Campagne de lutte contre les incendies : Tipasa se dit prête

L’été dernier, on appréhendait, à travers la wilaya de Tipasa, la déclaration d’incendies ravageurs, comme ce fut le cas l’année d’avant où la région de Gouraya a vécu un drame au début du mois de novembre 2020 où deux de ses habitants ont trouvé la mort, alors qu’ils tentaient désespérément de sauver leur cheptel, coincé entre les flammes dans une étable.
Les craintes sont légitimes, et ce, à bien des égards. Avec la sécheresse, due au manque de précipitations, et l’immensité du domaine forestier de la wilaya, qui couvre 23% de son territoire, soit une surface de 40.315 ha, dont des pans entiers sont situés dans des massifs difficilement accessibles, la mission des combattants du feu, qu’ils soient de la Protection civile ou des forestiers, semblait pas du tout aisé. Fort heureusement, le bilan à la clôture de la campagne anti-incendie de 2021 n’a pas été désastreux, comparativement avec celui de l’année précédente. Selon le conservateur divisionnaire des forêts, Amel Mokrani, cheffe du bureau des incendies et des maladies parasitaires au niveau de la conservation des forêts de Tipasa, le bilan 2021 est de 400 ha de forêts carbonisées. Selon elle, le recul enregistré durant l’année écoulé, en termes de pertes enregistrés sur le couvert arborescent par rapport à 2020, et ce, malgré le facteur sécheresse qui accélère le processus d’évaporation des eaux emmagasinées dans les arbres, accentuant ainsi leur vulnérabilité, est le corollaire notamment d’un travail proactive, de campagne de prévention, mais surtout d’une synergie intégrale entre l’ensemble des acteurs impliqués dans la lutte anti-incendie, que ce soit lors des interventions ou pour mener les enquêtes afin d’identifier les criminels qui sont derrière le départ de certains feux. Ces actions combinées, particulièrement pour dissuader les criminels à passer à l’acte, se sont répercutées positivement sur le terrain, d’autant plus que les dispositions juridiques prévoient de lourdes peines en ce sens. Pour cet été, la situation paraît moins contraignante que précédemment. Les épisodes de pluie ayant jalonné les mois de mars, avril et le début mai, ont éloigné un tant soit peu le spectre de la sécheresse, tout en constituant un apport appréciable en eau au couvert végétal, surtout que nous sommes aux portes de l’été. «Les récentes pluies sont d’abord indispensables pour les arbres et leur croissance normale. Aussi, le processus de dessiccation, soit le taux d’évaporation ou de transpiration des peuplements forestiers, sera moins rapide qu’en cas de stress hydrique. Résultat : si un départ de feu survient, il sera ralenti grâce à cet atout», explique Amel Mokrani. Et d’ajouter : «En revanche, les dernières précipitations favorisent la prolifération de la broussaille et de sous-bois en général dans les forêts qui peuvent se transformer en source de combustion. Cela dit, les travaux sylvicoles se poursuivent afin d’éliminer, dans la mesure du possible, ce risque.»
Les préparatifs quasiment achevés
Même si les travaux sylvicoles et l’assainissement des forêts prennent fin à l’entame de la campagne anti-incendie qui débute le 1er juin, il n’en demeure pas moins que l’arrachage des végétaux présentant un risque se poursuivra, notamment grâce au travail des forestiers et des saisonniers mobilisés en ce sens. «L’autre point positif des précipitations enregistrées est la consolidation des réserves d’eau souterraines, de surface et des sources, particulièrement celles situées dans la forêt. Grâce à cette disponibilité, la faune aura moins de difficultés à trouver les points d’eau. Par ailleurs, nous sommes assurés en tant que forestiers que ce moyen de combat de feu sera amplement suffisant pour nos interventions», souligne la même interlocutrice. Préparer la campagne anti-incendie est un travail qui débute depuis la clôture de la campagne précédente, avec l’entame de l’assainissement des forêts et les travaux sylvicoles, particulièrement dans les parties ravagées par le feu. Les actions de précampagne ne s’arrêtent pas à ce seuil. Elles intègrent, en effet, d’autres volets et impliquent plusieurs organismes, directions, institutions, collectivités locales et même la société civile, appelée, à juste titre, à jouer son rôle citoyen dans les opérations de reboisement. «En tout, quatre arrêtés régissent et organisent, au niveau local, la préparation, la campagne, le suivi et l’évaluation de celle-ci», confie Amel Mokrani. Et de poursuivre : «Le premier porte sur l’ouverture de la campagne de prévention contre les feux de forêt. L’objectif est que chaque organisme et institution en relation avec ce domaine s’acquittent de missions précises qui ressortent de leurs compétences et autorités territoriales.» Dans ce registre, les APC sont tenues d’éliminer les décharges sauvages à proximité des forêts, situées sur leurs territoires respectifs, et de nettoyer les décharges contrôlées. Idem pour les routes secondaires longeant les forêts afin d’éviter tout risque de départ de feu ou de sa propagation. Pour le réseau national routier quadrillant la wilaya et les sections de la voie express proches du domaine forestier, ce sont les services des travaux publics qui s’en chargent, alors que la Sonelgaz est tenue de procéder à l’élagage des couronnes d’arbres en dessous des installations de haute et moyen tension. Pour sa part, le secteur des services agricoles a pour entre autres missions de réaliser des tournières le long des champs céréaliers mitoyens des forêts.
