Bordj Badji Mokhtar : L’ambitieuse

En ce 15 mai, l’heure indique 9h, lorsque le commandant de bord de l’ATR d’Air Algérie annonce l’entame progressive de la descente de l’avion sur le tarmac de l’aéroport de Bordj Badji Mokhtar. Il ne reste désormais qu’une vingtaine de minutes pour toucher le sol. Quasiment tous les sièges de l’avion sont occupés.

Renseignement pris, il s’avère que les vols quotidiens en partance de l’aéroport international d’Adrar vers Bordj Badji Mokhtar ou inversement affichent généralement complet. Dans l’avion qui a décollé à 7h30 d’Adrar, les passagers sont silencieux. Seuls quelques cris de bébé égayent, de temps à autre, l’ambiance. La fatigue fait son effet sur les passagers, dont certains profitent pour piquer un somme. A l’approche de Bordj Badji Mokhtar, on aperçoit, à travers les hublots, un épais voile gris qui s’étend à l’horizon. On entrevoit difficilement, le sol. Une terre dominée par le plateau de Tanezrouft, joliment importuné par des dunes de sable qui dessinent, à des distances variables, des ergs en forme de parfaites fractales dont seuls les éléments de la nature sont en mesure d’esquisser les contours. Au fur et à mesure que l’ATR déchire dans sa descente l’épais voile qui le sépare de la piste d’atterrissage, ce dernier est assailli par un essaim de poussière de couleur jaune foncé tirant vers le rouge. «Apparemment, El Bordj est sous un vent de sable. Heureusement que les conditions météo permettent encore à l’avion d’atterrir, car le cas contraire, on risquerait de retourner à Adrar», remarque un passager. «Le vent de sable, lorsqu’il est puissant, empêche les avions d’atterrir ou de décoller. Les vols sont annulés pour éviter tout risque», confie un autre. L’atterrissage se déroule parfaitement bien.

Sur le tarmac

à la descente d’avion, les particules de poussière soulevées par le vent s’immiscent partout et assaillent les passagers, à telle enseigne qu’il faut se couvrir le visage. «Même avec des lunettes, je sens comme des piqûres dans mes yeux. Mes cheveux et mes oreilles sont couverts de sable. Dès que j’arrive en ville, j’achète un chèche», promet un passager venu d’Alger. Tout le monde presse le pas pour rejoindre l’aérogare. A l’intérieur, tout se déroule rapidement. La réception des bagages se fait en un temps record. Les passagers se précipitent vers la sortie, alors que d’autres en partance vers Adrar sont déjà dans la zone d’embarquement. Leur vol est programmé dans une heure. A l’extérieur, des véhicules, en majorité à quatre roues motrices, attendent les arrivants. D’autres proposent des places pour se rendre en ville distante de 6 km de l’aéroport. En l’absence de taxis, c’est le seul moyen de locomotion disponible. Ceux qui n’ont pas encore la chance de rejoindre la ville de Bordj Badji Mokhtar s’abritent dans l’espace interne de l’aéroport. «C’est le premier épisode de vent de sable de cette année. Je crois qu’il ne va pas durer longtemps, car faiblit de plus en plus», prévoit un habitant de Bordj Badji Mokhtar. Telle une prophétie, les propos de ce dernier s’avèrent justes, puisque vers 13h, le ciel s’éclaircit presque totalement, et le vent s’estompe. Toutefois, la chaleur n’en démord pas. «2022 est plus clémente que les années précédentes. Il n’a pas fait, du moins jusqu’à maintenant, trop chaud. Nous avons passé un mois de Ramadhan dans de bonnes conditions météorologiques. Cela est de bon augure, à mon avis, pour le reste de l’année», indique un habitant. Il faut dire que la sécheresse a sévi durement ces dernières années dans ces contrées réputées pour leur vocation d’élevage camelin, ovin et caprin. Les lieux de pâturage dans cette immensité désertique, dont les parcours s’étalent sur des dizaines, voire des centaines, de kilomètres ont vu leurs couverts, déjà clairsemés en temps normal, se réduire telle une peau de chagrin. Dans cette partie australe du pays qui parcourt une large partie de la frontière avec le Mali, la saison des pluies intervient en juillet et août. «Déjà, on vient d’enregistrer des pluies du côté de Tinzaouatine et autres localités situées à l’est d’El Bordj. C’est un bon signe pour nous et surtout pour le cheptel de plus en plus soumis au régime de l’aliment de bétail, à défaut de pâturages abondants», affirme un autre Bordji venu attendre son frère à l’aéroport.

