BAC : L’ultime épreuve

Le bac n’est pas un événement anodin. Les milliers de candidats qui se presseront, ce dimanche matin, dans les salles d’examen savent que la réussite entrouvre tout de même quelques portes et couronne un parcours. L’échec n’est sans doute pas la fin du monde mais celui-ci est toujours vécu comme une sorte d’humiliation, de blessure intime. A vrai dire,le bac est devenu de plus en plus l’affaire des parents, comme nous l’explique un sociologue.

Un de nos collaborateurs fait parler ces derniers qui, comme les candidats, ne cachent pas l’émotion et l’angoisse qui les étreignent. Une autre de nos journalistes s’est rapprochée d’un psychologue qui prodigue aux candidats et aux parents, tout autant sinon plus concernés,  quelques conseils pour gérer le stress et conserver toutes les chances de succès.

C’est le jour «j» pour LES CANDIDATS AU BAC dont le coup d’envoi officiel des épreuves sera donné à partir de la wilaya d’Adrar. C’est la dernière ligne droite pour plus d’un demi-million d’élèves.

Après une année de préparation et de révisions,  les élèves  passent l’examen le plus important de leur cursus scolaire pour décrocher le précieux sésame permettant l’accès à l’Université. Après 12 ans de scolarité, les élèves de terminale n’attendent que cet examen. Plus de 700.000 candidats, dont 13.000 libres, sont inscrits à la session  du baccalauréat 2022,  qui se déroule jusqu’au 16 juin dans plus de 2.500 centres d’examen à travers le pays, selon les chiffres de l’Office national des examens et concours (Onec).

Dès 8 h30, ils se pencheront sur l’épreuve d’arabe pour la majorité des filières. Pour tout retard, le candidat est exclu de fait et n’accédera pas au centre d’examen. C’est le début d’une semaine longue et intense pour les candidats et leurs parents qui espèrent voir le nom de leur enfant figurer sur la liste des lauréats. Face à cette pression, parents et enseignants ont un rôle très important à jouer pour apaiser les candidats de leur angoisse même si l’année  scolaire n’a pas été, contrairement aux deux dernières sessions, fortement perturbée par la crise sanitaire. Elle a été globalement calme. La protestation s’est souvent limitée à la rétention des notes et les arrêts des cours furent rares. Du coup, le programme a été dispensé sans grande perturbation.

Selon le ministère de l’Education nationale,  tous les moyens sont réunis pour que le bac  se déroule dans de bonnes conditions. Lors de son passage à l’Office régional des examens et concours de Kouba (Alger) pour s’enquérir des conditions de mise en quarantaine du staff en charge d’élaborer les sujets des épreuves, le ministre Abdelhakim Belabed a assuré que cette opération «est assignée à des enseignants compétents et intègres ayant le sens des responsabilités». Il a plaidé pour «la rigueur et le professionnalisme dans le choix des sujets, conformément au programme enseigné en présentiel au cours de l’année scolaire». Il est  question surtout de préserver la crédibilité de cet examen. Car les élèves qui seraient tentés par la triche risquent l’exclusion pendant 10 ans dans le meilleur des cas. Ceux qui viendraient perturber le bon déroulement de l’examen par la fuite des sujets sur les réseaux sociaux sont passibles de poursuites judiciaires. Lors d’une réunion tenue en mai dernier, le ministre a exhorté les directeurs de l’éducation à appliquer avec rigueur la loi criminalisant toute forme de fraude.

Pour rappel, 22 personnes ont été poursuivies en justice pour triche aux épreuves du bac en 2021 avec mandat de dépôt pour 18 d’entre elles.

Wassila Ould Hamouda

Hakim Taibi, psychologue : «Canaliser l’émotion et gérer le stress»

Les candidats affrontent avant, pendant et après les examens stress, angoisse et anxiété. Dr Hakim Taibi, spécialiste en psychologie et enseignant à la faculté des sciences humaines et sociales à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, prodigue aux élèves et parents quelques conseils.

«Un des moyens de bien gérer ce moment est la respiration profonde et lente. Il faut expirer le plus longtemps possible en répétant cet exercices trois à quatre fois jusqu’à avoir une sensation de calme», conseille-t-il. A la veille de l’examen, l’élève doit préparer ses affaires, ses documents et sa tenue vestimentaire. «Le candidat doit avoir un moment de repos et de détente tout en évitant de rester seul», ajoute-t-il. Le stress, explique-t-il, «est une réaction normale et naturelle psychologique et physiologique qu’il faut savoir gérer par la respiration».

Pour avoir une mémoire fraîche, le psychologue invite les élèves à recourir à une alimentation saine qui aide à mieux se concentrer. «Les fruits rouges, des antioxydants luttent efficacement contre le stress oxydatif et augmentent la résistance contre la fatigue», insiste-t-il, avant de faire observer que «le stress peut affecter la santé puisqu’il provoque des insomnies, la diarrhée, la constipation ou des troubles de la concentration». Pour se prémunir des intoxications alimentaires, les candidats doivent éviter la restauration rapide, la consommation de boissons énergisantes et de caféine. Le jour de l’examen, le candidat est appelé à se présenter une heure avant le début des épreuves pour chercher calmement sa salle d’examen.

L’étape la plus importante est la maîtrise du stress devant la copie d’examen. Durant cette phase, il faut respirer et expirer profondément avant de lire avec attention les sujets. «Pour gagner du temps, il faut commencer par les questions faciles et simples.

Le candidat n’est pas obligé de finir tout le sujet ou de répondre à toutes les questions, il faut passer rapidement vers une autre question si le candidat trouve plus de facilité», recommande le psychologue. «Prenez-votre temps, ne regardez pas les autres s’ils sortent trop tôt ou rédigent plus que vous», insiste-t-il. Et d’ajouter : «c’est une sorte de pression, concentrez-vous sur votre copie et oubliez le reste». L’autre point soulevé par notre interlocuteur est l’écriture. «Le candidat doit écrire de manière lisible puisque les correcteurs n’ont pas le temps de déchiffrer les hiéroglyphes», ironise-t-il. Dr Taibi fait savoir que les parents sont également appelés à gérer leur stress et à ne pas exercer de pression sur leurs enfants. «Il n’est pas normal qu’un parent menace de punir sévèrement ses enfants s’ils échouent», s’exclame-t-il. «On a tendance à penser que l’avenir est lié uniquement à la réussite au bac. Les parents doivent comprendre que l’échec ne veut pas dire que leur vie sera un gâchis», tempère-t-il. Enfin, après chaque épreuve, le spécialiste invite candidats et parents à ne plus en parler pour se concentrer sur la prochaine étape.

Samira Belabed