Chantée depuis la nuit des temps : Saïda d’hier et de demain

Saïda est, comme le dit la chanson, lointaine… Mais la route vers cette ville des eaux thermales aux pouvoirs mystiques vaut, nul doute en est, le détour.

Vendredi, 7h du matin, le plein d’essence fait et les casse-croûtes préparés, les conditions sont idéales pour prendre la route vers Saïda la lointaine. Le GPS annonce 6 heures de route, la circulation promet d’être fluide et la météo est au beau fixe. Radio allumée, café serré à portée de main et bonne humeur sont de la partie. Que commence ce périple de 6 heures à travers autoroutes, contrées reculées et petites routes de village.
A peine sortis d’Alger, Blida accueille à bras ouverts les automobilistes avec des paysages de toute beauté. Monts enneigés et verdure de part et d’autre de la route accompagnent le regard. Dans le rétroviseur, le lever de soleil réchauffe ce ciel de décembre. Les rayons orangés fusent et transpercent la pénombre de la nuit qui laisse place à un radieux soleil d’hiver.
L’autoroute où la vitesse est de moins en moins limitée s’étend à perte de vue droit devant et promet d’être longue. La compagnie des paysages verdoyants, des rayons qui illuminent monts et forêts rappelle la beauté de la nature à l’état brut qui peuple la vaste Algérie.
Le poste radio capte de nouvelles stations aux fréquences jusqu’alors inconnues. L’une d’entre elles émet un bulletin spécial prévenant les automobilistes de travaux sur l’autoroute afin qu’ils prennent leurs précautions. L’oreille écoute, distraite, cette annonce et préfère se concentrer sur la musique diffusée.
Dahmane El Harrachi entonne «Ya rayah» alors que Boumedfaâ pointe le bout de son nez. La tête dans les nuages et les yeux scrutant les paysages changeants sont d’un coup ramenés à la réalité, loin de la nostalgie que cette chanson a installée. Et pour cause, les travaux dont l’annonce avait été faite à la radio sont effectivement présents. Il faut alors changer d’itinéraire, déviation oblige, et voici que la véritable aventure commence ! Rapide vérification du GPS et de la batterie du téléphone afin de s’assurer que les deux soient fonctionnels jusqu’à bon port. Ne voilà-t-il pas que le trajet initial de 6 heures s’allonge d’une heure trente et prévoit de passer par des routes et communes jusqu’alors méconnues.
Passant par Khemis Miliana jusqu’à Aïn Defla, les vieux ponts robustes, aux arcs voûtés et faits de roche ancienne, jalonnent le chemin. Certains sont même dominés par des montagnes de verdure dont le soleil illumine quelques régions, comme dans une carte postale.
Les oueds se succèdent au-dessous des roues des voitures qui slaloment au cœur des contrées intérieures d’Aïn Defla à Chlef. Ils sont, en dépit de ce que pourraient laisser croire les récentes intempéries, asséchés. Sur les routes de villages, des vanneries et poteries déposées de part et d’autres des bords de la route accueillent comme il se doit les visiteurs de plus en plus nombreux grâce à la déviation opportune pour les artisans.
Tout d’un coup, le temps se voile et fait grise mine, alors que la voiture pénètre à Mascara. Les bourrasques de vent secouent le véhicule et obligent à fermer les fenêtres, voire même à allumer le radiateur de la voiture. Défilent maintenant des champs à perte de vue. Les champs agricoles sont en plein labourage. Chaque agriculteur opte pour une façon de labourer. Certains choisissent la méthode moderne et domptent un gros tracteur qui crée de grandes allées à une allure certaine. Il retourne la terre tellement en profondeur que les vers gentiment nichés à l’intérieur se retrouvent à l’air libre… en proie aux risques du monde extérieur dont ils se réfugient. Une scène pour le moins surprenante pour les citadins se produit alors. Alors que le laboureur chevauchant son tracteur retrouve la terre, des dizaines d’oiseaux aux ailes impressionnantes et becs puissants s’abattent à toute vitesse et s’arrachent entre eux des vers de terre. Nullement effrayés par l’impressionnante machine ni même par les jets de pierres d’un petit garçon, assis non loin de là qui tente de les faire fuir… ou de les chasser pour le dîner. Qui sait ! Les terres labourées, arrosées, fraîchement retournées, ayant des semences ou non se distinguent de par leur couleurs et les vagues qui se dessinent dessus. Plus loin que le tracteur, un autre champ est labouré à l’ancienne. Deux chevaux de trait tirant une charrue font le travail du tracteur et cohabitent en sérénité. Leur éleveur, quelques mètres plus loin, retourne la terre muni de sa pioche et récupère le fruit de son labeur. Des camions sur le bas-côté sont remplis de pommes de terre et d’autres légumes en vrac dans des caisses ou à même la camionnette.
