Cadre de vie, quotidien, emploi… : Etre citoyen à Touggourt 

L’activité principale dans la wilaya de Touggourt est de loin l’agriculture. Un grand nombre de ses citoyens vivent au rythme des saisons et des récoltes, notamment dans les zones rurales. Mais pour les habitants de la ville, les situations sont différentes. Une rencontre avec quelques-uns pour avoir un aperçu sur le mode de vie des Touggourtis. Parmi eux, des jeunes lycéens, des personnes plus âgées, mais aussi des chômeurs.

«Quand je ne travaille pas, je sors en ville pour rencontrer des amis, me distraire et passer le temps», déclare un quinquagénaire rencontré dans un des jardins publics de Touggourt. Interrogé sur le problème du chômage, il confie que «le travail existe, notamment dans l’agriculture». Mais, ajoute-t-il, «la plupart des jeunes ne veulent pas travailler dans ce secteur. C’est un travail pénible et quine paye pas bien». Un autre homme, plus jeune, confie qu’il est au chômage depuis quelque temps. «Ce n’est pas facile pour moi», déclare-t-il. «Ce n’est pas comme dans les villes du Nord. Ici,la ville n’offre aucun moyen de distraction et quand on est chômeur, c’est encore pire. Je passe mon temps à chercher du travail et en attendant, je tourne en rond.»
Mohamed Yacine est lycéen, il lui reste une année avant le bac. Pour un jeune de son âge, il estime que «la ville n’offre pas grand-chose en dehors de l’école. Nous n’avons ni cinéma, ni salles de spectacle, ni parcs où se retrouver entre amis. Même les salles de jeux sont très rares ici. Pour passer mon temps, je fais du sport ou je retrouve mes amis pour réviser ou discuter. Abdelkrim a la soixantaine. Il est ingénieur au chômage depuis quelques mois. Pour gagner sa vie, il donne des cours particuliers à des élèves. Assis autour d’un café, il parle tout d’abord du pouvoir d’achat des citoyens de Touggourt. A ce propos, il dira que «ce n’est pas comme dans les grandes villes. Ici, les prix sont plus raisonnables surtout pour les légumes qui sont abondants dans la wilaya et ses environs». Sur le chômage, Abdelkrim déclare que l’agriculture est le secteur qui offre plus d’emplois, mais tout le monde ne peut pas être agriculteur. A l’instar de beaucoup de villes du Sud, Touggourt n’a pas bénéficié de grands investissements, ce qui aurait pu offrir du travail à nombre de personnes.  Même le logement, dit-il, «c’est seulement depuis le début des années 2000 que des projets de construction ont été lancés ici».
Il parle ensuite de la vie à Touggourt et les rapports humains. Il dira que cela a beaucoup changé. Touggourt, déplore Abdelkrim, «a perdu beaucoup de ses traditions. La ville est habitée par des étrangers qui ramènent avec eux leurs propres coutumes. Ce qui fait qu’il est difficile de parler de traditions typiquement locales. C’est dans les petites localités que les traditions sont plus préservées». Même pour la cuisine traditionnelle, il est difficile de trouver des lieux qui proposent les plats de jadis. Maintenant, le fast-food a pris le dessus. Mais c’est le cas, je pense, de toutes les villes cosmopolites, souligne-t-il.
De nos envoyés spéciaux : Hakim Metref et Larbi Louafi
Formation professionnelle : Des métiers pour la femme au foyer 
 Le centre de formation professionnelle Ahmed-Boulifa de Touggourt, ouvert en 2000,est un établissement consacré aux métiers traditionnels, notamment la broderie.
Ce centre est essentiellement fréquenté par la gent féminine et parmi elle des femmes au foyer qui viennent acquérir des métiers qu’elles pourraient pratiquer chez elles et apporteraient un plus à la bourse familiale. Un moyen également de préserver un patrimoine culturel de la disparition, explique Nacer Sakhri, directeur du centre.
En plus de la broderie, le centre dispense des formations en couture et en manufacture de vêtements. Des sections de comptabilité et d’informatique sont également ouvertes et reçoivent des hommes également.
D’une capacité de200 apprenants, le centre, vu sa situation au centre-ville, est fréquenté par plus de 600 élèves, soit le triple de sa capacité. Les stagiaires sont partagés en plusieurs sections. Des sections qui suivent des cours quotidiens et des section d’apprentissage qui viennent une fois par semaine et des cours du soir pour les femmes actives qui ne peuvent pas suivre la formation durant la journée. Le centre dispense aussi une formation d’assistante pour la mère et l’enfance, sanctionnée d’un diplôme de technicienne. Des stages de recyclage et de perfectionnement sont aussi dispensés par le centre pour les employés de l’administration.
Sakhri déclare que le CFPA Ahmed-Boulifa envisage d’introduire également d’autres formations telles que le tissage et la confection de bijoux, ce qui permettrait de préserver d’autres métiers et des savoir-faire traditionnels délaissés et qui risquent de disparaître.
H. M.
 
