Brahim Hadj Nacer, expert en tourisme : «Une offre locale de plus en plus importante mais chère»

Dans cet entretien, l’expert en tourisme, Brahim Hadj Nacer, explique la tendance touristique de l’année 2022, comme il souligne les contraintes des agences de voyages.

 

 Après deux années marquées par la crise sanitaire liée à la Covid-19, comment se présente, aujourd’hui, le secteur du tourisme ?

Pour l’instant, rien n’est clair pour la simple raison que les compagnies aériennes ont changé leur comportement après la crise sanitaire. Elles n’accordent plus de tarifs avantageux pour les agences de voyages.  Avec la cherté de la billetterie, il est très difficile de programmer des vacances à l’étranger. Il faut surtout tenir compte du pouvoir d’achat des Algériens, laminé, qui ne leur permet pas de supporter de tels tarifs exorbitants.  Du côté des hôteliers, nos partenaires étrangers ont pris attache avec certaines agences, notamment de la Turquie, Tunisie et Egypte. Ils attendent toujours nos réponses. Une chose est sûre, la reprise cette année sera très difficile sur le marché international. Vu le contexte actuel, je pense qu’une bonne partie va s’orienter vers le tourisme local. Pour la troisième année consécutive, le tourisme national va connaître, sans aucun doute, un boom. Quoique, là aussi, tout un débat doit être lancé pour trouver les solutions idoines permettant de booster le tourisme local.  Plus d’un s’accorde à dire que les tarifs appliqués par nos hôtels restent chers, préférant travailler directement avec les clients.

 

 Devant cette situation, comment les agences de voyages s’organisent-elles pour répondre à la demande et diversifier leurs offres ?

Les agences de voyages devront proposer une panoplie d’offres et de programmes car elles ne peuvent travailler sur un seul créneau. Sur l’international, elles vont devoir développer une ou plusieurs destinations, surtout que le programme des vols a été enrichi et diversifié,  espérant que les agences de voyages auront  un  quota de sièges  qui leur permet de développer des programmes attractifs.

 

Quelles sont les tendances pour cette année 2022? Les Algériens optent-ils pour le tourisme local ou sont-ils beaucoup plus attirés par des vacances à l’étranger ?

Pour la demande nationale, Mostaganem, Skikda, Annaba, Bejaïa, voire la côte nationale sont les plus prisées. A l’international, la demande sur la destination Tunisie reste la plus importante. Celle-ci offre un rapport qualité-prix assez intéressant. Si les frontières terrestres sont ouvertes, une bonne partie des Algériens opteront pour cette destination.  Il faut dire qu’avec les mesures prises au lors de la crise sanitaire, notamment suite à la fermeture des frontières, nous avons enregistré de nouveaux comportements. Il ne faut pas oublier que durant ces trois dernières années, nous avons enregistré l’ouverture de plusieurs hôtels balnéaires.  Pour ne citer que Skikda, il y a l’ouverture d’une grande ville touristique. Ce n’est pas pour faire de la promotion, mais pour dire que l’offre locale est de plus en plus importante.

 

Que préconisez-vous pour booster le tourisme local?

Il faudrait que les établissements d’hôtellerie jouent le jeu. L’urgence réside dans l’amélioration des prestations de l’ensemble de nos infrastructures hôtelières et para-hôtelières, à savoir motels, campings, restaurants, transporteurs. Ensuite, il est impératif de réfléchir à mettre en place une tarification plus attractive et compétitive. Il y a des hôtels où la nuitée est de 40.000 DA, soit 200 euros. C’est de la folie, voire de l’indécence. C’est l’équivalent d’un séjour d’une semaine en Tunisie.  Avec ces tarifs, ce sont les acteurs locaux qui poussent les Algériens à aller à  l’étranger.  Même le tourisme chez l’habitant, qui est réglementé cette année, revient cher. Pour résumer, il y a deux problèmes fondamentaux. Celui des prix et  celui de la qualité de service. Il faut absolument que les acteurs s’unissent et s’organisent pour offrir une prestation qui permette à un chef de famille de trouver son compte et son bonheur dans son pays.

 

 Le tourisme de montagne est-il développé ? 

Malheureusement non.  La demande sur ce segment n’est pas importante en période d’été. Les Algériens  préfèrent plutôt aller à la plage. Nous avons un pays fabuleux à faire découvrir. Nous devons, en effet, développer le tourisme de montagne et climatique. Encore faut-il réaliser des infrastructures d’hébergement.

Propos recueillis par Wassila Ould Hamouda