Bien-être : Notion complexe

L’Algérien est-il heureux ? Est-il épanoui ? Scientifiques et universitaires s’accordent à relativiser la notion du bonheur, parce n’ayant pas le même sens pour tous, de toute évidence. Ainsi chacun conçoit à sa manière les conditions de son bien-être. N’empêche que des facteurs externes y contribuent grandement.

Le psychologue Khaled Mouhoub explique qu’il n’est pas évident de cerner cette notion. Elle exige, selon lui, de prendre en compte un certain nombre de paramètres. Tout dépend, souligne-t-il, des définitions que la personne a du bonheur. « Ce qui rend heureux n’implique forcément l’autre. L’individu a sa propre perception du bonheur et de la réussite. Chacun revendique un vécu psychologique qui conditionne son comportement ultérieur », explique-t-il.
Il estime que devant les soucis, chacun tente de se réconcilier avec ce qu’il a enduré pour se débarrasser de la douleur de son passé. Il peut ensuite vivre en harmonie avec soi-même et son entourage.
«On ne peut pas être en paix avec l’autre alors qu’on est en guerre avec soi-même. Quelqu’un qui a subi des traumatismes doit s’en libérer entièrement afin de pouvoir apprécier sa vie. Les facteurs internes sont donc plus importants que les facteurs externes. L’Algérien, dit-il, veut toujours montrer qu’il est quelqu’un de fort et d’heureux alors qu’au fond de lui il cache des craintes et tourments. Le fait de nier ces angoisses et ce mal-être aggrave la situation. » « L’Algérien est un cas conflictuel», précise le clinicien.
Le politologue Mohamed Hassene Daouadji pense aussi que le bonheur est tributaire de beaucoup de conditions. Il relève, lui aussi, que l’Algérien est une personne complexe. Pour cause : il réagit beaucoup à son environnement politique et social. Il est à l’affût de l’actualité. Ce qui influe parfois négativement sur son moral. Il confirme néanmoins que comparé à d’autres nations, le peuple algérien se réjouit de la paix civile,  de la stabilité politique qu’il apprécie, malgré les autres aléas d’ordre économique. Le politologue cite surtout l’exemple des jeunes qui sont moins satisfaits de leurs conditions de vie en raison du manque d’opportunités d’emploi et des perspectives d’avenir. Ce qui empêche l’épanouissement de cette frange majoritaire de la société. Daouadji souligne qu’il existe malheureusement un manque de communication flagrant. Il affirme que les décideurs doivent justement adopter des discours pleins d’espoir, réalistes et objectifs. Le but étant de répandre la culture de l’optimisme. Seulement les pratiques doivent refléter ces discours. Ce qui est de nature à réhabiliter la confiance rompue entre les gouvernants et les gouvernés. Le politologue tient à rappeler que l’Algérien ne montre sa colère que lorsque le vase déborde, citant l’exemple du Hirak qui était justifié par des injustices criantes. Il explique que les objectifs tracés par ce soulèvement populaire se concrétisent graduellement, et si les conditions de vie s’améliorent, personne ne pensera à aller ailleurs. Daouadji ne perd pas de vue aussi la décennie noire et ses répercussions sur la personnalité des Algériens et regrette le fait d’avoir négligé le suivi psychologique de la société. Le bonheur réside en nous. C’est une habitude à cultiver pour aplanir nos malheurs. Cherchons donc  cette plénitude… rêvée par tous.
Karima Alloun