Bohania Goui, universitaire : «Le comportement des électeurs a évolué»

 Le taux de participation aux élections locales est très raisonnable par rapport aux législatives, selon le doyen de la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université d’Ouargla.

Pour cet universitaire, de nombreux éléments ont concouru à ce que le taux de participation ait significativement évolué. Outre le nombre de listes de candidats, beaucoup moins important, pas plus de trois à sept listes par commune, la participation des wilayas où le boycott des élections précédentes était important a changé la donne. Il relève surtout l’évolution du comportement électoral du citoyen. «Depuis une vingtaine d’années, il existait une forme de déclin dans l’activité politique mais la situation s’est inversée», fait-il remarquer. Et d’ajouter: «Nous avons eu l’impression de vivre une sorte de remake des législatives, car la majorité des candidats s’est présentée sur des listes des indépendants.» Selon lui, cela laisse supposer que nous entrons de plain-pied dans une nouvelle phase politique avec une ambition du changement. Il en veut pour preuve la grande implication de titulaires de diplômes universitaires et de jeunes de moins de 40 ans qui représentent 45% des candidats.

«Conséquence, nous sommes au stade de la formation d’un nouveau comportement électoral qui arrivera à maturation d’ici cinq ans», affirme-t-il. A l’en croire, il deviendra dynamique et plus efficace avec l’abandon progressif de l’utilisation de l’argent sale dans le processus politique. S’agissant de la capacité de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) à garantir un scrutin libre et transparent, le Pr Goui estime que les locales sont une nouvelle expérience pour l’Anie, rappelant que l’instance à été dotée de larges prérogatives avec un rôle de plus en plus important après l’élargissement du nombre de sièges dans les APC qui dépasse 24.891 et 2.350 sièges pour les APW. L’opération exige, d’après lui, un encadrement rigoureux à travers notamment la mobilisation de l’ensemble des agents publics. Tout porte à croire, note-t-il, que «le bilan de l’Anie est très positif en matière de  traitement des listes de partis et des indépendants». «Ce résultat traduit la volonté du législateur d’effacer les irrégularités qui ont marqué les élections d’avant-Hirak», lance-t-il.

L’impact du discours de Tebboune

La participation de régions habituellement abstentionnistes est, selon le Pr Goui, un indice qui reflète la mobilisation des formations politiques et une prise de conscience sur l’importance du dernier scrutin, car le citoyen est en contact direct avec le P/APC appelé à répondre aux préoccupations de la population. «Dans cette perspective, il existe une réelle volonté de la part des autorités à élargir les pouvoirs de décision des élus locaux, pour permettre aux communes de promouvoir une  nouvelle vision du développement à même de créer des emplois», renchérit l’universitaire qui évoque l’importance de la consécration de la démocratie participative par les nouveaux élus.

Evoquant l’impact des élections des APW sur le renouvellement des sièges vacants du Conseil de la nation, le doyen parle de «vrai challenge». D’après lui, «ces élections sont censées faire émerger des personnes qualifiées avec une expérience qui puisse apporter un plus au développement local. C’est aussi une occasion d’être à la hauteur de leurs promesses et de résister aux tentatives de corruption». Cependant, l’avenir des collectivités locales dépend davantage de la refonte du code communal. «Les APC devraient s’ouvrir davantage sur la société civile et les comités d’expertise», recommande-t-il. Et de conclure sur la prestation du président de la République devant les représentants des médias qui a eu un impact direct sur le taux de participation.

Assia Boucetta