 
Denrée rare : Des fleurs ? Allez chez les sœurs
Si vous êtes à Touggourt et que vous voulez décorer votre intérieur avec des fleurs ou offrir un bouquet à votre moitié, ne cherchez pas en ville. C’est en vain que vous tournerez en quête d’un fleuriste. A Touggourt,  les fleurs ne se vendent pas. Ce n’est pas comme à Alger ou dans une autre grande ville du pays, où les vendeurs ambulants vous accostent pour vous proposer une rose ou un petit bouquet de mimosas.
Même pour les cérémonies de mariage, la voiture de la mariée n’a pas ce privilège d’être ornée de bouquets de toutes couleurs. A Touggourt, tout le monde vous dira que les seules fleurs qu’on utilise sont artificielles. D’ailleurs, il existe de petites boutiques qui s’occupent de décorer la voiture pour le cortège nuptial avec ces fleurs sans parfum. Vous avez plus de chance de vous voir offrir un régime de dattes qu’un bouquet de fleurs. Les fleurs poussent certes dans la nature, lorsque le climat le permet, mais ce n’est pas dans les traditions des Touggourtis d’en faire commerce.
Il existe un fleuriste pas loin du siège de la wilaya, mais il ne travaille que périodiquement lorsque les températures sont plus clémentes et ne risquent pas faire faner ces plantes fragiles que sont les fleurs.
Mais cependant, la fleur n’est pas tout à fait introuvable. Il y a un endroit où il est possible d’acquérir un petit bouquet de fleurs à des périodes précises de l’année. A Sidi Boudjenan, à 2 kilomètres du centre-ville, existe une petite communauté de sœurs chrétiennes appelées «les sœurs bleues» qui, de novembre à février, cultivent une multitude de fleurs, entre jonquilles, soucis, la fleur de girofle, le chrysanthème ou l’œillet de l’Inde. Les sœurs bleues sont appelées ainsi parce que, contrairement aux sœurs blanches, leur tenue est bleue. Elles font partie de l’ordre des «Petites sœurs de Jésus» et sont installées à Touggourt depuis le début du siècle dernier, durant la période coloniale. Les sœurs bleues sont actuellement trois. Elles cultivent leurs fleurs pour gagner leur vie et ont aussi quelques palmiers et des potagers qui leurs servent de ressources.
H. M.
Zaouia Tidjania de Temacine : Savoir et spiritualité 
La zaouïa Tidjania de Temacine a durant, des siècles, été un haut lieu du savoir et de spiritualité et continue à l’être à ce jour. Fondée en 1805 parSidi El Hadj Ali Tamacini, qui reçoit le califat d’Ahmed Tidjani, fondateur de la tariqa Tidjania.Il confère à la zaouia une dimension multiple. Une dimension qui se traduit dans cette citation qui lui est attribuée : «Le chapelet, l’ardoise et la bêche». Par cela, le cheikh expliquait que la zaouïa est un lieu de culte, de savoir mais aussi de labeur, explique Mohamed Bachir Bendjaou, un des talebs enseignant de la zaouia.
Sidi EL Hadj Ali Tamacini a quitté le ksar de Tamacine et s’est installé à Tamellaht, une région saline pas propice à l’agriculture. Il a commencé à réhabiliter la terre et a planté des palmiers. Bendjaou explique que le cheikh travaillait la terre durant la journée et vénérait Dieu le soir. Il sera ensuite rejoint par des habitants des régions avoisinantes et fonde une communauté. Le cheikh les avait incités au travail et leur prodiguait le savoir et les percepts de l’islam. Selon Bedjaou, le cheikh, qui est resté en ce lieu près de 40 ans, a légué à la zaouia  14.000 palmiers.
La zaouia, dirigée par le docteur Mohamed Laid Tidjani, est composée d’un complexe culturel comptant une bibliothèque (créée en 2001) riche de 33.000 livres représentant plus de 16.000 titres dans divers domaines et spécialités. Les ouvrages sont écrits en arabe, français et anglais. On y trouve de la littérature algérienne et mondiale, de l’histoire de l’Algérie et de l’histoire universelle. La bibliothèque contient un grand nombre de dictionnaires et de livres encyclopédiques. Les titres sont destinés aux  lecteurs, aux élèves de l’école primaire, aux étudiants universitaires, aux professeurs et aux chercheurs.
Elle est ouverte aux élèves de la zaouia, mais aussi à tous les étudiants et chercheurs. On y trouve également une salle de conférence, où se tiennent régulièrement des rencontres, séminaires et colloques animés par d’illustres professeurs et penseurs. Des salles sont aménagées pour recevoir les visiteurs qui viennent se recueillir et prier dans l’enceinte de la zaouia.
La seconde partie de la zaouia est le complexe religieux où se trouve le tombeau de Sidi El Hadj Ali Tamacini, lieu de pèlerinage des adeptes de la tarika Tidjania. Ces derniers viennent de toutes les régions mais aussi des pays voisins. Cette seconde partie comporte la mosquée et l’école coranique.
La zaouia compte aussi une école, composée de 5 classes et d’un jardin d’enfants. Les classes reçoivent quotidiennement344 élèves entre enfants et adultes.
Les visites de la zaouia obéissent à un programme précis. Chaque région a un Mokadem, représentant, qui est aussi chargé d’organiser les rites et les visites. Le Mokadem soumet à la zaouia la date de visite organisée selon le nombre des pèlerins.
H. M.
 
