Belkacem Mezroua, vice-président de la Fédération des éleveurs : «Il faut sauver le patrimoine animalier»

Dans cet entretien, le vice-président de la Fédération nationale des éleveurs, Belkacem Mezroua, soutient le coût de l’engraissement et des soins vétérinaires est la principale raison de la cherté du mouton. Aussi, il tire la sornette d’alarme sur la menace qui pèse sur l’élevage. Des mesures d’urgence s’imposent, avertit-il, en vue de sauver ce qui reste du patrimoine animalier national.

 

Comment le marché des moutons se présente-t-il ?
Le marché des moutons connaît, cette année, une hausse criante des prix allant de 10.000 à 20.000 DA par tête. Cette flambée est due à plusieurs facteurs. Il y a d’abord l’aliment de bétail, tous types confondus, qui enregistre une augmentation vertigineuse estimée à 100% pour le produit local. Les aliments de bétail importés, quant à eux, ont flambé de 300%. Je cite à titre d’exemple le son de blé qui passe de 2.000 à 4.000 DA le quintal, dépassant de la sorte le prix de la farine. Les orges grimpent de 2.500 à 5.000 DA/q, tandis que le fourrage bat le record en passant de 300 à 1.200 DA/botte.
Pour ce qui est des produits importés, le maïs est coté actuellement à 7.000 DA/q, contre 2.300 DA il y a deux ans. Le soja, lui, fait 12.000 DA/q, contre 6.000 DA. Il faut savoir aussi que l’élevage du cheptel nécessite un accompagnement sanitaire et des soins vétérinaires, lesquels ont accentué la tendance haussière des prix.

 

Mais des mesures ont été prises par les pouvoirs publics quant à l’aliment de bétail…
Justement, les mesures annoncées n’ont pas été appliquées et les éleveurs subissent toujours le diktat des propriétaires des minoteries privées, lesquels agissent comme il leur semble et commercialisent le son à des prix exorbitants. Ils subtilisent et se protègent en délivrant deux factures. Nous ne demandons que l’application de la circulaire ministérielle n° 950, exigeant la vente directe du son aux éleveurs. Pour ce qui est des aides de l’Etat, il s’agit d’une quantité de 300 grammes d’orge par tête reçue deux fois par an, soit en janvier et en mars. C’est très infime comme ration d’approvisionnement.
En tant qu’éleveur, je lance un appel à l’Etat afin d’agir à temps quant à la désertification qui gagne, de plus en plus, les zones du nord du pays. Les chiffres font état de 2.000 hectares désertifiés par an. Ce phénomène nous inquiète énormément, car il constitue une véritable menace sur l’élevage. Il faut penser à sauver la richesse animalière nationale à travers des mesures urgentes censées assurer la disponibilité de l’aliment de bétail, d’autant plus que la production nationale est loin de couvrir nos besoins. Je tiens à préciser que notre production se limite à 60 millions de quintaux de blé et 3 millions de quintaux d’orge.

 

Qu’en est-il des points de vente mis en place à travers le territoire national ?
Le ministère de l’Agriculture a instruit les collectivités locales en vue de désigner des espaces appropriés dans chaque commune pour en faire des points de vente, notamment dans les villes côtières. Je pense qu’ils sont suffisants. Je tiens également à souligner que le nombre du cheptel est suffisant et les bêtes sont disponibles. Cependant, le pouvoir d’achat du citoyen s’est beaucoup dégradé. Ce constat se confirme à travers le nombre de bêtes sacrifiées en 2012 ou encore en 2014, avoisinant les 6 millions de têtes. Aujourd’hui, ce nombre s’est réduit à 2 millions de têtes.
Entretien réalisé par Aziza Mehdid