Des paysages à couper le souffle
Ils se dirigent, à travers les montagnes sinueuses, vers la ville et d’autres wilayas. Dans les montagnes de Mascara, il vaut mieux ne pas avoir le tournis ! Les virages interminables et sinusoïdaux font tourner la tête à plus d’un ! Mais les haut-le-cœur sont vite dissipés quand le panorama des champs, comme un patchwork, s’étale sous les yeux. Une si grande diversité de paysages, de beauté et d’expériences, en à peine une demi-journée de route, donne le vertige. Bouche bée devant la beauté de la nature et sa complexité, le visiteur rentre dans la ville. Le froid s’accentue et est visible au vu de l’accoutrement des habitants. Ici, la mode est à la kachabia, à bas les diktats et canons de beauté, la chaleur corporelle prime ! Capuche sur la tête, ici la mascarade bat son plein ! Des hommes âgés, de fière allure, encore droits comme d’antan, veillent sur la sérénité des lieux. Leur canne à la main, ils la portent comme un fusil d’épaule et savent la manier aussi bien qu’une arme. Gare aux intrus et malfrats donc de s’approcher de Mascara…
Saïda apparaît enfin comme par enchantement, après n’avoir eu comme seul guide que l’instinct, vu l’inexistence de réseau après Mascara. La ville des eaux thermales et des monts verdoyants se déroule aux pieds des voyageurs. La destination enfin atteinte, il est alors temps de se ressourcer après une demi-journée palpitante. Au retour de Saïda, la route empruntée évite la déviation de Boumedfaâ, toujours fermée pour cause de travaux.
Ainsi, il faut passer par Djelfa, la ville connue pour ses ovins. Et c’est peu de le dire. A peine entrés dans la région, une odeur alléchante réveille les esprits. Des vendeurs de grillades accueillent les voitures et les attirent avec la qualité de leur viande. Juste à côté, des dizaines de boucheries se succèdent avec de la viande de moutons à peine sacrifiés. Les carnivores sont ici au paradis !
Dépassant la ville, ce sont maintenant des champs énormes où des vagues blanches déferlent. Les moutons, bêlant et dégustant le pâturage, sont vêtus de leur plus belle laine blanche. Ils broutent soigneusement l’herbe verte et laissent derrière eux les traces de leur passage… qui fera office d’engrais naturel ! Ici, rien ne se perd, tout se transforme !
Le chemin du retour se fait sans passer par Mascara, mais en découvrant Médéa. Les montagnes et vallées vertes, réchauffées par le soleil couchant offrent un paysage quasi féerique. Il ne manque plus que l’arc-en-ciel et les elfes pour terminer le tableau. Ici, les familles viennent d’Alger pour profiter d’un repas au milieu de la nature. Où les aventuriers profitent des panoramas offerts en s’engouffrant dans la vaste végétation. Tout d’un coup, au milieu de ces montagnes, l’autoroute passe, littéralement en dessous. Le tunnel est encore flambant neuf et illuminé de partout. Il permet de gagner un précieux temps afin de rentrer à Alger. Un cortège de motards est d’ailleurs entrain de profiter de l’autoroute pour faire vrombir leurs bécanes.
Alors que la circulation se densifie et que le soleil s’en va pour laisser place au voile sombre de la nuit, Alger s’illumine de milles feux comme pour souhaiter un bon retour aux voyageurs.