 
Al Masdjed Al Atik de Touggourt : Haut lieu d’art architectural et de spiritualité 
«Al Masdjed Al Atik»  (la mosquée antique) est la plus ancienne mosquée de la région d’Oued Righ. Elle se situe à Mestaoua, la vielle ville de Touggourt. Elle fut bâtie par le sultan Ibrahim Ben Ahmed Ben Djellab Al Marini, entre 1733 et 1800. Le sultan fit venir les meilleurs artisans maçons et sculpteurs de Tunisie et d’Oued Souf. Son dôme et son minaret représentent des chefs-d’œuvre de sculpture. A ce jour, la mosquée, mélange d’architecture maghrébine et ottomane, garde son aspect original malgré les siècles. Elle a été classée patrimoine national protégé en 2015 et a bénéficié d’une opération de restauration en 2018. La mosquée qui avait une école d’apprentissage du saint coran et du fiqh a été une destination favorite des ulémas musulmans à travers les époques, tels que Mohamed Ben Abdelkrim Al Maghili, Mohamed Ben Brahim Al Fassi, Mohamed Tahar Al Abidi, Abdelhbamid Ibn Badis, Bachir Al Ibrahimi, Mohamed Kheireddine ou encore Mohamed Hamani.  Elle a été pendant longtemps un pôle de rayonnement du savoir musulman reconnu jusqu’au Moyen-Orient.
Sculpté à la main, le dôme de la mosquée a suscité l’intérêt de nombreux spécialistes internationaux  en art islamique, pour son originalité et la qualité de son exécution qui laissent admiratifs devant sa beauté et la complexité de ses motifs. Guidés par l’imam Nasreddine Benlahbib, se laissent découvrir  à l’intérieur de la mosquée des mosaïques dont la fabrication reste à ce jour un mystère pour les spécialistes de l’architecture et de l’art islamique, affirme Benlahibib. Selon ce guide, l’horloge du minaret de la mosquée, offerte par une personnalité allemande, est la 16e horloge fabriquée dans toute l’histoire de l’horlogerie.
La mosquée possède aussi un manbar qui date de 1212, soit huit ans avant le début des travaux de la mosquée. Il a été acheminé à dos de chameaux depuis Kairouan, en Tunisie. Benlahbib affirme que ce minbar et celui de la zaouia Tidjanias ont deux exemplaires uniques au monde par leur conception et les motifs qui les ornent.
Par une porte donnant sur la cour de la mosquée, Benlahbib nous mène vers une pièce qu’il nomme la kheloua. Un lieu d’hermitage où les cheikhs s’isolaient pour prier et vénérer Dieu. Il explique que les fidèles se réunissaient dans la mosquée et se reliaient au cheikh par un lien spirituel. Cette chambre, ajoute Benlehbib, on peut la retrouver dans les grandes mosquées musulmanes en Orient, ce qui montre le lien entre la mosquée de Touggourt et les grands pôles musulmans à travers le monde.
H. M.
 
