Badis Khenissa, politologue : «La visite du président Tebboune a été couronnée de succès»

Le politologue Badis Khenissa évoque, dans cet entretien, les perspectives et les enjeux de la coopération entretenue entre l’Algérie et la Tunisie. Il affirme que l’avenir entre l’Algérie et sa «petite sœur» est prometteur à plus d’un titre.

Comment appréciez-vous l’évolution des relations algéro-tunisiennes ?
Les relations algéro-tunisiennes sont profondément marquées par une fraternité historique et un destin commun. Plus que des frontières, les deux pays partagent des liens culturels, historiques, économiques et commerciaux. Ils alimentent assidûment une convergence des approches quant aux défis présents et à venir. Il est donc nécessaire de renforcer et capitaliser cet acquis et de réajuster ces relations bilatérales pour qu’elles soient à la hauteur des mutations régionales et internationales sur fond de crise sanitaire et menaces endémiques. L’émergence d’un nouvel ordre mondial exige un repositionnement stratégique des nations, illustré par des alliances renforcées et une diplomatie active et solidaire. C’est pourquoi les deux pays s’accordent aujourd’hui sur la nécessité d’insuffler un nouvel élan dans leurs relations, loin des schémas classiques et obsolètes, et permettre par voie de conséquence de faire face conjointement et efficacement aux enjeux communs, et répondre fidèlement aux aspirations des deux peuples frères.
Quels sont les objectifs de la visite du chef de l’Etat effectuée en Tunisie ?
Les objectifs des deux Présidents, élus démocratiquement à deux mois d’intervalle, s’inscrivent dans une quête de bâtir une nouvelle dynamique régionale et créer un rapport de force profitable aux deux pays et peuples. Une visite d’Etat couronnée de succès à plus d’un titre. La déclaration commune de Carthage vient synthétiser les grands chantiers communs attendus, dont la détermination des deux pays à s’y atteler est intacte et totale. Une opportunité historique pour examiner les aspects de la coopération algéro-tunisienne dans divers domaines prioritaires et harmoniser les positions sur les dossiers régionaux et internationaux. Sous l’égide d’une Algérie, pays pivot et garant de la stabilité dans la région et dans le Bassin méditerranéen, une alliance géopolitique et géostratégique plus significative et durable avec la Tunisie verra le jour sous peu, dans un Maghreb en proie à des desseins latents de reconfiguration et de divisions.
Quels sont les fondamentaux de la coopération entretenue entre les deux pays ?
Un des axes fondamentaux de la coopération demeure le partenariat géo-sécuritaire. L’approche similaire relative à la résolution du dossier libyen résume clairement la symbiose diplomatique de nos deux pays quant aux questions internes aux pays et le principe de non-ingérence. Tous deux défendent une solution libyenne inclusive, indépendante et consensuelle. En bons voisins, la stabilité de la Libye conditionne la stabilité de l’Algérie, de la Tunisie et de la région, voire celle du monde. Il est question également d’asseoir un rapport de complémentarité entre nos deux nations et consolider les bases d’un partenariat fondé sur une nouvelle orientation stratégique, dont le but sera de peser davantage dans l’équation internationale.
L’Algérie s’active aux côtés de ses partenaires à édifier un nouveau modèle au sein de la Ligue arabe plus réformateur, où la cause palestinienne doit rester l’épicentre des débats et actions collectives, mais aussi traiter les défis qui guettent un monde arabe de plus en plus fragilisé, morcelé et éparpillé, que l’Algérie compte bien, en synergie avec la Tunisie, contribuer à y remédier à l’occasion du prochain sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Alger en mars 2022 et qui se veut être une rencontre de réunification et de renaissance.
L’Union africaine, Le Sahara occidental, le Sahel, La Syrie, la lutte antiterroriste et la criminalité internationale organisée sont autant de préoccupations communes et cruciales que l’Algérie et la Tunisie souhaitent, main dans la main, mener à bien.
Quelles sont les perspectives à prévoir dans le contexte actuel ?
Donner un nouvel essor économique est aussi à l’ordre du jour quand on sait que les échanges commerciaux entre nos deux Etats se limitent pour l’instant à 1,2 milliard de dollars seulement.
Abdelmadjid Tebboune porte un nouveau modèle économique, plus structuré aux concepts novateurs comme celui de la diplomatie économique. Une feuille de route ambitieuse et audacieuse qui élargit les champs de collaboration avec la Tunisie à 180 degrés. La signature de 27 mémorandums, conventions et protocoles de coopération en est la preuve que nous devons optimiser nos attentes économiques communes et mettre en face des moyens et des mécanismes fonctionnels et pratiques. L’Algérie affiche sa solidarité et sa disponibilité à venir en aide à la Tunisie et les différents soutiens financiers attestent de la bienveillance de l’Algérie à l’égard de ses pays amis. Donner une nouvelle dimension à nos relations bilatérales et multilatérales ne peut qu’apporter une plus-value régionale et continentale, dont les dividendes seront à répartir entre nos deux nations.
Les deux pays sont probablement en train de baliser le chemin d’un futur Maghreb, fort par ses alliances stratégiques et incontournable par son économie intégrée et mutualisée. Créer un nouvel espace régional bâti sur une entente historique quasi parfaite pour s’ériger en locomotive d’un développement durable pour tous exige l’indépendance et la sacralité de la décision politique dans la région, thème auquel les deux pays sont profondément attachés.
Entretien réalisé par Karima Alloun