Bordj Badji Mokhtar : Une citadelle qui porte fièrement son nom

 

Le destin national a voulu que Bordj Badji Mokhtar soit la première circonscription administrative, promue au rang de wilaya de plein exercice, à porter le nom d’un Chahid, Badji Mokhtar en l’occurrence.
Une symbolique historique, à la fois source de fierté pour sa population et une reconnaissance de la nation à cette région de l’extrême Sud du pays qui a fait front contre l’envahisseur français. Cette wilaya du Tanezrouft, frontalière avec le Mali, a joué durant la glorieuse révolution nationale un rôle éminemment stratégique. L’insoumission des populations locales à l’ordre colonial établi et son engagement effectif pour la guerre de libération nationale a faussé les desseins de l’armée coloniale et tué dans l’œuf ses tentatives désespérées de réduire l’aura de la révolution. Grâce, notamment, aux vaillants méharistes et aux hommes bleus, le feu sacré de la lutte pour l’indépendance est demeuré flamboyant dans ces contrées,  jusqu’au recouvrement total de notre souveraineté sur l’ensemble du territoire national. Un engagement patriotique qui, avant le 1er novembre 1954, a été une source d’une  farouche résistance à la progression de l’armée coloniale vers le sud. Bordj Badji Mokhtar, à l’instar des autres régions de l’extrême Sud du pays, a été une citadelle de la résistance et une zone d’acheminement logistique pour la révolution. Ses enfants qui ont dompté l’un des déserts les plus hostiles de la
planète, en ont été les guides, qui, au péril de leur vie ont bravé toutes les difficultés et affronté la mort à chaque pas, menant à l’indépendance. L’Algérie entière leur est reconnaissante. Il n’est pas donc fortuit que cette région porte dès l’indépendance le nom d’un des pères de la révolution. Badji Mokhtar, l’un des premiers responsables à tomber arme à la main sur le champ d’honneur, le 19 novembre 1954, après une bataille acharnée contre l’armée française à Medjaz Sfa à Guelma. Natif d’Annaba, le jeune Mokhtar a, dès son enfance, rejeté le colonialisme. Une conscience précoce qui le prédestina à un destin de militant nationaliste et de révolutionnaire aguerri. Bien avant les massacres du 8 mai 1945 et âgé d’à peine 17 ans, il intègre les rangs des scouts musulmans algériens à Souk Ahras, ville de sa jeunesse. Mu par les idées nationalistes, il crée par la suite le premier noyau du Parti du peuple algérien (PPA) à Souk Ahras. Dès 1947, il entre en clandestinité en sa qualité de chef de la cellule de l’organisation secrète (l’OS) dans la même région. Arrêté en 1950, il est condamné à trois ans de prison. Son parcours de militant nationaliste et ses convictions tranchées en faveur de la lutte armée, comme seule alternative pour libérer le pays, l’ont destiné naturellement à faire partie du groupe des 22 qui ont préparé la révolution. Mokhtar Badji et son groupe de moudjahidine se sont illustrés par des actions spectaculaires pour marquer la naissance de la révolution une certaine nuit du 1er novembre 1954. L’histoire retient à jamais son nom et Bordj Badji Mokhtar est cette citadelle qui porte fièrement son nom.
 A. L.