Boualem Hadjer, membre fondateur de l’association Aneddar Akken: « Le mouvement associatif doit investir l’école »

Dans cet entretien, Boualem Hadjer, membre fondateur de l’association « Aneddar Akken (vivre ensemble) revient sur la place et le rôle du mouvement associatif dans le développement local. Il a appelé à la valorisation des heures de bénévolat, une façon de reconnaître les efforts de ces jeunes.

 
Donnez-nous un aperçu sur votre association ?
Association de quartier « Aneddar Akken ( Vivre ensemble) de la nouvelle ville de Tizi Ouzou a été créée en 2018 et elle vient juste d’avoir son agrément officiel.  Depuis 2018, plusieurs opérations de volontariat ont été organisées.  A l’occasion de la journée mondiale du vivre ensemble en 2018, que nous avons choisi d’appeler notre association « Anedar Akken . Dans les quartiers ou villages nous n’avons pas d’autre choix que de vivre ensemble en paix et en harmonie. Notre association qui s’occupe des affaires sociales et environnementales, est aussi un médiateur en cas de problème entre les voisins et on organise aussi des animations au sein de notre quartier et ceux dans le cadre du volontariat.  Tous les membres sont bénévoles et participent tous gratuitement à nos actions.  Nous avons essayé d’emprunter le concept de volontariat des villages au niveau de la ville.
Selon vous,  le volontariat n’est pas uniquement lié aux opérations de nettoyage, ce concept est plus large ?
Les campagnes de volontariat sont beaucoup plus larges que la campagne du nettoyage et d’ailleurs c’est ce qu’on essaie d’expliquer depuis la création de notre association.  Au niveau de notre quartier à la nouvelle ville nous avons aménagé un jardin avec nos propres moyens en faisant recours au recyclage. Cet espace est devenu un lieu de rencontre pour les femmes et une aire de jeu pour les enfants. Dans notre programme, on essaie de développer la culture de l’économie circulaire grâce au bénévolat.
Durant la crise sanitaire et les feux de forêt, le mouvement association était d’un grand soutien pour les citoyens et les professionnels de la santé. Quel est votre commentaire ?
La mobilisation de la société civile durant cette période est sans précédent. La crise à donner une valeur ajoutée au mouvement associatif. Suite à ces événements tragiques, on ne voit plus les associations comme étant un regroupement de jeunes sans emploi.  Actuellement on est considéré comme des acteurs de changement au niveau local. Durant la crise du coronavirus, nous avons participé aux campagnes de désinfection.  Nous avons établi une liste des personnes qui ont besoin d’une assistance en leur assurant un approvisionnement régulier en produits de premières nécessités. Durant la période des incendies de forêt qui ont touché la wilaya de Tizi Ouzou, nous avons mis en place une cellule de crise pour venir en aide aux personnes touchées par les feux de forêt.
 Suite à ces évènements, est-ce qu’on a commencé à renouer avec la culture du volontariat ?
Oui absolument. Durant 25 ans, on est passé par trois étapes. Une période où il y avait un engouement important des jeunes qui a adhéré massivement aux associations au comité de quartier et au comité du village. La deuxième étape est marquée par une période de stagnation où le mouvement associatif n’est plus une priorité pour les jeunes, le changement au niveau de la société qui était en train de se métamorphoser.
Pendant les 10 dernières années, nous avons constaté que beaucoup de jeunes adhérents au mouvement associatif. Ce tissu associatif est formidable pour le changement au sein de la société.
Justement comment renforcer la place de la société civile sur le terrain ?
Un point très important. Aujourd’hui, nous parlons de la nécessité de travailler en réseau.  Il est bien d’avoir beaucoup d’associations mais il est important de travailler ensemble.  C’est une force.
Est-ce que vous constatez qu’il y a une nécessité d’aller vers la pérennisation des actions ?
Bien sûr, c’est notre revendication depuis toujours. Le bénévolat n’est pas un service de la mairie qui commence à 8h et  termine à 16h. Il ne faut pas croire que le mouvement associatif est là pour uniquement nettoyer et faire des campagnes de reboisement. Les associations sont là pour proposer des solutions et être des éléments déclencheurs pour améliorer la situation des citoyens et des collectivités. Il faut aussi changer la vision des autorités vis-à-vis de la société civile. Cette vision doit évoluer.
Il ne faut pas oublier aussi le rôle de l’école ?
L’école est la mine d’or du mouvement associatif. Je lance un appel au ministère de l’Éducation afin d’impliquer les associations qui doivent travailler en collaboration avec les enseignants pour organiser des actions et activités communes. Il est important d’organiser une journée d’étude et de voir comment les associations peuvent enrichir le programme scolaire.
Votre message à l’occasion la Journée mondiale du volontariat?
Nous appelons à la valorisation des heures de bénévolat comme cela se fait ailleurs en créant ce qu’on appelle un passeport jeunesse en mentionnant le cumul d’heures de ces jeunes dans les opérations de bénévolat. Une façon de garder ces jeunes et c’est aussi la moindre reconnaissance à leur effort.  Il est temps aussi de parler de l’assurance spéciales pour les bénévoles.
Entretien réalisé par Samira Belabed