Les forestiers mettent les bouchées doubles
«Nous poursuivons toujours les travaux sylvicoles et d’assainissement des forêts. Outre ce volet, nous avons réceptionné deux nouvelles pistes pour faciliter nos interventions. En tout, nous comptabilisons près de 500 km de pistes forestières», série Amel Mokrani. En prévision de la prochaine campagne, la Conservation des forêts de Tipasa a bénéficié de deux postes de vigie.
«L’emplacement des deux postes de vigie est stratégique en termes de prévention et de l’optimisation des premières interventions. Le premier est situé sur le point culminant des massifs de Menaceur et le deuxième à Attatba.» Géographiquement donc, les forestiers affectés à ces postes auront toute latitude de  signaler tout éventuel départ de feu à plusieurs kilomètres à la ronde. «En concertation avec le secteur de l’hydraulique, nous avons mis à notre disposition 22 points d’eau pour charger nos moyens d’intervention. Aussi, notre colonne mobile a bénéficié de quatre nouveaux CCFL (camion citerne léger de lutte contre les feux)», révèle la même responsable qui ajoute, au passage, que 40 saisonniers ont été recrutés pour prêter assistance aux forestiers tout au long de la campagne. Le deuxième arrêté est inhérent à la mise en place du dispositif de lutte anti-incendie et le début de la campagne prévu pour le 1er juin et qui s’étalera jusqu’au 31 octobre. Toutefois, le wali a l’autorité requise de retarder sa clôture en cas de besoin, particulièrement si les précipitations viennent à faire défaut. «Notre mission principale, à partir du début de la campagne, est de surveiller les départs de feu, émettre l’alerte et procéder aux premières interventions sur site. Pour ce faire, nous avons mis en place tout un dispositif réparti par brigades», indique-t-elle. Outre sa colonne mobile stationnée dans la commune de Nador, soit quasiment au centre de la wilaya, 9 brigades sont réparties à travers toutes les circonscriptions de la Conservation. «Les troisième et quatrième arrêtés portent respectivement sur l’installation de la commission de protection des forêts, présidée par le wali, et le comité opérationnel permanent de lutte contre les feux de forêt, chapeauté par le secrétaire général de la wilaya», informe Amel Mokrani. La mission de la première commission consiste,  entre autres, en l’orientation, le suivi et l’évaluation de la campagne anti-incendie. Le comité opérationnel permanent est chargé de veiller à la bonne exécution des recommandations de la commission, présidée par le wali, ainsi la coordination des moyens d’intervention sur le terrain.
«En collaboration étroite avec la Protection civile, qui a mis en place un dispositif pour la prochaine campagne, nous estimons que nous sommes prêts à nous dévouer à notre missi pour protéger la forêt», conclut la cheffe de bureau des incendies et des maladies parasitaires au niveau de la Conservation des forêts de Tipasa. A titre informatif, le domaine forestier de la wilaya de Tipasa s’étale sur 40.315 ha. L’espèce dominante est le pin d’Alep avec plus de 55% de la superficie globale, suivi du chêne vert avec 17% et du chêne-liège avec 6% et le reste est constitué de maquis et broussailles.
Un réseau de bouches anti-incendie en perspective
Bonne nouvelle pour les forestiers de Tipasa. Avec la réception du projet de transfert des eaux du barrage Keff Eddir de Damous, d’ici à deux ans en principe, et  qui alimentera, une fois livré, de nombreuses communes de la wilaya, particulièrement celles situées dans la partie ouest, il est prévu de réaliser des bouches anti-incendie tout le long du tracé des canalisations du transfert des eaux, parcourant le domaine forestier, afin de créer de nouveaux points d’eau. Ceci permettra d’optimiser l’approvisionnement des équipes d’intervention en cas de survenance des feux. Une louable initiative, annoncée par un forestier, d’autant plus que la majorité des forêts de la wilaya est concentrée dans sa région occidentale.
Amirouche Lebbal