Bac et Bem : Les jours les plus longs

Le compte à rebours a commencé, ce mardi, avec le retrait des convocations. L’esprit des élèves collégiens et des lycéens est entièrement absorbé par les examens dont le début est prévu dans quelques semaines. Les candidats et peut-être davantage les parents vivent déjà dans un mélange d’impatience et d’angoisse. Dans ce dossier, nos journalistes ont recueilli les avis des uns et des autres. Il en ressort une attente et un stress exacerbés. Nous nous sommes rapprochés également des représentants des syndicats  et des associations de parents d’élèves qui nous parlent des conditions qui entourent le déroulement du bac et du BEM. Un psychologue prodigue enfin des conseils aux candidats et aux….parents.

Les examens de fin d’année ne se sont même pas encore déroulés que déjà les parents d’élèves en ont les cheveux blancs. «Ya hlill», soupirerait toute âme solidaire à ce qui est désormais une géhenne pour tout élève en général et sa famille en particulier. Et dès lors que ce sont les sociologues et non pas les pédagogues qui glosent sur ce brûlant sujet estival, autant dire qu’il y a quelque chose de pourri quelque part. Et, comment d’ailleurs ne pourrait-il pas y en avoir quand il est désormais de notoriété publique que les clefs de la réussite ou du moins d’un éventuel succès à tout examen passe obligatoirement par des cours de soutien effrénés et non plus, à moins d’être un génie, à la faveur de cette méthode naturellement prodiguée au sein des établissements scolaires et qui s’appelle…enseignement. Faudrait-il en effet rappeler que dans son article 65, la Constitution impose «le droit à l’éducation et l’enseignement», lesquels sont garantis par l’Etat qui «veille en permanence à en améliorer la qualité». Et, les dispositions constitutionnelles rappellent tout aussi que «l’enseignement public est gratuit» alors que l’enseignement primaire et moyen est obligatoire. Le parfait vade-mecum pour un secteur qui ne mériterait pas que le fonctionnement pour des raisons que réprouvent les valeurs sociales et la Morale s’en retrouve biaisée…avec violence par bien des acteurs relevant hélas du système lui-même.
En effet, qui est l’Algérien dont l’enfant est inscrit en troisième année primaire d’une école publique n’a pas été sollicité par un intermédiaire si ce n’est par l’enseignant ou l’enseignante par le truchement de l’élève pour des cours de soutien parce que celui-ci aurait de réelles prédispositions à l’apprentissage. Excusez du peu ! Des cours de soutien devenus inévitables, et pour cause, l’indigence sciemment voulue par une catégorie d’enseignants malheureusement majoritaires au sein du secteur au profit desquels les potentiels candidats à un examen majeur, comme le baccalauréat, voire le Brevet d’enseignement moyen, sont livrés et, comble de l’ironie, se livrent tels des agnelets à ceux qui ne sont ni plus ni moins que leurs bourreaux. Faire payer des cours de soutien à 40 000 dinars/mois, soit les deux tiers du salaire d’un fonctionnaire moyen, à un père de famille dont un enfant est candidat au bac, n’est-il pas du domaine de la terreur en col blanc organisée ? Une marchandisation du savoir qui, malheureusement, n’interpelle pas les pouvoirs publics au motif qu’il s’agit d’un acte volontaire d’autant plus que le secteur de l’Education veillerait à assurer gratuitement des cours de soutien. Sauf qu’il faudrait quand même préciser qu’aux mêmes causes ne peuvent correspondre que les mêmes effets à commencer par le peu d’investissement des chargés de cours compte tenu d’une indemnité roupie de sansonnet.
De là à ce que des candidats trichent et, parfois, menacent les surveillants, il ne reste alors qu’un pas qu’ils franchissent allègrement, victimes encore une fois d’un système défaillant.
Abdelhamid Lemili