Cancer du foie : Une maladie sous-évaluée 

En Algérie, la prévalence du carcinome hépatocellulaire (CHC) ou cancer primitif du foie est sous-estimée en raison de ses frontières nord avec les pays de la Méditerranée et sud avec l’Afrique sub-saharienne où les incidences sont plus élevées, a indiqué, ce lundi à Alger, le président de la Société algérienne d’hépato-gastro-entérologie et d’endoscopie digestive, le Pr Nabil Debzi, lors d’une formation au profit des médias nationaux, organisée par les laboratoires Roche d’Algérie.

Cette pathologie touche 3,3 personnes pour 100.000 habitants. Ce qui fait de l’Algérie un pays à faible incidence. Mais selon l’intervenant, cette dernière s’explique par la sous-évaluation, d’où la nécessité de lutter contre cette entrave. Comme toute autre pathologie, le diagnostic précoce est très important pour améliorer le pronostic vital.  Chaque année, l’Algérie enregistre 3.000 nouveaux cas, un chiffre qui ne reflète pas la réalité. Sur les facteurs de risque, le chef du service gastro-entérologie du CHU Mustapha-Pacha a fait savoir qu’ils sont liés aux hépatites virales liées aux infections par le virus de l’hépatite B (VHB) ou de l’hépatite C (VHC), l’aflatoxine B1, l’alcool et l’obésité. Le traitement de choix du CHC reste essentiellement chirurgical, basé sur la résection ou la transplantation hépatique. Dans le petit CHC, la radiofréquence est le concurrent de la résection.  Pour les stades intermédiaires, la chimio-embolisation ou la radio-embolisation se discute selon le profil du patient. L’avènement de nouvelles approches thérapeutiques médicamenteuses montre un impact positif sur la survie.
Plus récemment, les immunothérapies sont prescrites en première ligne et montrent une amélioration de la survie plus importante. L’avènement des nouveaux antiviraux directs (DAA) dirigés contre l’infection par le VHC et leur efficacité de réponse virologique soutenue à plus de 95% a entraîné une diminution importante du risque de CHC associé avec cette infection virale. En ce qui concerne l’infection à VHC en Algérie, une prévalence élevée est notée dans certains wilaya comme El Oued, Tébessa et M’sila.
Le second facteur de risque du cancer du foie est le virus de l’hépatite B (VHB) avec environ 860.000 cas. Un travail local publié récemment ayant inclut 1.876 patients porteurs chroniques du VHBavait mis l’accent sur les disparités géographiques avec identification de 4 foyers de haute prévalence : Adrar-Béchar (sud-ouest), El-Oued-Tébessa (est), M’sila-Sétif  (nord central) et Oran-AïnTémouchent (nord-ouest) et une prédominance du VHB sauvage à Sétif. Pour répondre à cette problématique, le ministère de la Santé a mis en place un dépistage systématique de ces infections virales.
Il est à noter que la moitié des patients atteints de CHC n’ont pas été diagnostiqués lors du dépistage semestriel. Le dépistage doit impliquer plus d’acteurs, comme les médecins généralistes qui doivent être formés sur les signes et les facteurs de risque de tous les cancers. Le spécialiste a plaidé pour la mise en place d’une nouvelle réflexion pour que le médecin généraliste soit le détecteur des maladies. Au cours de son intervention, le Pr Debzi a soulevé la problématique du manque de radiologues et de chirurgiens experts en hépatologie, d’où la nécessité de créer des sous-spécialités.
Samira Belabed