La liaison aérienne supplante le transport terrestre

Le secret de la forte demande que connaît la liaison aérienne entre Bordj Badji Mokhtar et Adrar a été dévoilé par un autre passager de l’avion qui fait un aller/retour au moins une fois par semaine. «Après la dernière baisse du prix du billet d’un aller simple à Adrar est à 6.180 DA, alors qu’auparavant il était cédé à 7.350 DA. Mais cette baisse du prix qui, est au passage, est une très bonne initiative, découlant de la récente décision, en février dernier, d’exonérer les billets d’avion vers le Grand Sud de la TVA, ne justifie pas à elle seule cet engouement», affirme-t-il. Et pour cause, la distance séparant Bordj Badji Mokhtar à Adrar, dont elle dépendait administrativement avant d’être promue au rang de wilaya de plein exercice, est de 800 km. Par route, il faut parcourir la RN06 sur un trajet d’une durée moyenne de 12 heures. Avec de longues sections de pistes notamment de Reggane jusque à El Bordj, il faut s’y rendre en véhicule adapté aux conditions extrêmes, à l’instar des automobiles à quatre roues motrices ou en camion. Pour ce dernier moyen de locomotion, la durée du trajet peut s’étaler sur deux, trois voire à quatre jours selon les conditions de la météo. «Aller rejoindre Adrar par route, il faut débourser en aller simple quelque 7.000 DA au bas mot. Soit un tarif bien plus supérieur que le billet d’avion», compare le même interlocuteur. Malgré le vent de sable, le temps passe vite. La chaleur en revanche se fait de plus en plus ressentir alors que le soleil s’élève au zénith.

En route vers la ville

Le tronçon routier reliant l’aéroport à la ville est dans un très bon état. L’asphalte qui enrobe la route dans les deux sens semble récent. En moins d’un quart d’heure, on arrive au chef-lieu de la wilaya de Bordj Badji Mokhtar. érigé sur un plateau qui n’est perturbé par aucun relief, mis à part les lits d’oued qui renaissent à la vie durant la saison des pluies, nous sommes accueillis aux abords d’El Bordj par un arc, séparant les deux voies de la RN06, ainsi que deux représentations en pierre de deux chameaux se faisant face des deux côtés des voies. Le tout couleur ocre foncée. Une nuance qu’on retrouve partout dans la ville où de nombreux édifices administratifs, structures d’accompagnement et autres commerces l’arborent joliment. A 13 h passé, les rares habitants rencontrés dans la ville cheminent à cadence accélérée pour s’abriter de la chaleur dans les commerces de bouche, assaillis déjà par une nombreuse clientèle ou bien se réfugier à la maison pour s’adonner à une sieste réparatrice, en attendant que le soleil s’éloigne à l’ouest. Du côté des administrations, l’ambiance est au travail après la coupure de la pause-déjeuner. En attendant la fin d’après-midi, les rues et ruelles de Bordj Badji Mokhtar semblent sereines. Un calme que perturbe le ronflement des véhicules qui traversent de temps en temps ses larges voies. En cette période de l’année, marquée par la poussée fugueuse du mercure, la vie reprend pleinement ses droits à partir de 18h, heure à laquelle les immenses lieux de négoce et autres commerces s’animent de plus belle, offrant ainsi l’une des jolies façades de la ville, tout en révélant un pan d’un patrimoine local qui a su dompter le climat inhospitalier de Tanezrouft.

A.L