Abdelwahab Zaoui, P/APC de Touggourt : « Faire participer le citoyen à la vie de sa commune »
L’accès de Touggourt au statut de wilaya est un pas décisif dans son développement et son essor économique. Mais la première instance proche du citoyen reste la commune. Le président de l’Assemblée populaire communale de Touggourt, Zaoui Abdelwahab, dans cet entretien, évoque les principaux projets entamés, et ceux à venir, qui amélioreraient la vie du citoyen de sa commune.
 
Quel changement avez-vous ressenti au niveau de la commune depuis que Touggourt est promue wilaya ?
C’est une très bonne chose déjà que Touggourt soit devenue une wilaya. Notre commune s’est rapprochée plus de l’administration et notre budget dépend directement de Touggourt. Mais il est encore tôt pour parler de grands changements.
 
La première revendication de vos citoyens est l’emploi. Quelles actions menez-vous pour prendre en charge ces revendications ?
L’emploi dépend de l’Agence nationale de l’emploi. Notre rôle est de rapprocher le citoyen de ses administrations et intercéder en sa faveur. Le chômage est un problème national et en tant qu’élu du peule, je ressens très bien leur mal. Au niveau du Sud, je peux vous dire que l’emploi existe mais c’est la gestion qui cause problème. Des entreprises économiques voient le jour régulièrement mais paradoxalement les recrutements sont très rares. Nous avons pris contact avec les députés de la région et nous avons soumis ce problème et nous attendons leur réaction.
 
Quels sont les projets prioritaires de la commune de Touggourt ?
Nous avons déjà inauguré un nouveau pont à l’entrée de la wilaya et bientôt nous en ouvrirons un second au niveau de la cité Al Moustakbal. Nous avons aussi commencé à changer l’éclairage public en utilisant des lampes LED. Nous avons aussi un programme pour refaire les routes qui sont délabrées. Nous envisageons de refaire les assainissements et les VRD. Ce sont des installations et services essentiels au bien-être du citoyen.
 
Quelques communes de la wilaya se plaignent de manque d’infrastructures scolaires. Est-ce le cas pour la commune de Touggourt ? Si oui, quels sont les dispositions que vous comptez prendre ?
Pour ce qui des écoles primaires, la commune de Touggourt ne connaît pas vraiment ce problème. Ces deux dernières années, la commune a bénéficié de nouveaux établissements scolaires et le nombre actuel est de 26 écoles implantées pratiquement dans chaque quartier.
 
Que peut attendre le citoyen de Touggourt de son maire ?
Notre principe est de faire participer le citoyen à la vie de sa commune. Nous faisons appel aux comités de quartiers à chaque fois que nous devons prendre une décision ou entamer un projet de développement.
H. M.