Sarra Chaoui
 
Chantée depuis la nuit des temps : Saïda d’hier et de demain
Saïda, la ville des sources thermales, des eaux mais surtout, littéralement, la ville heureuse, est située à 800 mètres d’altitude. Elle est entourée de montagnes boisées qui prodiguent air pur et panorama splendide. Les montagnes s’élèvent jusqu’à 1.200 mètres d’altitude et sont arrosées par des sources d’eau. Son nom aurait été donné par l’Emir Abdelkader en 1876, alors qu’il y érigeait un fort romain afin d’assurer la défense algérienne face à l’occupation française. Cet endroit, lui inspirant la joie et le bonheur, d’après le professeur d’histoire, Ahmed Djouadi, lui aurait alors valu son surnom de ville heureuse. Nom qui subsiste encore à ce jour. La ville fait partie de la wilaya de Saïda, comptant 400.000 âmes dont 160.000 résident au chef-lieu éponyme. Historiquement, des traces des empires ottoman, phénicien et romain subsistent. Notamment des vestiges romains à Aïn Melha, Maâta et Ouled Brahim.
Le chemin de fer reliant Saïda à Sidi Bel Abbès et Tiaret permet aux habitants de ces régions de se déplacer quotidiennement. Ils s’y rendent soit pour travailler, la ville disposant de zones industrielles riches en activités commerciales, pour étudier à l’Université de Saïda, profiter de ses stations thermales à la renommée nationale, ou encore pour profiter de la vie culturelle qui s’enrichit d’année en année. Actuellement, des plans d’urbanisation sont entrepris pour construire de nouveaux logements, afin d’éradiquer entièrement les bidonvilles. Dans un souci d’amélioration de l’accessibilité à la région, un élargissement des routes nationales entre Saïda et El Bayadh, Bel Abbès et Tiaret est également programmé. Saïda se distingue par sa grande activité commerciale dans le domaine maraîcher. Les marchés de fruits et légumes de Rabahiet Souk El Joumla alimentent toute la wilaya et même quelques régions limitrophes. Dans ce sens, les autorités locales souhaitent accorder une plus grande importance au domaine de l’agriculture pour booster l’économie de la wilaya. Par ailleurs, le tourisme thermal est lui aussi au cœur des intérêts, étant un atout considérable à valoriser encore plus. Selon le nouveau président de l’APC de Saïda, récemment élu, Dahane Ouahi, les vestiges historiques, les hammams, stations thermales et la forêt du Vieux Saïda sont en haut de la liste des priorités. Ils disposeront de moyens conséquents afin de faire de Saïda une région touristique par excellence pour le bien-être de ses habitants et attirer des touristes. Etant jadis une ville culturelle, le P/APC promet que ce domaine bénéficiera tout autant d’un intérêt accru afin de redorer le blason de la ville. Saïda est ainsi une ville en pleine évolution, prenant en compte son passé pour mieux bâtir son avenir.
 De notre envoyée spéciale : Sarra Chaoui
Habitée par les souvenirs : La ville, comme un fleuve tranquille
A Saïda, cette lointaine contrée que chantait Cheb Mami, la vie s’écoule dans la plus grande sérénité. Connue pour ses sources, son eau minérale, ses stations thermales et son illustre Cheb Mami, Saïda n’a pas fini de surprendre les visiteurs.
La luminosité naturelle dont jouit la ville enjolive le quotidien des habitants et réchauffe les cœurs engourdis par le froid ambiant. Cette chaleur se retrouve jusque dans l’accueil réservé aux visiteurs, voyageurs et touristes de passage. Emmitouflés dans une kachabia, legs des ancêtres de la région, les habitants se retrouvent, dès le petit matin, autour d’un café sur la grande place. Assis confortablement sur des bancs réchauffés par les discussions enflammées de vieux amis, les habitants refont le monde et se remémorent les temps passés.
Les souvenirs habitent cette ville dont les constructions font voyager à une époque maintenant révolue, celle de la colonisation française mais surtout de la Révolution algérienne. Ainsi, cohabitent en paix, reliques de la présence française et symboles de la révolte populaire. Les maisons construites en pierre protègent leurs occupants du froid rugueux et le style architectural de la Renaissance est parfaitement représenté par la mairie, actuellement en travaux réhabilitation, futur siège de la Direction de la culture de Saïda.
