Bouhania Goui, doyen de la faculté des sciences politiques d’Ouargla : «La décision de l’Algérie de ne pas s’endetter dérange»

Dans son discours prononcé, mardi,  devant les cadres de l’ANP, le président de la République a envoyé de nombreux messages tant au plan interne qu’externe.

«Il y a ceux que notre souveraineté dérange, mais nous continuerons notre chemin avec une volonté inébranlable pour que l’Algérie soit à sa juste place au plan régional et international, avec le soutien de notre Armée nationale populaire», a déclaré Tebboune. Pour Bouhania Goui, doyen de la faculté de droit et des sciences politiques d’Ouargla, «ce discours met en évidence un certain nombre d’indicateurs importants relatifs à la stratégie de sécurité nationale et renvoie à la relation très étroite entre la sécurité et la stabilité d’un pays». 

Dans la première partie de son discours, le chef de l’Etat a insisté sur l’importance de relancer et de renforcer l’économie. «Ce qui n’est guère étonnant après le parachèvement du processus d’édification des institutions constitutionnelles», indique le politologue qui revient sur l’approche économique prônée par Tebboune. Pour  le Pr Goui, 2022 est une année d’économie par excellence comme l’a affirmé le Président qui veut garantir une stabilité économique en établissant un équilibre entre les importations et les exportations et la balance des paiements afin d’arriver à une amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. C’est dans ce sens que le chef de l’Etat a, selon lui, insisté sur le fait qu’il n’y a pas de démocratie avec un Etat faible, une faiblesse qui provoque le chaos et oblige à renoncer à ses principes. «Nul n’est censé ignorer que l’endettement extérieur compromet aussi la décision économique du pays qui devient otage des institutions financières étrangères, dont le FMI, le Club de Paris ou celui de Londres. Se libérer de la spirale de l’endettement peut renforcer l’indépendance des décisions politiques et économique de notre pays», explique-t-il, avant de relever que «la décision de l’Algérie de ne pas recourir à l’endettement extérieur  dérange beaucoup de parties».

Renforcer le front interne

Selon le politologue, il était important, pour le premier magistrat du pays, d’évoquer le rôle fondamental de l’institution militaire qui a été l’ultime garante de la transition politique que connaît le pays, notamment en matière de respect de la voie constitutionnelle. Et de poursuivre : «L’ANP  a permis au pays de sortir de la période d’incertitude et de retrouver sa stabilité à travers un processus de construction des institutions politiques.» Si le chef de l’Etat, souligne-t-il, «a mis l’accent sur l’importance de poursuivre le processus de développement de cette institution pour plus de performance et d’efficacité, c’est pour répondre aux parties qui ont tenté à travers  maintes actions de déstabiliser le pays». De ce fait, il estime  important de renforcer le front interne afin de préserver la cohésion de l’Etat et de ses institutions.

L’allocution du Président a aussi pour objectif, soutient le politologue, de «rappeler le rôle de l’institution militaire à la faveur du réajustement de la doctrine militaire algérienne contenu dans le dernier amendement constitutionnel. Son engagement en dehors de nos frontières est subordonnée à l’approbation du Parlement et dans le cadre du respect de ses principes fondamentaux, à savoir le maintien de la paix dans le cadre des Nations unies, de l’Union africaine ou de la Ligue arabe». Il est utile de souligner, enfin, que «le président de la République s’est exprimé en tant que chef suprême des armées et ministre de la Défense nationale. Ce qui constitue un signal fort à l’externe, d’autant plus que l’Algérie partage plus de 6.000 km de frontières avec ses voisins», a relevé Goui. «Cet immense territoire l’a contraint à consentir plus d’efforts pour préserver la paix et la stabilité dans la région», conclut-il.

Assia Boucetta