AVIS d’économistes : «Il faut une volonté politique»

Le Conseil des ministres a adopté, jeudi dernier, le projet de la nouvelle loi relativeà l’investissement. A priori, celle-ci va insuffler une nouvelle dynamique d’investissement et par voie de conséquence, la relance de la machine économique.

 

Professeur des universités, expert international, Abderrahmane Mebtoul estime que ce dernier «devra mettre fin au terrorisme bureaucratique» en libérant les énergies créatrices et en s’insérant dans le cadre d’une vision stratégique. Mais, pour qu’il soit vraiment efficace, «c’est tout l’écosystème éco-social du pays qu’il faudrait revoir», indique-t-il.
Et ce n’est pas sans raison : «Depuis de longues décennies, combien de codes d’investissement, de réunions, de commissions ont eu lieu pour relancer le tissu économique ? Pourtant, jusqu’à présent, 98% des recettes en devises proviennent toujours de Sonatrach.
Le blocage est d’ordre systémique», explique-t-il. Selon lui, un nouveau code d’investissement, sans vision stratégique, une nouvelle gouvernance, de profondes réformes structurelles conciliant efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale aura un impact mitigé.
Autrement dit, l’essentiel, à ses dires, ce ne sont donc pas les lois, mais c’est de s’attaquer au fonctionnement du système afin de déterminer les blocages qui empêchent l’essor des entreprises créatrices de richesse, qu’elles soient publiques, privées locales ou internationales. «L’attrait de l’investissement
à forte valeur ajoutée ne saurait résulter de lois mais d’une réelle volonté politique allant vers de profondes réformes, une stabilité du cadre juridique et monétaire permettant la visibilité. Tout investisseur est attiré par le profit. Il appartient à l’État régulateur, dont le rôle stratégique en économie de marché s’apparente à celui d’un chef d’orchestre, de concilier les coûts privés et les coûts sociaux», suggère-t-il.
Il estime que l’investissement hors hydrocarbures en Algérie, porteur de croissance et créateur d’emploi, est victime de nombreux blocages dont les principaux restent l’omniprésence de la bureaucratie qui représente à elle seule plus de 50% des freins à l’investissement. «Son élimination impliquerait l’amélioration de la gouvernance et une plus grande visibilité et cohérence dans la démarche de la politique socio-économique», souligne-t-il.
L’expert plaide, également, pour la réforme du système financier afin de sortir de la léthargie et de la marginalisation du secteur privé. «Les banques publiques, qui continuent à accaparer 90% des crédits octroyés, ont carrément été saignées par les entreprises publiques du fait d’un assainissement qui, selon les données récentes (2021), a coûté au Trésor public, ces trente dernières années, environ 250 milliards de dollars, sans compter les réévaluations répétées durant les dix dernières années de plus de 65 milliards de dollars, entraînant des recapitalisations répétées des banques malades de leurs clients», relève-t-il.
Pour sa part, M’hamed Hamidouche, expert en économie, relève un changement dans «la forme». Selon lui, une loi d’investissement doit aller dans le sens de la réduction des délais de création d’une entreprise, garantir un meilleur accès au foncier et des mesures d’appui adéquates de nature à lever les contraintes liées aux financements bancaires.
 Amokrane Hamiche