La grande place, les maisons et la mairie ornée d’une horloge et de tuiles en ardoise donnent l’impression de se balader dans un bourg il y a de cela des siècles. Sentiment accentué par l’impressionnante présence du plus grand et précis cadran solaire d’Algérie. De forme cubique, des inscriptions gravées dessus expliquent, étape par étape, comment lire et calculer l’heure exacte selon la position du soleil et la saison ! Ce fascinant outil de calcul permet en effet de déterminer, avec une précision de l’ordre de la seconde, l’heure exacte. Ceci grâce aux nombreuses tables de données astronomiques et mathématiques vulgarisées afin qu’elles soient à la portée de tout un chacun. Non loin de là, et près d’un bain maure, se trouve la plus ancienne mosquée de Saïda. El Masdjid El Atik, construite en 1885, qui occupe une superficie de 1.714 mètres carrés. L’église est, quant à elle, transformée depuis 2019 en hôpital.
Les portes de la ville, portes de Tiaret et Mascara, font face à la maison de la culture et rappellent la marche de protestation des Algériens contre le service militaire obligatoire qui devait être instauré par le colonisateur français.
Deux lions de couleur or sont les gardiens de cette place qui réunit enfants et adultes de 7 à 77 ans et était le théâtre des exécutions des moudjahidine. Est érigé, à leur mémoire, un mémorial semblable à celui présent à Alger afin que nul n’oublie les combats ayant fait rage dans cette ville que l’Emir Abdelkader a nommée. Gardant un œil sur leur environnement proche, les anciens surveillent les enfants qui jouent près des jets d’eau ou admirent la nature qui les entoure.
Ces forêts et montagnes qui entourent la ville de Saïda ont, naguère, été un fort de protection contre les troupes françaises. L’Emir Abdelkader avait protégé Saïda grâce au relief naturel de la région qui a permis d’organiser la résistance. La forteresse était présente au niveau du Vieux Saïda, dans cette forêt dense de 160 hectares. Aujourd’hui, seules subsistent quelques traces de sa présence. La forêt est devenue le lieu de prédilection des sportifs et des familles qui viennent profiter des jeux pour enfants. Les responsables locaux promettent d’accorder plus de moyens pour entretenir ce joyau naturel abritant une grande variété d’arbres et d’oiseaux ainsi qu’une cascade artificielle.
S. C.
Entre traditions et modernité : Foisonnement culturel
Du côté du centre-ville, les magasins d’habillement pullulent. Les rues sont animées et le shopping y est pour beaucoup. Une fois la nuit tombée, l’éclairage public illumine si bien les trottoirs qu’il est agréable et sécurisé de faire une balade nocturne.
De nouvelles constructions sont implantées ici et là dans la ville et alentour. Certaines imitant le style des anciennes bâtisses en pierre et d’autres détonnant avec leur voisinage. Un grand chantier à proximité du centre-ville promet aux habitants d’avoir un parking géant où garer leurs voitures, histoire de désencombrer les ruelles. Saïda, entre traditions et modernité, se place comme une ville en phase avec son histoire et son temps. Ses habitants ne font pas l’exception et désirent voir leur ville bouillonnante d’activités culturelles.
Accueillant chaque année, depuis quatre éditions et dès sa création, le Festival national de la littérature et du cinéma de la femme, Saïda devient le centre névralgique de la région nord- ouest. Les jeunes font partie de cette effervescence qui réveille des souvenirs d’antan pour les anciens. Ils rappellent que la ville avait vu naguère la création de la première troupe de théâtre en Algérie, après l’indépendance. Tous désirent renouer avec la culture qui avait une dimension importante il y a de cela quelques décennies. C’est pourquoi les jeunes se lancent dans des carrières et se passionnent pour le cinéma, la danse, l’actorat ou la réalisation.
Foisonnant d’idées, ils ne manquent pas d’énergie et partagent leur enthousiasme avec qui veut bien les entendre et les aider. Actifs et désireux d’évoluer, ils ne craignent pas le travail et participent régulièrement à des sessions de formation dans différents domaines du monde du cinéma.
