Ce qu’en pensent des écrivains : Quand les salles de cinéma, de théâtre … se vident la monotonie s’installe

La notion de bonheur est vague. Pour une vie épanouie, chacun tente de tracer son chemin et atteindre des objectifs qu’il s’assigne. En Algérie, toutes les catégories de société n’ont pas les mêmes opportunités pour justement réaliser leur bonheur.

«Quand je marche dans la rue ou je prends le transport public, rares sont les gens qui arborent un sourire, en s’adressant aux autres. Cette conclusion est le résultat d’une longue observation de notre société», a estimé Mme Djamila Labiod, auteure de «Réglisse de mon enfance».
Pour elle, les Algériens ne sont pas heureux pour des raisons multiples. «Notre société a subi des mutations et perdu ses repères. Les gens vivent un grand malaise qui se matérialise dans leur vie quotidienne. Nous sommes dans un environnement malsain qui se répercute sous nous tous. Dans des discussions, je déduis qu’une compétition féroce est engagée sur qui ramasse le plus d’argent. De fait, les valeurs que nous ont transmises nos aînés ne sont plus d’actualité», a-t-elle ajouté.
Les biens matériels et l’opulence sont assurément une source de bonheur, mais pas suffisant. «D’autres aspects de la vie peuvent aussi nous rendre heureux. Avoir une famille, des amis, une vie professionnelle réussie sont tout autant une joie à vivre», a soutenu l’écrivaine. Selon elle, les jeunes sont frustrés. « Ils sont coincés dans leur quartier ou village. Des maux sociaux comme le chômage, le confinement à l’intérieur du pays sans voyager, découvrir le monde, des diplômes universitaires abandonnés par absence de perspectives sont à l’origine de ce mal-être de notre jeunesse», a-t-elle relevé.
Dans ce sillage, l’écrivain et poète Ahcène Mariche, plaide pour l’assurance de meilleures conditions en particulier pour les jeunes. «Les 1200 médecins partis en Europe est une perte pour notre pays. Ceux-là ne sont qu’un exemple parmi d’autres qui ne se retrouvent pas et peinent à se construire un avenir. Alors, que dire des jeunes sans diplôme, ni qualification pour gagner leur vie», a-t-il expliqué.
Le poète a beaucoup écrit sur l’espoir et le bonheur. Homme de lettres, Mariche a mis l’accent sur la vie culturelle. «Un critère tout simple peut indiquer le niveau de vie d’un pays. Quand les salles de cinéma, de théâtre, les musées et les librairies sont vides, cela renseigne sur la monotonie et la mélancolie qui ont pris une grande place dans notre vie», a-t-il affirmé.
A ce propos, il a insisté sur la nécessité de garder nos élites qui doivent être entendues et écoutées. «Les intellectuels sont le leitmotiv de la société. Ils sont les mieux placés pour étudier et analyser la société et chercher des solutions», a-t-il conclu.
Karima Dehiles