Campagne moisson-battage, feux de forêts et sécurité alimentaire : Le ministère de l’Agriculture prend les devants

Dans un contexte de désorganisation totale des échanges alimentaires mondiaux, le ministère  de l’Agriculture et du Développement rural pose la question des moyens d’action pour assurer la sécurité alimentaire.

«Le monde traverse une crise alimentaire d’où l’urgence de réfléchir sérieusement sur les meilleurs mécanismes susceptibles de renforcer la production nationale. Nous devons orienter nos stratégies vers cette dernière pour assurer la sécurité alimentaire de façon durable», a déclaré, ce dimanche, le ministre de l’Agriculture, Mohamed Abdelhafid Henni.
S’exprimant lors d’une rencontre avec les cadres de son secteur tenue au siège du ministère, Henni a réitéré la «place capitale» qu’occupe l’agriculture dans la politique économique du pays pour répondre complètement aux défis de la sécurité alimentaire et l’amélioration des conditions de vie de la population et des perspectives économiques. «C’est une rencontre bilan. Nous passons en revue les actions engagées dans le secteur et le degré de leur exécution. La réussite de la campagne moisson-battage et l’application du  plan de protection des forêts sont une impérieuse nécessité. La rencontre est une occasion pour revoir nos politiques et réaliser la relance attendue conformément aux orientations du président de la République visant la réorganisation des politiques du secteur et les mesures à prendre pour revoir nos objectifs efficacement», a-t-il dit.
Concernant la campagne moisson-battage, le ministre a mis l’accent sur la sensibilisation des  agriculteurs sur l’obligation de livrer la totalité de leur production aux coopératives de céréales et légumes secs (CCLS). Les moissons de l’orge seront assurées gratuitement par les CCLS. Les orientations du ministre consistent, aussi, en le renforcement de l’utilisation de la mécanisation pour les cultures stratégiques, la préparation de la production de pomme de terre – période de soudure –  à travers la signature de contrats ou de conventions de partenariat entre l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) et la chambre nationale d’agriculture, la mise en place d’un nouveau système de vente directe des produits agricoles, à travers la création de micro-entreprises reconnues dans le cadre de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entreprenariat (Anade). Abdelhafid Henni a, également, insisté sur la  mobilisation de tous les moyens humains et matériels pour préserver le patrimoine forestier des incendies de forêts.
Le secrétaire général de l’UNPA, Abdellatif Dilmi, a estimé que le secteur a, surtout, besoin de décisions fermes et audacieuses pour atteindre les objectifs escomptés. Il a plaidé pour l’amélioration de la communication entre les différents acteurs du secteur pour pouvoir relancer  concrètement la production nationale. «Les insuffisances sont connues. Il faut trouver des solutions fiables. Nous devons conjuguer nos efforts pour renforcer notre production et combattre les exclusions», a-t-il clamé.
Le président de la chambre nationale d’agriculture, Mohamed Yazid Hambali, abonde dans le même sens, mettant en avant l’importance de la coordination entre les professionnels du secteur à tous les niveaux pour justement améliorer la production nationale. Et de conclure : «La campagne moisson-battage doit être exceptionnelle.»
Amokrane H.

 

 

Développement des filières stratégiques : Experts et agriculteurs unanimes
La volonté des pouvoirs publics de développer les filières agricoles dites stratégiques devrait être suivie d’une véritable réflexion suivie d’une stratégie qui doit prendre en compte les échecs des précédentes politiques, selon les experts.
Enseignant chercheur à l’École nationale supérieure d’agronomie (ENSA), Ali Daoudi, a  souligné que la volonté politique pour développer les filières stratégiques ne date pas d’aujourd’hui.   Selon lui,  il faut dégager une réflexion de fond autour de la question. «Un sérieux travail doit se faire. Il faut débattre des politiques précédentes et tirer des leçons pour ne plus refaire les mêmes erreurs en termes de programme de développement des filières stratégiques. Nous devons parler de l’échec de certaines politiques», dit-il.
Il estime que le plus important, ce n’est pas «quoi faire» mais «comment faire» pour  produire des solutions fines et efficientes. Il propose d’adopter les politiques agricoles aux  spécificités de chaque région. «Il y a un consensus sur ce qu’il faut faire. Nous devons disposer des  pré-requis permettant la réussite de nos stratégies. Nous devons mettre en place une démarche d’ingénierie. Il y a des actions urgentes à lancer immédiatement, mais  qui ne doivent pas compromettre les capacités de celles à moyen termes», affirme-t-il. En d’autres termes, il recommande de consolider les politiques qui ont donné des résultats, insistant sur l’amélioration des techniques d’irrigation et des itinéraires techniques des  céréales.
«Il faut agir vite et d’une manière sérieuse, raisonnée et dans l’ordre pour ne pas prendre de mauvaises décisions qu’on regrettera deux ans après. L’une des solutions, c’est d’écouter les opérateurs économiques et les agriculteurs qui ont capitalisé suffisamment d’expérience pour pouvoir réussir cette réforme», a-t-il suggéré.
Le secrétaire général de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), Abdellatif Dilmi, recommande l’augmentation des surfaces des cultures céréalières d’au moins un million d’hectares, notamment dans les hauts-plateaux et le grand Sud. Il propose l’exploitation des eaux souterraines pour l’irrigation. «Nous avons toujours insisté sur l’urgence de développer la filière des céréales, du lait et de la pomme de terre. Même s’il existe une volonté politique, les actions tardent à se développer sur le terrain pour diverses raisons. Le manque de main-d’œuvre pèse sur la relance. Les vrais agriculteurs ont quitté l’activité», fait-il remarquer. La stratégie du ministère de l’Agriculture comprend plusieurs axes, à savoir la promotion de la production des céréales, des légumineuses, du lait, des viandes rouges et blanches et des  légumes. Elle tiendra compte de la révision de la feuille de route relative à la gestion du secteur agricole conformément aux instructions des hautes autorités du pays, à travers un programme quinquennal permettant d’atteindre les objectifs tracés à la lumière de la  conjoncture mondiale actuelle.
Amokrane H.