissements comme alternatives au virtuel pour réduire la dépendance électronique et, enfin, renouer le contact entre l’enfant et le livre.
Entretien réalisé par Farida Belkhiri