Nadir Benouis fait partie de ces jeunes ambitieux, en quête d’évolution dans leur carrière de danseur. Maîtrisant la danse classique et contemporaine, il partage sur les réseaux sociaux sa passion avec ses amis et des jeunes tout aussi amoureux de la danse que lui. Faisant bouger son corps sur des tempos et rythmes endiablés, il exécute religieusement les pas qu’il a appris.
Son imagination débordante lui permet même de toucher à la réalisation de courts métrages et il espère un jour voir ses ambitions et rêves se concrétiser. Il rejoint ses amis pour prendre un café et danser à la cafétéria «Le Théâtre», située à quelques mètres de la maison de la culture. Ils s’y retrouvent pour partager un morceau ensemble et discuter de futurs projets. Faisant évoluer les mentalités autour d’eux, ils se promettent de réussir à hisser Saïda ville de culture. Pour cela, ils ne lésinent sur aucun moyen et sont armés de courage, de passion et d’une volonté à toute épreuve. Seul le temps saura dire si leurs efforts propulseront Saïda sur le devant de la scène. Mais une chose est d’ores et déjà sûre, ils sont acteurs du changement.
S. C.
Hammam Rabi : Une expérience ésotérique 
9h30. A la station thermale de Hammam Rabi, le parking est déjà plein. A l’entrée, se trouvent de petits vendeurs de kassa, fleur de douche, produits pour le corps et les cheveux, ainsi que des petits récipients pour recueillir l’eau.
Le soleil réchauffe déjà les corps des visiteurs qui se pressent vers le hammam et le bloc médico-thermal. Les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Mais avant toute chose, une consultation médicale afin de faire un check-up sur l’état de santé et une visite chez le kinésithérapeute sont nécessaires. Ainsi, les visiteurs sont attentivement auscultés et questionnés sur leur état de santé général, s’ils ont de l’arthrose, la sciatique ou autres maladies fonctionnelles. Le marbre du bloc permet de garder une température ambiante plus fraîche que l’air extérieur. Un long couloir mène vers les salles de massage, qu’il soit curatif, thérapeutique ou de relaxation. D’autres pièces contiennent des jacuzzis aux jets puissants, des piscines de rééducation et remise en forme ou, encore, des douches à multiples jets chauds.
L’ambiance est plus proche d’un centre de soins médicaux que celle d’un SPA. Ici, pas de lumière tamisée ou de bougies parfumées, ni de masseuses exotiques. Pour le plus grand bien-être des corps, les masseuses kinésithérapeutes, expertes en la matière, tout de blanc vêtues, prodiguent de leurs mains des massages exquis. Le dos mis à nu est d’abord réchauffé par une lampe à infrarouges qui permet aux huiles essentielles de pénétrer en profondeur le derme. Le silence de la pièce prête à la relaxation et la chaleur qui embaume le corps fait évaporer stress et soucis. Tout d’un coup, deux mains se posent au milieu du dos et commencent un rite, quasi magique, qui exorcise fatigue et stress. Entre des mains expertes et habiles, les articulations reprennent vie et les muscles se détendent. A un tel point que la bouche ne peut s’empêcher de retenir un soupir de soulagement ou de plaisir peut-être bien. La colonne vertébrale est massée d’abord délicatement puis avec une force appuyée. Un supplice délicieux pour le corps qui en redemande. Une fois terminé, le massage, fatalement trop court, laisse pantois. Tellement relaxé qu’il est difficile de se relever et de revenir à la réalité. Mais qu’à cela ne tienne, le hammam, aux vertus thérapeutiques inépuisables, attend quelques mètres plus loin.
