Au royaume de l’irrationnel

«Babor Louh» a failli connaître le même sort que celui du feuilleton algéro-tunisien que diffusait la chaîne Ennahar. L’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) a convoqué la directrice de la chaîne Echourouk suite aux plaintes qu’elle a reçues concernant des «dépassements attentatoires à la sacralité du mois de Ramadhan» dans le contenu de certains épisodes.

Nous y voilà, en  plus de l’autocensure que pratique la majorité des scénaristes, voici venu le temps de la censure bête et méchante. Cet avertissement de l’ARAV est grave dans la mesure où  aucun responsable d’une chaîne de télévision ne veut entendre parler d’une suspension quitte à répondre favorablement aux exigences de cette institution de contrôle, appelée par euphémisme, autorité de régulation.
A la limite, nous aurions accepté le carton jaune brandi à propos du feuilleton si celui-ci  émanait d’une décision de ses membres, des experts logiquement en matière de l’audiovisuel, mais là n’est pas le cas et cela a atteint le sommet de l’irrationnel. Car si nous avons bien lu, ce sont les réseaux sociaux qui siègent à la place de l’ARAV et qui donc décident de tout. Des gens ont trouvé certains épisodes scandaleux et se sont indignés, c’est leur droit. Mais qui défendrait le droit des autres téléspectateurs non choqués par le feuilleton, si ce n’est cette autorité. Un débat doit s’instaurer, autrement cette institution  risque de voir son  image, déjà peu reluisante, se ternir davantage.
Passons, car au moins, les créateurs se donnent à fond pour offrir des heures de spectacles aux Algériens qu’ils soient bons, mauvais ou de qualité, ils ont le mérite d’exister. «Babor Louh» est un produit audiovisuel de qualité qui aborde avec courage une réalité de notre société pour ne pas dire un véritable fléau, celui des harraga, avec des mots crus dans  le savoureux et délicieux dialecte oranais.
Oui, l’atmosphère est pesante, oui, le quotidien n’est pas rose pour tout le monde, et c’est un regard juste même s’il faut rappeler que c’est une fiction, une histoire née d’un travail créatif d’un scénariste. Nous lui devons le respect, et il n’est comptable que sur le plan artistique. Au-delà de cette frontière fictive, nous rentrons de plain-pied dans le royaume de l’irrationnel.
Abdelkrim Tazaroute