Bejaïa : Dans l’intimité

Les traditionnels galas et manifestations diverses qui accompagnaient plusieurs jours avant la célébration de Yennayer, le Nouvel An amazigh, se sont sensiblement rétractés avec l’intrusion de la pandémie.

Même les vendeurs de bonbons, fruits secs et autres produits de terroir, qui envahissaient habituellement les chaussées à cette occasion, se sont fait des plus discrets cette année. Tout pousse, semble-t-il, à fêter Yennayer dans l’intimité du foyer familial. Là encore, tout n’est pas à la joie. Difficile en effet de festoyer quand l’inflation des prix révulse les plus nantis. Le poulet, «l’invité» indispensable du dîner de Yennayer, refuse de se laisser apprêter à moins de 350 DA le kilo, si l’on s’approvisionne chez les marchands du souk hebdomadaire. Autrement, il faut concéder jusqu’à 30 DA supplémentaires. Les légumes ne sont pas donnés non plus. «Les gens ne veulent pas manger aujourd’hui !», s’exclame d’étonnement un marchand derrière son étal vide de clients. Oh, que si ! C’est Yennayer et dans chaque foyer, la ménagère s’affaire à préparer le fameux dîner du Nouvel An.
Les Algériens, et notamment en Kabylie, ont renoué avec leurs traditions dans un louable effort de se réconcilier avec leur identité profonde. Bien sûr, il n’est pas toujours possible de respecter dans ses moindres détails la célébration de Yennayer, avec l’éclatement de la famille élargie et les contraintes de la vie urbaine qui s’accommodent parfois très mal avec les traditions. Quoiqu’il en soit, les familles tentent de préserver l’essentiel : on prépare les différentes sortes de couscous, qui sera accompagné de viande de poulet le plus souvent, mais aussi de la viande rouge et quelques morceaux de viande salée et séchée. Pendant quelques heures, cela sentira fort aussi de l’odeur des crêpes et autres beignets. Evidemment, il fait grandes provisions de fruits secs et séchés (amandes, noix, cacahuètes, figues, abricots, etc.), de bonbons et chocolats à distribuer à profusion aux enfants. Il manquera peut-être à certains le bonheur que procurent les retrouvailles familiales, mais la technologie moderne offre tout de même quelques compensations qui atténuent la séparation.
O. M.