Chaud et froid
Le hammam à gauche propose des bains individuels en céramique et faïence et des bains collectifs. La profondeur des bains individuels laisserait plus penser qu’il s’agit de piscines personnelles. Grâce aux marches, l’on s’installe confortablement au creux de ce bassin où la température est déjà élevée. L’eau qui jaillit du robinet à un débit élevé ruisselle sur le corps et permet, dès les premiers jets, aux muscles de se détendre. Alors que le niveau de l’eau s’élève, les yeux peuvent scruter les détails mauresques des décorations murales des lieux. Il y a beaucoup de bains mais l’isolation et l’intimité des lieux sont telles que son occupant se sent seul au monde. Les vapeurs d’eau, riches en minéraux, sont humées et ouvrent quasiment les poumons. Un sentiment d’apaisement au goût iodé s’empare des occupants qui se laissent couler dans ce bain revigorant. Munis de leur kassa (gant en crin),ils exfolient peaux mortes, chagrins et soucis du quotidien pour faire peau neuve. Ce rituel cathartique peut être exécuté par soi-même ou par une femme spécialisée en la matière.
Après ce bain, direction salle de repos pour se changer et où la température est déjà plus basse afin de préparer le corps à affronter l’air extérieur. Une fois séché et habillé, le corps purifié et l’esprit léger, il est alors temps de contenter son estomac. En sortant du hammam, le soleil de décembre, éclatant, réchauffe encore les corps frétillants. Les rires des enfants, les chants des oiseaux et le bruit de l’eau de la fontaine permettent à l’esprit de s’apaiser encore plus, alors que le mouvement naturel attire vers le restaurant en face. Attablé, le service rapide permet de déguster des plats chauds accompagnés d’une boisson fraîche. Cette dualité chaud et froid est omniprésente au cours de cette cure thermale et permet au corps de sentir, ressentir jusqu’à sa propre circulation sanguine.
Les familles enfin réunies après cette demi-journée se retrouvent pour déjeuner et partager leur expérience. Les curistes ressortent repus et contentés de leur passage à la station Hammam Rabi.
Cette expérience, entre le divin et le magique, laisse les visiteurs sur un petit nuage. Ils reviendront à coup sûr à Saïda pour se ressourcer…
S. C.
 
Djebbar Hadjira, directrice de la station thermale Hammam Rabi : «Vers une modernisation de l’établissement»
Dans cet entretien express, la directrice de la station thermale Hammam Rabi, à Saïda, depuis 2018, Djebbar Hadjira partage l’historique de la station, ses nombreuses vertus thérapeutiques et formule le souhait d’attirer encore plus de curistes, avec les travaux de modernisation engagés par le groupe Hôtellerie, tourisme et thermalisme (HTT).
 
 
Vous êtes au sein de la station thermale Hammam Rabi depuis 2008 et à sa tête depuis 2018.Pouvez-vous partager avec nous les atouts dont elle dispose ?
La station thermale Hammam Rabi dispose de plusieurs offres d’hébergement, de prestations, de restauration et d’un bloc médico-thermal où des soins, de la rééducation fonctionnelle et des massages sont dispensés. Il existe également des bains individuels et collectifs, accueillant des curistes tout au long de l’année.
L’eau est sulfatée calcique. Elle possède plusieurs bienfaits thérapeutiques pour tout ce qui est dermatologie et les rhumatismes. Sa température atteint les 47 degrés vu que la station est construite sur une nappe là où la source est présente. La station a été inaugurée en tant que structure hôtelière en 1974par le défunt président Houari Boumediène. Avant, c’était une piscine à toit ouvert d’où l’eau jaillissait naturellement.
La station connaît-elle une forte affluence ?
Ouverte tous les jours de 7h à 22h, la station accueille les curistes de la communauté saïdienne. Et des habitants d’autres wilayas viennent se ressourcer ici et bénéficier d’une cure thermale. Nous comptons quotidiennement jusqu’à 1.200 visiteurs. Aux alentours, il existe d’autres bains maures. Saïda est connue pour ses eaux aux multiples vertus.
Des projets sont-ils envisagés ?
Nous avons un programme de modernisation qui entre dans le cadre des efforts entrepris par l’Etat pour moderniser les structures étatiques qui sont sous la tutelle du groupe HTT. Ceci dans le but de satisfaire au maximum la clientèle, les habitués et surtout attirer de nouveaux adeptes. Les étrangers ne sont pas nombreux, mais il y en a qui viennent dans le cadre de missions de travail.
Entretien réalisé par Sarra Chaoui