Bouziane Ben Achour, journaliste, romancier et dramaturge : « Mon écriture est un hommage aux oubliés de l’histoire »

Romancier, dramaturge et journaliste, Bouziane Ben Achour a exercé dans plusieurs rédactions telles qu’Algérie Actualités, El Djoumhouria et El Watan. Il est auteur de plusieurs roman dont « Dix années de solitude » (2003), « Destins croisés » (2004), « Sentinelle oubliée » (2004), « Hogra » (2006), « Fusil d’octobre » (2006), « Hallaba » (2007), « Dépossédé » (2008), « Mèjnoun » (2008), « Brûlure » (Prix Mohamed Dib en 2011),  et dernièrement« Le sang ne change pas de couleur », publié aux éditions Harmattan. Ilest aussi auteur de plusieurs pièces de théâtres adaptées et monté par les différents théâtres nationaux. Bouziane Ben Achour est aussi auteur d’essais Le théâtre en mouvement, octobre 88 à ce jour (2002), Figures du terroir (2003), le Théâtre algérien, une histoire d’étape (2005).Dans cet entretien il évoque son dernier ouvrage, ses projets et sa conception de l’écriture dramaturgiqueou romanesque.

Vous avez signé récemment un roman aux éditions L’Harmattan intitulé « Le sang ne change pas de couleur ». Qu’est ce qui vous a motivé à l’écrire ?
C’est un projet que je cogite depuis une vingtaine d’années et inspiré de faits réels. Il raconte l’histoire d’une femme qui a rejoint le maquis pour retrouver son premier amour. L’originalité réside en le fait que l’héroïne s’est retrouvée au maquis par amour et non,  comme la majorité des moudjahidine, par patriotisme. Ceci  est le premier élément sur lequel je construis mon roman. Le second élément  est la volonté de mettre en évidence la participation d’européens et d’algériens d’origine européenne à la guerre de libération. Un rôle qui a très peu mis en avant dans les récits historiques. L’autre aspect abordé par le roman est le rôle de la femme dans la guerre de libération. A travers Mira, l’héroïne du roman, j’ai essayé de faire parler ces femmes qui sont peu présentes,  que ce soit dans la littérature ou  dans les livres d’histoire.
Nous pouvons parler de roman historique dans ce cas ?
Effectivement on pourrait le qualifier de roman historique, mais je n’ai pas la prétention de m’improviser historien. C’est une forme de témoignage et un hommage aux petites gens. Je suis à mon onzième roman et dans tous mes écrits je donne la parole à ses gens de la marge. Mes héros sont d’extraction modeste. Il y a les grands noms de la révolution, s’est indéniable, mais il ya aussi des milliers de personnes de tout âge qui ont participé à la guerre de libération, mais dont on parle peu. A mon niveau je le fais de manière romancée.
Vous êtes aussi auteur de théâtre. Dans lequel des deux genres vous identifiez-vous le plus ?
Honnêtement je ne me pose pas cette question. Il y a beaucoup de débat autour de ça, mais pour moi je me sens aussi à l’aise dans l’un comme dans l’autre. La différence est que dans le roman je m’exprime en langue française,  mais pour le théâtre c’est en langue arabe, dialectale ou académique. Mais j’éprouve du plaisir à écrire dans les deux genres. Au départ je suis un homme de théâtre. J’ai fait du théâtre amateur et professionnel. Ceci dit je pense que les deux genres se complètent.  C’est pareil pour les langues arabe et française, je pense qu’il y a beaucoup de passerelles entre les deux et elles peuvent toutes deux  exprimer les états d’âme de l’auteur.
 
Vous avez publié chez un éditeur français. Est-ce un choix ?
Personnellement je préfère éditer en Algérie, car mes lecteurs se trouvent ici. Je les remercie d’ailleurs pour l’intérêt qu’ils portent à mon travail.  Pour ce qui est de ce livre, je l’ai proposé d’abord à des éditeurs algériens, mais, je n’ai reçu aucune réponse, ni positive ni négative. Par hasard j’ai trouvé sur le net des éditeurs français auxquels j’ai envoyé  des copies. Il y a l’Harmattan  et « Les deux pommes », moins connue. Les deux m’ont répondu  mais  pour « Les deux pommes » ils ne se sont intéressés qu’au  fait que le roman évoque des européens, mais ils estiment qu’il ne s’inscrit pas dans leur ligne éditoriale. Par contre ceux de  L’Harmattan se sont montrés enthousiastes et dans la semaine qui a suivie ils m’ont fait suivre les démarches nécessaires et signé le contrat d’édition.
Il y a aussi un réalisateur algérien installé en France qui s’est intéressé à mon histoire et qui m’a proposé de l’adapter en film. Durant le confinement j’ai profité pour écrire un scénario à partir du roman. Il se pourrait donc que le roman soit adapté au cinéma.
 
En dehors de ce roman y a-t-il un autre projet sur lequel vous travaillez actuellement ?
Généralement j’alterne entre écriture romanesque et théâtrale. Cette fois  j’ai eu la proposition, par une personne qui vit en France et qui suit de près mon travail, d’adapter au théâtre le livre « Journal d’un fou » de Nicolas Gogol.  J’ai toujours été séduit par cette œuvre, d’abord en tant que nouvelle et en tant que pièce mais aussi par l’adaptation faite par Abdelkader Alloula  « Homk Salim » au début des années 1970, qu’il a lui-même monté et joué. Donc j’en fais une adaptation également.
J’ai également le projet de monter la pièce « Carmen » au théâtre. C’est un travail qui me tient vraiment à cœur mais pour le moment ce n’est pas facile car c’est une grande production qui nécessite de grands moyens. Dans les conditions actuelles de nos théâtres qui vivent une période « vaches maigres », il n’est pas évident de la faire.
Je suis aussi sur un autre roman qui se construit autour du site de Sidi El Houari. C’est un lieu d’histoire qui est laissé à l’abandon et qui tombe en ruine et je voudrais le ressuscité à travers le roman.
Propos recueillis par Hakim Metref