Barrage vert : Une grande valeur agro-écologique

Pour l’expert Ammar Foufou, le barrage vert est d’une grande valeur agro-écologique. Toutefois, les études scientifiques n’ont pas encore prouvé son efficacité.

Rappelant que le barrage vert est un patrimoine national hérité années 1970, devant s’étaler des frontières marocaines aux frontières tunisiennes pour ralentir, voire stopper l’avancée du désert, l’expert  en agronomie, en environnement  et en agriculture, Ammar Foufou, estime que d’un point de vue agro-écologiste, cette œuvre est d’une grande valeur. «Il est devenu un écosystème à part entière dans un espace géographique hostile et semi désertique. Il a même permis à des espèces endémiques de perdurer dans l’espace tout comme la richesse faunistique. Cela dit, les études scientifiques n’ont toujours pas prouvé que le barrage vert a réussi à ralentir véritablement l’avancement du sable vers le Nord. L’ensablement, il faut le dire, est un phénomène lent et progressif qui touche à la fois l’espace local, régional et continental», signale-t-il. Dans le sillage, il précise que le sable du désert algérien atteint chaque année, au cours du mois de mars, toute l’Europe occidentale. Pour lui, la réhabilitation du barrage vert, annoncée il y a quelques mois, est une excellente initiative, que ce soit d’un point de vue écologique, économique ou agronomique. «Ça va permettre de faire renaître l’espace géographique tout en le protégeant et en valorisant ses ressources. En revanche, il est nécessaire de tenir compte des exigences des étages bioclimatiques et les espèces qu’ils faut planter afin d’être en harmonie avec la nature et les spécificités écologiques et géographiques», soutient-il. A propos du programme de plantation d’un million d’arbres dans les prochaines années, il conseille d’effectuer d’abord l’évaluation des anciens plans de reboisement qui n’ont que rarement atteint leurs objectifs en chiffres et en suivi évaluation.
«Planter, c’est facile, mais suivre et entretenir, c’est la tâche qui demeure difficile à réaliser. Il est désormais nécessaire de faire un reboisement écologique qui répond aux spécificités agro-écologiques et aux exigences des étages bioclimatiques de notre Algérie plurielle», affirme-t-il. Le reboisement en Algérie, signale-t-il, a toujours été intégré dans les différents plans de développement qui se sont succédé durant ces trois décennies. Parmi ces plans de grande ampleur, il cite le Plan national de reboisement (PNR). «Toutefois, en dépit des moyens mis en place pour exécuter ce plan d’envergure, les objectifs ne sont atteints qu’à 50%, soit 550.000 ha de surfaces boisées depuis 2000, contre un objectif de 1,2 million d’hectares à l’horizon 2020», rapporte-t-il. Il explique que la problématique face à laquelle ces plans de développement sont confrontes réside dans l’absence d’une stratégie de suivi-évaluation, que ce soit technique ou logistique. «Cela, outre le monopole de la Direction générale des forêts comme administration, qui n’a pas permis au secteur privé de prendre place dans ces plans de reboisement et ce, avec une stratégie qui s’inscrit dans une politique de suivi, d’entretien et d’exploitation pour que ces ressources soient valorisées dans le futur», conclut-il.
Le reboisement en deçà des attentes
Concernant le plan de reboisement mis en place après les feux de forêt de l’été dernier, Amar Foufou pense qu’il aurait été plus utile si les actions mises en œuvre répondent à une exigence scientifique et écologique bien étudiée. «Nous avons assisté à des actions de reboisement anarchiques par des associations et des individus qui n’ont rien à avoir avec le domaine et sans concertation avec les autorités de la DGF en dépit des bonnes intentions.
La forêt se régénère d’elle-même, il faut juste apporter quelques nettoyages et des aménagements appropriés pour que l’écosystème reprenne progressivement et naturellement», assure-t-il, estimant que toute action anthropique dans un espace forestier doit être en parfaite concertation avec les scientifiques et les ingénieurs de la DGF qui possèdent une grande expérience en la matière. Des actions de reboisement non concertées ont fini, selon lui, par dénaturer les écosystèmes à cause de l’introduction d’espèces étrangères envahissantes, bouleversant ainsi la richesse floristique et faunistique de l’espace forestier. «De ce fait, le contrôle des services compétents est indispensable afin que toute action de reboisement soit bien maîtrisée en fonction des spécificités de l’espace touché par les feux de forêt», recommande-t-il.
Farida Belkhiri